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Article de Jérôme Bourbon publié dans le n° 2818 du 6 juillet 2007 de Rivarol

A chaque législative depuis vingt ans, le PC ne cesse de régresser. La question du maintien d’un groupe parlementaire communiste est donc devenue un serpent de mer de la vie politique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PC a toujours disposé d’un groupe à l’Assemblée nationale, sauf de 1958 à 1962, lorsqu’un raz-de-marée gaulliste renforcé par la logique du scrutin majoritaire uninominal à deux tours avait réduit à dix le nombre de ses députés. En juin 1988, la gauche et la droite, toujours généreuses à l’égard des communistes, s’étaient alliées pour abaisser le seuil de 30 à 20 afin de permettre au PC, qui n’avait obtenu que 26 élus, de constituer un groupe.

Les communistes n’ayant eu le 17 juin dernier que quinze élus, plus deux apparentés et un dissident (Maxime Gremetz), ils ont dû se résoudre à constituer le 26 juin un “groupe technique” avec les écolo-gauchistes et quelques divers gauche. Baptisé “Gauche démocrate et républicaine”, ce groupe compte au total 24 députés: 18 communistes, 4 Verts (Martine Billard, Yves Cochet, Noël Mamère et François de Rugy) et deux députés ultra-marins, l’indépendantiste martiniquais Alfred Marie-Jeanne et la Réunionnaise Huguette Bello. Les huit radicaux et l’unique chevènementiste, un moment tentés par l’expérience, ont préféré rejoindre le groupe socialiste qui, comptant 204 élus et apparentés, est à nouveau présidé par le maire de Nantes, le “royaliste” Jean-Marc Ayrault.

Un groupe technique PC-Verts-Divers gauche

Les “groupes techniques”, qui permettent notamment de bénéficier de temps de parole et d’avantages matériels comme un groupe de parti, ont eu deux précédents: en 1993, le groupe République et Liberté rassemblant des élus de droite et de gauche et en 1997 le groupe Radical-Citoyen-Vert. Mais ce qui vaut au Palais-Bourbon n’est pas forcément transposable au Parlement européen. En 1999, le Front national, faute d’élus en nombre suffisant, avait constitué un groupe technique avec les eurodéputés de la Ligue du Nord de Bossi et les radicaux italiens d’Emma Bonino. Aussitôt formé, le groupe était dissous au motif qu’il n’y avait pas de cohérence politique entre ses membres. Il est vrai que l’on a envers les communistes une mansuétude que l’on n’a pas quand il s’agit de nationaux!

Reste que ce groupe technique consacre clairement l’affaiblissement du PC dans la vie politique que les élections présidentielle et législatives avaient déjà mis en évidence. Une étude interne au PCF réalisée par l’historien Roger Martelli évoque ouvertement une “dénationalisation du vote communiste” et un recul sensible par rapport aux législatives de 2002. En juin 2007, le PC obtient moins de 2% des voix dans 120 circonscriptions contre 99 il y a cinq ans. Inversement, les circonscriptions où les communistes franchissent la barre des 5% sont au nombre de 144 contre 473 en 1997. Le parti a perdu la moitié de son potentiel électoral dans quelque 400 circonscriptions. De sorte que la réélection de plusieurs de ses députés sortants ne doit pas faire illusion. Non seulement “Fabien” se voit contraint de renoncer à un groupe communiste pur jus mais, de plus, bien qu’il constitue l’essentiel des effectifs (18 sur 24), il ne dirigera pas le groupe pendant toute la législature. En effet, une présidence tournante a été mise en place: pendant les vingt premiers mois, le communiste Jean-Claude Sandrier présidera le groupe, les vingt mois suivants ce sera un élu d’outre-mer et la fin de la mandature verra un Vert diriger cette “Gauche démocrate et républicaine”. Bien que brillamment réélu dans le Nord, Alain Bocquet, inamovible président du groupe PC, a été purement et simplement évincé.

Par ailleurs, chacune des trois composantes sera totalement indépendante. “Tout sera divisé en trois, sauf les questions d’actualité où les communistes auront la moitié du temps de parole”, a précisé le Vert François de Rugy. Il y aura également liberté de vote. Les communistes se sont engagés à conserver ce groupe en l’état même si le seuil de 20 députés pour un groupe est abaissé à 15. Cet abaissement, réclamé par le PCF (qui, gourmand ou pensant à l’avenir, souhaiterait même une réduction à dix élus) et le PRG, pourrait faire l’objet d’une “réflexion globale” sur le statut de l’opposition, a indiqué prudemment le président du groupe UMP Jean-François Copé, tandis que Roger Karoutchi, ministre des Relations avec le Parlement, y est ouvertement favorable.

