espagnehttp://www.edicom.ch édition du 16 juin 2006

BARCELONE (AP) -- Consultés par référendum dimanche, les Catalans devraient dire «oui» à une large majorité à un statut d'autonomie élargie pour leur riche province, au grand dam des conservateurs qui voient dans ce texte une menace pour l'unité de l'Espagne.

Selon un sondage publié par «La Vanguardia», les Catalans devraient voter à 75% pour le nouveau statut. Pour les partisans du projet, il s'agit, non d'un pas vers l'indépendance, mais d'une reconnaissance de spécificités régionales. «Il s'agit de dire que l'Espagne n'est pas une nation unique mais un Etat constitué de réalités nationales distinctes», explique le député catalan Jordi Xucla.

Mais le texte ne trouve pas grâce auprès des conservateurs du Parti populaire (PP), principale formation d'opposition au niveau national. «C'est le début de la fin pour l'Etat que les Espagnols ont élaboré en 1978 (année de l'adoption de la Constitution espagnole, ndlr)», a averti son chef Mariano Rajoy lorsque la chambre basse du Parlement a donné son feu vert au projet de nouveau statut fin mars.

Le texte permettrait à la Catalogne de percevoir des recettes fiscales supplémentaires, d'avoir davantage son mot à dire sur la nomination des juges et des procureurs, et d'assumer pleinement toute une série de compétences, des transports ferroviaire jusqu'aux permis de travail pour les immigrés.

Le résultat du référendum sera contraignant et définitif. Si le texte soumis aux Catalans est approuvé, il aura valeur de loi. Le scrutin sera suivi avec attention par les Basques, qui souhaitent également une révision de leurs relations avec l'Espagne et bénéficient déjà d'un haut degré d'autonomie.

Selon un sondage publié le 30 mai par le quotidien «El Mundo», 54% des Espagnols sont hostiles au projet de statut élargi pour la Catalogne, et la même proportion estiment que le texte devrait être soumis à une consultation populaire à l'échelon national.

Après la mort de Franco et l'adoption de la Constitution espagnole en 1978, des textes ont été rapidement approuvés donnant aux 17 régions, ou communautés autonomes, une certaine autonomie. Mais la Catalogne et d'autres provinces jugent aujourd'hui ces accords dépassés.

Le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero propose d'étendre aux autres régions les mesures fiscales avantageuses prévues par le nouveau statut de la Catalogne. Celles-ci offrent notamment la possibilité de garder la moitié des recettes fiscales collectées localement, au lieu de 30% actuellement. Les Baléares souhaitent bénéficier de ces dispositions, alors que l'Andalousie propose un projet qui fait référence à sa spécificité en tant que «réalité nationale».

Les conservateurs craignent que le vote catalan ne déclenche un effet domino. Un général de l'armée espagnol a évoqué en janvier une possible intervention militaire si le texte soumis à référendum violait la Constitution. Il a été immédiatement arrêté et limogé.

Jordi Xucla, qui a participé à l'élaboration du texte, souligne que la Catalogne figure historiquement parmi les régions les moins bien loties en terme d'investissements du gouvernement central. La région de six millions d'habitants représente 18,5% de la production économique espagnole, mais n'attire généralement que 7% à 9% des investissements nationaux dans les infrastructures.

Selon le nouveau statut, la Catalogne devra bénéficier d'un taux d'investissement équivalent à celui de son poids économique au cours des sept prochaines années. AP

Note VOX-FN : Dans une époque où le communautarisme de tout genre, s'affirme, désormais, comme une entité incontournable, l'exemple espagnol des Généralités, où les identités régionales ne prennent pas le pas sur l'identité nationale - du moins c'est bien le cas pour l'instant - est-il un modèle à suivre pour la France ? Vaste débat, qui mérite d'être lancé...