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Article de Doumenge Mistral publié le 11 octobre 2007


Le fait d’être adhérent à l’UMP va devenir un exercice de plus en plus difficile pour tous ceux qui disposent encore d’une certaine éthique en politique. Sauf à être un libéral apatride immoral, il n’y aura plus que les opportunistes ou les niais (tendance partisans de Christine Boutin) pour voir dans les propositions de l’UMP des projets d’avenir pour la France fondés sur le bien commun et l’avenir de notre pays.

A titre d’exemple, le numéro du Magazine de l’Union daté de septembre 2007 et intitulé « feu vert pour les réformes » (il est d’ailleurs intéressant qu’un parti au pouvoir depuis 2002 ait attendu septembre 2007 pour considérer qu’il était temps de réformer le pays…) traite, dans l’un des articles qui y figurent, de l’immigration, qui fut l’une des principales préoccupations des électeurs de Nicolas Sarkozy, et s’achève par un paragraphe consacré à l’immigration économique, présentée comme un « facteur de modernité » : « notre pays a tout intérêt à attirer des salariés qualifiés, qui par leur travail enrichissent la France. »

On n’osera demander par quel tour de magie un pays comme le nôtre, touché par l’un des plus forts taux de chômage de la communauté européenne, aurait besoin de travailleurs immigrés qui viendraient « enrichir la France. » n’est-ce pas plutôt de formations plus adéquates, d’orientations plus pertinentes de ses jeunes, d’une revalorisation de l’artisanat et du travail manuel (pour ne pas dire du travail tout court…), d’une refonte totale du système scolaire et d’une désétatisation des filières économiques dont la France aurait besoin ? Faire venir des travailleurs immigrés n’est-il pas un échappatoire commode pour un gouvernement dont le parti n’osera pas réformer autant que la couverture de son magazine peut le prétendre ?

A cela s’ajoute le fait que le gouvernement prétend favoriser l’immigration du travail au détriment de l’immigration familial, ce qui est foncièrement hypocrite puisque la venue de travailleurs chez nous implique fatalement, par les dispositions de notre législation, la venue de la famille de ceux-ci, donc encore plus d’immigration familiale.

Mais il y a, au-delà de ces considérations purement économiques, un fait plus choquant qui traduit l’évolution des mentalités des élites gouvernantes parisiennes : l’approche de l’immigration a évolué et une conception purement utilitariste s’est substitué à l’immigration humanitaire et larmoyante qui a provoqué les désastres que l’on sait. D’un point de vue purement moral, l’on peut sérieusement se demander quelle conception est la pire.

L’immigration économique est en effet un « facteur de modernité » si l’on prend la modernité dans ce qu’elle a apporté de plus destructeur pour l’Humanité (le communisme, le nazisme, les révolutions…) L’immigration est un drame pour toute personne (exceptés quelques cas isolés), le fait de quitter son pays et ses racines n’est pas une chance mais une tragédie humaine qui est, à notre époque, devenue le lot de millions de personnes contraintes, pour des motifs économiques ou militaires, de quitter le pays de leurs ancêtres pour émigrer vers d’autres contrées, amenant ainsi les « clash » communautaires que nos sociétés occidentales connaissent aujourd’hui.

L’immigration économique consisterait à « faire le tri » entre les immigrés trop peu rentables pour certains intérêts situés dans le pays d’accueil et ceux qui peuvent intéresser économiquement ces mêmes intérêts. Il y a donc, en amont, une approche déshumanisante de l’immigré perçu comme un accessoire économique rentable (sous peine d’être « jeté ») et, en aval, un véritable pillage des forces économiques des pays du Tiers-monde qui en manquent cruellement.

Alors que les autorités occidentales font la chasse à l’immigration de la misère (de manière fort peu efficace et sans s’attaquer aux causes), elles incitent l’immigration économique, injuste du point de vue national puisque ces immigrés feront concurrence aux travailleurs indigènes, crapuleux du point de vue international puisque cela prive le Tiers-monde d’une potentielle « élite. » Enfin, l’on ne peut que ressentir un profond malaise à l’idée que l’entrée dans notre pays sera désormais subordonnée à une rentabilité purement économique qui, fatalement, ignore des critères humains tels que l’appartenance à une communauté, une civilisation, une nation… Ceux qui n’éprouvent qu’indifférence à l’égard du « traitement » des immigrés qui commence à voir le jour, devraient se souvenir que, en France, à chaque fois qu’une mesure a été appliquée aux immigrés, elle a ensuite été étendue à l’ensemble de la communauté nationale (par exemple la carte d’identité.)

Si l’on peut aujourd’hui considérer l’étranger comme un simple facteur économique, qui peut dire avec certitude que, demain, tout homme ne sera perçu de même ? Quelle différence y a-t-il entre un étranger et un Français aux yeux d’un mondialiste ? Ce qui peut être fait sur l’un peut être fait sur l’autre. L’enjeu devient ici civilisationnel : Après avoir, par « droit de l’hommisme, » défendu l’indifférenciation entre « nous et les autres, » c’est-à-dire la fin des frontières, des communautés régionales et nationales et des identités et perçu l’homme comme un individu désincarné, interchangeable avec ses semblables, verra-t-on par « réalisme » l’individu, toujours désincarné et interchangeable, considéré également comme un simple produit dans un système économique infernal ? Et si l’on considère que la venue sur notre sol de ces nouveaux travailleurs, qui feront concurrence aux travailleurs nationaux, seront une cause de baisse des salaires, ces travailleurs étant prêts à gagner moins pour un travail plus lourd, compte-tenu de la situation à laquelle ils échappent, l’on voit que ce raisonnement trouve une illustration concrète dans l’immédiat.

Il est plus que temps de l’affirmer : non l’immigration n’est pas une chance, ni pour la France, ni pour les immigrés. Encore faudra-t-il l’expliquer à nos contemporains biberonnés de mondialisme par la propagande audiovisuelle.