samedi 26 mai 2007
La revanche du capitaine Crochet
http://www.philipperanda.com
Chronique de Philippe Randa publiée le 26 mai 2007
Les deux adolescentes corses en ont « été cap’ ». Capable de sauter
dans le vide pour on ne sait encore trop quel pari stupide, mal de
vivre ou d’aimer les autres ou soi tout simplement. On le saura sans
doute dans quelques jours, l’une d’elles, au moins, étant heureusement
tirée d’affaire.
Fait-divers ? Pas seulement, semble-t-il, puisque
la police a réussi à empêcher in extremis une troisième fille de les
imiter ! Et le cas d’une quatrième dans le même collège d’Ajaccio a été
évoqué.
Le suicide est la plus terrible des choses qui puissent
survenir aux proches des victimes. Ils ne peuvent que se répéter qu’ils
auraient dû voir le malaise, prévoir et empêcher l’inexorable. Un
suicide ne peut jamais être « la faute à pas de chance » ou celle «
d’un autre » comme dans un accident ou un crime. Même en cas de maladie
mentale de la victime, un proche reste à jamais culpabilisé. Le suicide
défie toujours la raison.
Alors même que cette épidémie de suicide défraie la une de notre actualité, paraît dans Le Monde(1)
un article sur la progression du nombre d’enfants fugueurs, alors que
se multiplient dans les cours de récréation jeux du foulard, de
suffocation ou d’agressions si à la mode dans nos sociétés
occidentales, les États-Unis d’Amérique se singularisant par des
tueries à l’intérieur des lycées, complaisamment rapportées sous toutes
leurs sanglantes coutures par nos médias
La belle jeunesse
occidentale en a visiblement un coup au moral. Celle des pays du tiers
ou du quart-monde est trop occupée, elle, par manger chaque jour à sa
faim pour songer ne serait-ce qu’un instant à de telles fantaisies. La
fugue, le suicide ou les jeux de cons restent une prérogative de
peuples riches.
Bien évidemment, on rétorquera à juste titre que les
adolescents sont tous plus ou moins perturbés, que ce n’est
heureusement pas la majorité d’entre eux qui tombent dans de tels
excès, que dans les quelque 43 000 fugueurs déclarés l’année dernière,
42 400 ont été retrouvés, que des suicides et des fugues, il y en a
toujours eu depuis le commencement des temps et qu’il y en aura encore
jusqu’à leur fin, si tant est qu’elle arrive.
Soit, mais cela
n’empêche pas néanmoins de se poser des questions sur les motifs qui
peuvent davantage pousser des gamins à s’envoyer en l’air si
vilainement que les générations qui les ont précédés
Conséquence
peut-être des familles explosées plus ou moins bien recomposées, allez
savoir… L’exemple est désormais donné du plus haut sommet de l’État
français, de l’Élysée même où le couple Sarkozy affichent
complaisamment sa progéniture née de trois lits différents. Tous sont
très photogéniques, il est vrai.
Quant au couple politique rival
Royal-Hollande, un livre récemment paru sous-entend qu’il a non
seulement volé en éclats depuis longtemps, mais que la candidature de
Madame n’est qu’une basse vengeance sur fond de jalousie et de chantage
à leurs enfants (2). Vrai ou faux, l’exemple pour notre belle jeunesse
se passe de commentaire.
On n’a pas forcément les enfants qu’on voudrait, mais on a toujours les couples présidentiels qu’on choisit.
Conséquence,
peut-être encore, d’un monde appréhendé toujours plus virtuellement à
travers l’omniprésence de la télévision et désormais encore plus
d’internet ? Le fameux jeux « Second life », tant promotionné par nos
médias en est le plus terrifiant exemple. Si l’on peut tous se
permettre, plus rien n’étant vrai, plus rien n’est donc grave, pas même
la mort…
Enfance et adolescence sont les seules périodes de la vie
où l’on aspirait jusqu’à présent à vieillir. Visiblement, ce n’est plus
le cas pour tous… et nos modernes Peter Pan ne font pas vraiment rêver.
Quant
aux adolescentes, corses ou non, souhaitons qu’elles réalisent à temps
que n’est pas la fée Clochette qui veut. Le capitaine Crochet, lui,
tient sa revanche.
Notes
(1) 24 mai 2007.
(2) La Femme fatale, écrit par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au Monde, Albin Michel Selon les extraits, l’ami du couple, le député Julien Dray, « passé avec armes et bagages dans le camp Royal », aurait expliqué « discrètement aux journalistes (...) que la crise est désormais ouverte entre Royal et Hollande ». « “Ségolène
tient une grenade dégoupillée dans la main”, assure-t-il. Elle lui a
dit : “Si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras
jamais tes enfants !” », poursuit le livre.