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Chronique de Philippe Randa publiée sur son site le 26 juillet 2007


Hier soir, ce fut les deux derniers épisodes du feuilleton de l’été de TF1 : Mystère ! Un titre plein de promesses qui les a bien tenues. Un mois durant, d’habiles scénaristes nous ont gardé en haleine avec une jolie héroïne qui voulait savoir pourquoi sa mère l’avait abandonné des années auparavant, aidé en cela par son fiancé de policier, secrètement motivé, lui, par sa vengeance contre… le père de sa bien-aimée, un général tenu au secret défense sur « l’opération Star » qu’il dirige avec son fils, demi-frère de l’héroïne à laquelle il voue une haine pas piquée des familles. Ajoutez des disparitions régulières d’enfants « pas comme les autres », identifiés comme des Aliens, un médecin présumé diabolique et de mystérieux messages, présumés venir de l’espace, qui apparaissent dans nos verts pâturages.

Dans ce feuilleton de TF1, les amours trahis, les sanglants secrets de famille, les cocufiages et les chantages le disputèrent allègrement aux meurtres, aux conspirations et aux disparitions, j’en passe tellement on a eu pour tout ce que nous annonçait le titre : Mystère. Les amateurs du genre n’ont certes pas été volés ! De quoi supporter quatre pluvieuses semaines. Merci TF1 !

La fiction, finalement, il n’y a que cela de vrai. Et quand on dit que la réalité peut la rejoindre, c’est vite dit !

Prenez le feuilleton bulgaro-lybien, pensez-vous qu’il tienne la comparaison ? S’il mérite Oscar ou César, c’est sans doute celui du plus mauvais thriller qui soit.

D’abord, la durée : huit ans ! Huit ans que le sort des infirmières bulgares et du toubib palestinien nous était rappelé avec force trémolos indignés dans les commentaires quant au scandale de leur incarcération. De leur kidnapping, n’a-t-on pas hésité à nous affirmer ! Soit. Innocents, les présumés innocents firent appel. Re-condamnation, re-procédures, ré-examens, et ré-renvois de procès à n’en plus finir… Il était à l’évidence temps de clore l’affaire, les spectateurs commençaient à quitter la salle.

Les acteurs : On sait que les producteurs n’aiment rien tant qu’à distribuer les premiers rôles aux dames qui leur ont généreusement distribués leurs faveurs. Généralement, leurs maîtresses. Avec Sarkozy à la production, c’est carrément sa régulière, devenue Première dame de France, qu’il a promue héroïne. Au grand dam de Bernard Kouchner, vieux cabotin du film humanitaire, relégué à un rôle de figurant. Il y a des intermittents de la politique comme il y a ceux du spectacle. Ils coûtent hélas aussi chers.

Quant au scénario, la seule question qui vienne, c’est : « Comment a-t-on pu tourner ÇA ! »
ÇA : Mouammar Kadhafi oserait-il faire condamner à mort ses otages ? Oui, il osa ! Oserait-il laisser confirmer leur peine ? Oui, il osa encore ! Oserait-il multiplier les demandes de rançon ? Oui, oui et toujours oui. Oserait-il demander – symboliquement – la même somme d’argent qu’il avait été contraint de payer pour son implication dans l’attentat de Lockerby ? Tout à fait… Et ferait-il payer les intérêts de cette somme à ces Européens ? Ben tiens, il n’allait pas se gêner.

Parce que tout de même, si ces infirmières et ce toubib étaient si innocents que cela – ce que je veux bien croire pour ma part – comment peut-on accepter d’être rançonnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis ?

Payer, c’est reconnaître à l’Union européenne une quelconque responsabilité. Comme Khadafi a reconnu la sienne – de fait – dans l’attentat de Lockerky !

Aujourd’hui, le numéro un libyen a récupéré l’argent de sa condamnation, avec intérêts sonnants et trébuchants… et est devenu la nouvelle coqueluche du Monde entier, et plus précisément un nouveau «partenaire stratégique» de la France.

Imaginez-vous un instant un scénariste proposer un tel projet de série Z à un producteur ? Même Arte n’en voudrait pas !