doustehttp://www.rfi.fr édition du 16 mai 2006

Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, veut donner plus de «visibilité» à l’action culturelle de la France à l’étranger. Lors d’une conférence de presse au Quai-d’Orsay, il présentait lundi son plan d’action, fondé sur la promotion de la langue française, l’enseignement et le développement du réseau des lycées français à l’étranger.

Rénover les anciens lycées français à l'étranger et en bâtir de nouveaux, développer des partenariats public-privé, former des enseignants de français à l’étranger et encourager les échanges entre la France et les réseaux internationaux : tel est, dans les grandes lignes, le plan d’attaque de Philippe Douste-Blazy pour que la France rayonne à l’étranger. Les structures en place chargées de cette mission ne seraient-elles plus adaptées ? Les différents séismes qui ont secoué la France ces derniers mois -entre colères des jeunes de banlieue, lors du dernier trimestre 2005, et mécontentements des lycéens, à l’annonce du projet de contrat première embauche- auraient-ils trop entamé l’image d’une France prospère et culturellement épanouie ? Toujours est-il que le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, faisant le constat d’une notoriété culturelle de la France en perte de vitesse sur la scène internationale, a déclaré : « Nous disposons d’outils incomparables d’influence et de rayonnement », dit-il, mais « les retombées de notre action n’apparaissent pas toujours clairement ». Il veut y remédier en entreprenant un « chantier de modernisation ».

Présenté comme projet phare, la création de l’Agence Cultures France

« En réalité, ce qui manque à notre politique culturelle à l’étranger c’est un label, une signature, une marque de fabrique. (…)», estime Philippe Douste-Blazy. Ce n’est pas faute de manquer de structures : la France dispose d’un réseau composé de 150 centres et instituts culturels ainsi que de 220 alliances françaises partenaires. C’est leur « visibilité »  qui est en cause, selon lui. Ainsi, les structures anciennes telles que l’Association française d’action artistique (Afaa, créée en 1922), et l’Association pour la diffusion de la pensée française (ADPF, née en 1946) -qui a bâti sa réputation sur la qualité de ses publications littéraires et archéologiques- ne suffisent plus, à faire briller la France sur la scène culturelle internationale. Annoncée comme une mesure phare, la nouvelle agence culturelle, baptisée Cultures France, sera constituée par la fusion des deux associations existantes, afin de dynamiser leurs activités respectives. Dotée d’un budget consolidé de l’ordre de 30 millions d’euros, cette agence d’action culturelle internationale, Cultures France, sera un « outil au service de l’Europe de la culture, au service de nos artistes qui veulent faire connaître leur talent à l’étranger et au service de la diversité culturelle. »

Promotion de l’enseignement supérieur

Le deuxième chantier porte sur la valorisation du système universitaire français et du secteur de la recherche. Désormais, un opérateur unifié, appelé Campus France, fera fonction de « guichet unique au service de l’attractivité et de l’ouverture au monde de nos établissements d’enseignement supérieur » : il regroupera les activités des trois types d’opérateurs en place : Edufrance, Egide, et les Centres pour études en France (Cef). Les deux premiers ont pour mission de faire valoir la qualité de l’enseignement supérieur français ; ils  travaillent en liaison étroite avec le ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. A ce dispositif viennent s’ajouter depuis quelques années les Centres pour les études en France (CEF), qui accueillent et orientent les étudiants désireux de poursuivre leurs études supérieures en France. « Après avoir été testés dans une phase pilote en Chine, au Maghreb, au Sénégal et au Vietnam, ces centres ont vocation à être généralisés : en 2007, plus des deux tiers des demandeurs de visas pour études pourront bénéficier de leurs services. », ajoute Philippe Douste-Blazy.

De nouveaux partenaires financiers pour plus de lycées

Quelque 50 millions d’euros sont prévus en 2006-2007 pour former dix mille professeurs de français à travers le monde, plus particulièrement en Afrique et en Asie. Fort du constat que la scolarisation des enfants des compatriotes expatriés était « un sujet particulièrement sensible », et que « les lycées français à l’étranger constituent un atout majeur pour la francophonie et pour l’influence de nos idées, de nos valeurs et de notre culture dans le monde », des lycées pourront être construits grâce à des financements privés, provenant notamment du groupe Thalès*, qui accordera aux étudiants sélectionnés des bourses d'étude. Le but: contribuer à une formation d'élite parmi les étudiants  étrangers issus des établissements français, susceptibles de devenir des « interlocuteurs précieux dans le cadre des responsabilités qu'ils assueront plus tard ».

Une première vague de construction sera lancée à Munich, à Londres, à Tokyo et au Caire. « Je souhaite en particulier que nos établissements se développent dans des zones à fort potentiel de développement, à l’image de l’Inde ou des Etats du Golfe, notamment à Abou Dhabi. A Amman, un partenariat entre l’AEFE et le comité de gestion doit ainsi permettre de doubler la capacité d’accueil de l’actuel collège. A Brasilia, le projet de construction d’un nouvel établissement est à l’étude». En outre, un budget de quelque 63 millions d’euros est programmé par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) pour former des enseignants.

Une aide au développement

En marge de ces mesures de simplification et de rationalisation des dispositifs mis en place  dans les domaines culturel et éducatif , le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer la visibilité de la « Maison France » dans le domaine de la solidarité internationale. Là aussi le ministre envisage un partenariat accrû entre les secteurs publics et privés souhaitant des synergies par exemple entre un organisme comme l’Institut Pasteur dont les expertises sont mondialement reconnues et des entreprises comme le laboratoire pharmaceutique Sanofi Aventis. Evoquant la « responsabilité sociale » de la France, le ministre entend, à travers ce programme, apporter sa pierre à l’édifice en matière de lutte sanitaire contre la dengue au Vietnam ou le paludisme le long du fleuve Niger par exemple. Il entend promouvoir une image de la France « à la pointe de la mobilisation » pour améliorer les conditions de vie des pays demandeurs.

* Le groupe Thalès est le leader mondial des systèmes électroniques pour l’aéronautique, la défense et la sécurité.

Note VOX-FN : Le moins que l'on puisse dire, c'est que le renouveau de la présence culturelle , intellectuelle, économique et diplomatique annoncée par Douste-Blazy ne part pas sur de bons rails. Il y a quelques dizaines de jours, l'Algérie a renvoyer le ministre dans ses filets au sujet d'un partenariat franco-algérien et, dernièrement, la France, avec Thalès a perdu son contrat avec l'Arabie Saoudite...