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Article de Ludovic Monnerat publié le 30 juillet 2007

Le camp de prisonniers de Guantanamo Bay, ouvert dans la foulée de l'opération "Enduring Freedom" et alimenté par la suite en individus capturés de par le monde, a depuis 5 ans été érigé en symbole de tout ce qu'il y a de néfaste et répréhensible dans la guerre menée par l'Amérique de George Bush. Au-delà des comparaisons délirantes avec les goulags de l'ère soviétique, force est de rappeler que les obligations liées au droit des gens en temps de guerre n'ont pas été remplies par les Forces Armées américaines, puisque les tribunaux militaires prévus pour accorder ou non du statut de prisonnier de guerre (il vaut la peine de souligner que celui-ci est lié à des conditions précises...) n'ont jamais comblé leur retard initial. L'amélioration substantielle des conditions de détention n'y change rien.

Pourtant, lorsqu'une étude montre qu'au moins 30 anciens détenus de Guantanamo ont été tués ou capturés lors de combats en Afghanistan et au Pakistan, et que 95% d'entre eux constituaient une menace claire pour les intérêts américains en raison de leur affiliation à la mouvance islamiste, la question se pose en des termes différents : que faire des hommes faits prisonniers sur les champs de bataille du djihad si l'on ne dispose pas d'un camp comme Guantanamo ? Les opposants les plus radicaux à cette prison militaire doivent en effet trouver une solution à la neutralisation d'individus se revendiquant comme des combattants et affirmant leur volonté de reprendre la lutte s'ils en ont la possibilité. Et avec des bases légales solides.

Dans les conflits classiques qui ont fondé les Conventions de Genève, le prisonnier de guerre reste détenu jusqu'à la fin officielle des hostilités et la signature des armistices ou accords de paix afférents. Mais dans les conflits déstructurés de notre ère, ce principe équivaut soit à détenir indéfiniment des individus en l'absence d'une autorité susceptible de négocier la paix, soit à ne pas pouvoir les mettre hors d'état de nuire en-dehors d'une élimination sur le champ de bataille. L'approche généralement préconisée par les opposants aux tribunaux militaires, basée sur le droit commun, est en effet contredite par la motivation guerrière des prisonniers et par leur refus systématique de reconnaître la moindre faute, le moindre crime. Ce qui nous ramène à la case départ...

Les forces armées confrontées à ce dilemme ont certes développé leur capacité à éliminer les combattants individuels, grâce notamment à l'interconnexion des senseurs/décideurs/effecteurs et à la précision accrue des systèmes d'armes ; mais cela n'offre pas de solution globale. C'est tout le principe des relations internationales comme base du droit de la guerre qui doit être remis en question, et des notions de capitulation ou de réparation individuelle doivent être explorées pour tenter d'esquisser cette solution. L'avènement de l'individu comme acteur stratégique a en effet pour corollaire l'avènement d'un droit de la guerre considérant cet individu comme un être responsable, à même de répondre de ses actes. Il faudra bien des déboires et des drames avant d'y parvenir, mais je ne vois pas d'autre perspective.