Une situation financière tendue

Cela dit, avec ce groupe, le PC assure sa survie politique mais surtout financière. Car à court terme, l’étranglement pécuniaire menaçait, alors que les caisses du parti sont déjà au plus bas. Le PC ne sera pas remboursé des frais de campagne de Marie-George Buffet qui a obtenu 1,93% à la présidentielle, battant le précédent record de Robert Hue en 2002 (3,37%) — perte sèche: 3,8 millions d’euros. Une débâcle législative aurait donc été de fort mauvais augure, le financement public des partis politiques étant indexé sur les résultats aux législatives et le nombre de parlementaires.

La situation financière est “très tendue”, consent le trésorier Jean-Louis Frostin. Pour autant, le parti aurait anticipé ses mauvais résultats des 22 avril et 10 juin et ne serait pas “sur la paille”. Pas question, donc, pour l’heure, de vendre les bijoux de famille (dont plusieurs oeuvres d’art) ni de céder ou d’hypothéquer le siège de la place du Colonel Fabien, qui est depuis le 26 mars 2007 classé monument historique. Toutefois, “si on perdait 15 députés, ça poserait beaucoup de problèmes”, reconnaissait, avant les législatives, Frostin, qui prédisait alors “des mesures importantes” qui auraient pu toucher les 55 permanents du siège. Même si les résultats des législatives ont été un peu moins calamiteux que prévu, le PCF a décidé de louer deux étages de son immeuble place du Colonel Fabien pour assainir sa situation financière. “On est à la recherche de locataires intéressés” parmi des “structures professionnelles” ou liées à “l’économie sociale” (comme des associations, des mutuelles), a précisé le trésorier du PC qui ne sait pas encore quelle recette il peut espérer de cette opération et, en fonction de celle-ci, proposera à la rentrée de septembre d’autres mesures portant sur la réduction des dépenses. De son côté, le quotidien L’Humanité, dont le PCF est l’actionnaire de référence (à hauteur de 40%), étudie la vente de son immeuble à Saint-Denis. Mais les finances du PCF et de L’Humanité sont séparées et “il n’y a pas de flux financiers entre les deux”, affirme Jean-Louis Frostin… que l’on n’est pas obligé de croire sur parole!

De toute façon, on peut compter sur le gros capital pour venir en aide à “Fabien”. Après tout, le quotidien communiste a été recapitalisé par Lagardère, largement subventionné par l’Etat et, à la différence des BBR, la Fête de L’Huma est chaque année parrainée par une foultitude de groupes industriels dont celui de Martin Bouygues, le témoin de mariage de Nicolas et Cécilia Sarkozy! Quant au patrimoine immobilier du PC, il reste important, avec au premier chef, son siège national. Conçu en 1971 par l’architecte judéo-brésilien Oscar Niemeyer, comme d’ailleurs le siège de L’Humanité et l’affreux centre-ville du Havre avec le fameux “pot de yaourt”, cet immeuble affichant 5 000 m2 de bureaux, 5 000 m2 de halls et de salles de conférence et en sous-sol 5 000 m2 de parkings vaudrait la bagatelle de 50 millions d’euros. Si le Parti s’est débarrassé en 2005 de l’espace Marx (XIIIème arrondissement de Paris) vendu pour 3,2 millions d’euros, s’il a cédé en 2004 à une institution pour handicapés le superbe hôtel particulier ayant longtemps abrité l’école des cadres du Parti à Draveil dans l’Essonne, s’il a vendu pour plus de 20 millions d’euros la maison de Bazainville achetée en 1953 dans les Yvelines pour le secrétaire général Maurice Thorez, il reste au PC, outre “Fabien”, un trésor: l’appartement situé au 4 rue Marie-Rose dans le 14e arrondissement et où Lénine vécut lors de son séjour parisien.

Des oeuvres d’art (?) en sursis

Le PC possède aussi quelques oeuvres d’art, hideuses mais valant une fortune. Des rumeurs assurent ainsi qu’une expertise des oeuvres de Fernand Léger appartenant au parti a été lancée. Le pionnier du cubisme, qui avait adhéré à la Libération, a offert quelques dessins et lithographies à “Fabien”. De cette collection restent une tapisserie réalisée sur le thème du poème de Paul Eluard “Liberté, j’écris ton nom” dressée au cinquième étage du siège du PC et un vitrail monumental commencé par l’artiste et achevé par son épouse. Le Parti est également propriétaire de la fameuse “Joconde à la moustache” de Marcel Duchamp et de 266 objets de Picasso: dessins, calligraphies, cartes postales, portraits, etc. Mais leur valeur est très inégale. D’autre part, beaucoup d’oeuvres du peintre données au Parti auraient disparu, des camarades s’étant servis au passage. Décidément tout se perd! Qu’a-t-on fait de la formule révolutionnaire: “Tu dois tout au Parti, le Parti ne te doit rien”?