mardi 24 juillet 2007
Comment sauver le soldat Fabien ?
Article de Jérôme Bourbon publié dans le n° 2818 du 6 juillet 2007 de Rivarol
A chaque législative depuis vingt ans, le
PC ne cesse de régresser. La question du maintien d’un
groupe parlementaire communiste est donc devenue un serpent de mer
de la vie politique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
le PC a toujours disposé d’un groupe à
l’Assemblée nationale, sauf de 1958 à 1962, lorsqu’un
raz-de-marée gaulliste renforcé par la logique du
scrutin majoritaire uninominal à deux tours avait réduit
à dix le nombre de ses députés. En juin 1988,
la gauche et la droite, toujours généreuses à
l’égard des communistes, s’étaient
alliées pour abaisser le seuil de 30 à 20 afin de
permettre au PC, qui n’avait obtenu que 26 élus, de
constituer un groupe.
Les communistes n’ayant eu le 17 juin
dernier que quinze élus, plus deux apparentés et un
dissident (Maxime Gremetz), ils ont dû se résoudre à
constituer le 26 juin un “groupe technique” avec les
écolo-gauchistes et quelques divers gauche. Baptisé
“Gauche démocrate et républicaine”, ce
groupe compte au total 24 députés: 18 communistes, 4
Verts (Martine Billard, Yves Cochet, Noël Mamère et
François de Rugy) et deux députés
ultra-marins, l’indépendantiste martiniquais Alfred
Marie-Jeanne et la Réunionnaise Huguette Bello. Les huit
radicaux et l’unique chevènementiste, un moment
tentés par l’expérience, ont préféré
rejoindre le groupe socialiste qui, comptant 204 élus et
apparentés, est à nouveau présidé par
le maire de Nantes, le “royaliste” Jean-Marc Ayrault.
Un groupe technique PC-Verts-Divers gauche
Les “groupes techniques”, qui
permettent notamment de bénéficier de temps de
parole et d’avantages matériels comme un groupe de
parti, ont eu deux précédents: en 1993, le groupe
République et Liberté rassemblant des élus de
droite et de gauche et en 1997 le groupe Radical-Citoyen-Vert.
Mais ce qui vaut au Palais-Bourbon n’est pas forcément
transposable au Parlement européen. En 1999, le Front
national, faute d’élus en nombre suffisant, avait
constitué un groupe technique avec les eurodéputés
de la Ligue du Nord de Bossi et les radicaux italiens d’Emma
Bonino. Aussitôt formé, le groupe était
dissous au motif qu’il n’y avait pas de cohérence
politique entre ses membres. Il est vrai que l’on a envers
les communistes une mansuétude que l’on n’a pas
quand il s’agit de nationaux!
Reste que ce groupe technique consacre clairement
l’affaiblissement du PC dans la vie politique que les
élections présidentielle et législatives
avaient déjà mis en évidence. Une étude
interne au PCF réalisée par l’historien Roger
Martelli évoque ouvertement une “dénationalisation
du vote communiste” et un recul sensible par rapport aux
législatives de 2002. En juin 2007, le PC obtient moins de
2% des voix dans 120 circonscriptions contre 99 il y a cinq ans.
Inversement, les circonscriptions où les communistes
franchissent la barre des 5% sont au nombre de 144 contre 473 en
1997. Le parti a perdu la moitié de son potentiel électoral
dans quelque 400 circonscriptions. De sorte que la réélection
de plusieurs de ses députés sortants ne doit pas
faire illusion. Non seulement “Fabien” se voit
contraint de renoncer à un groupe communiste pur jus mais,
de plus, bien qu’il constitue l’essentiel des
effectifs (18 sur 24), il ne dirigera pas le groupe pendant toute
la législature. En effet, une présidence tournante a
été mise en place: pendant les vingt premiers mois,
le communiste Jean-Claude Sandrier présidera le groupe, les
vingt mois suivants ce sera un élu d’outre-mer et la
fin de la mandature verra un Vert diriger cette “Gauche
démocrate et républicaine”. Bien que
brillamment réélu dans le Nord, Alain Bocquet,
inamovible président du groupe PC, a été
purement et simplement évincé.
Par ailleurs, chacune des trois composantes sera
totalement indépendante. “Tout sera divisé en
trois, sauf les questions d’actualité où les
communistes auront la moitié du temps de parole”, a
précisé le Vert François de Rugy. Il y aura
également liberté de vote. Les communistes se sont
engagés à conserver ce groupe en l’état
même si le seuil de 20 députés pour un groupe
est abaissé à 15. Cet abaissement, réclamé
par le PCF (qui, gourmand ou pensant à l’avenir,
souhaiterait même une réduction à dix élus)
et le PRG, pourrait faire l’objet d’une “réflexion
globale” sur le statut de l’opposition, a indiqué
prudemment le président du groupe UMP Jean-François
Copé, tandis que Roger Karoutchi, ministre des Relations
avec le Parlement, y est ouvertement favorable.
Une situation financière tendue
Cela dit, avec ce groupe, le PC assure sa survie
politique mais surtout financière. Car à court
terme, l’étranglement pécuniaire menaçait,
alors que les caisses du parti sont déjà au plus
bas. Le PC ne sera pas remboursé des frais de campagne de
Marie-George Buffet qui a obtenu 1,93% à la présidentielle,
battant le précédent record de Robert Hue en 2002
(3,37%) — perte sèche: 3,8 millions d’euros.
Une débâcle législative aurait donc été
de fort mauvais augure, le financement public des partis
politiques étant indexé sur les résultats aux
législatives et le nombre de parlementaires.
La situation financière est “très
tendue”, consent le trésorier Jean-Louis Frostin.
Pour autant, le parti aurait anticipé ses mauvais résultats
des 22 avril et 10 juin et ne serait pas “sur la paille”.
Pas question, donc, pour l’heure, de vendre les bijoux de
famille (dont plusieurs oeuvres d’art) ni de céder ou
d’hypothéquer le siège de la place du Colonel
Fabien, qui est depuis le 26 mars 2007 classé monument
historique. Toutefois, “si on perdait 15 députés,
ça poserait beaucoup de problèmes”,
reconnaissait, avant les législatives, Frostin, qui
prédisait alors “des mesures importantes” qui
auraient pu toucher les 55 permanents du siège. Même
si les résultats des législatives ont été
un peu moins calamiteux que prévu, le PCF a décidé
de louer deux étages de son immeuble place du Colonel
Fabien pour assainir sa situation financière. “On est
à la recherche de locataires intéressés”
parmi des “structures professionnelles” ou liées
à “l’économie sociale” (comme des
associations, des mutuelles), a précisé le trésorier
du PC qui ne sait pas encore quelle recette il peut espérer
de cette opération et, en fonction de celle-ci, proposera à
la rentrée de septembre d’autres mesures portant sur
la réduction des dépenses. De son côté,
le quotidien L’Humanité, dont le PCF est
l’actionnaire de référence (à hauteur
de 40%), étudie la vente de son immeuble à
Saint-Denis. Mais les finances du PCF et de L’Humanité
sont séparées et “il n’y a pas de flux
financiers entre les deux”, affirme Jean-Louis Frostin…
que l’on n’est pas obligé de croire sur parole!
De toute façon, on peut compter sur le
gros capital pour venir en aide à “Fabien”.
Après tout, le quotidien communiste a été
recapitalisé par Lagardère, largement subventionné
par l’Etat et, à la différence des BBR, la
Fête de L’Huma est chaque année parrainée
par une foultitude de groupes industriels dont celui de Martin
Bouygues, le témoin de mariage de Nicolas et Cécilia
Sarkozy! Quant au patrimoine immobilier du PC, il reste important,
avec au premier chef, son siège national. Conçu en
1971 par l’architecte judéo-brésilien Oscar
Niemeyer, comme d’ailleurs le siège de L’Humanité
et l’affreux centre-ville du Havre avec le fameux “pot
de yaourt”, cet immeuble affichant 5 000 m2 de bureaux, 5
000 m2 de halls et de salles de conférence et en sous-sol 5
000 m2 de parkings vaudrait la bagatelle de 50 millions d’euros.
Si le Parti s’est débarrassé en 2005 de
l’espace Marx (XIIIème arrondissement de Paris) vendu
pour 3,2 millions d’euros, s’il a cédé
en 2004 à une institution pour handicapés le superbe
hôtel particulier ayant longtemps abrité l’école
des cadres du Parti à Draveil dans l’Essonne, s’il
a vendu pour plus de 20 millions d’euros la maison de
Bazainville achetée en 1953 dans les Yvelines pour le
secrétaire général Maurice Thorez, il reste
au PC, outre “Fabien”, un trésor: l’appartement
situé au 4 rue Marie-Rose dans le 14e arrondissement et où
Lénine vécut lors de son séjour parisien.
Des oeuvres d’art (?) en sursis
Le PC possède aussi quelques oeuvres d’art, hideuses mais valant une fortune. Des rumeurs assurent ainsi qu’une expertise des oeuvres de Fernand Léger appartenant au parti a été lancée. Le pionnier du cubisme, qui avait adhéré à la Libération, a offert quelques dessins et lithographies à “Fabien”. De cette collection restent une tapisserie réalisée sur le thème du poème de Paul Eluard “Liberté, j’écris ton nom” dressée au cinquième étage du siège du PC et un vitrail monumental commencé par l’artiste et achevé par son épouse. Le Parti est également propriétaire de la fameuse “Joconde à la moustache” de Marcel Duchamp et de 266 objets de Picasso: dessins, calligraphies, cartes postales, portraits, etc. Mais leur valeur est très inégale. D’autre part, beaucoup d’oeuvres du peintre données au Parti auraient disparu, des camarades s’étant servis au passage. Décidément tout se perd! Qu’a-t-on fait de la formule révolutionnaire: “Tu dois tout au Parti, le Parti ne te doit rien”?
