Carte_Kurdeshttp://tempsreel.nouvelobs.com édition du 21 octobre 2007

Le président irakien Jalal Talabani a affirmé dimanche 21 octobre qu'il ne livrerait "jamais" à la Turquie les chefs du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). "Remettre les chefs du PKK à la Turquie est un fantasme qui ne se réalisera jamais", a déclaré Jalal Talabani lors d'une conférence conjointe avec le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, à Erbil, dans le nord de l'Irak.

Ankara avait indiqué qu'une de ses exigences pour résoudre la crise actuelle était que les chefs du mouvement rebelle ayant trouvé refuge au Kurdistan irakien lui soient livrés. "Nous défendrons notre territoire contre toute attaque", a déclaré pour sa part Massoud Barzani. Toutefois, a souligné le dirigeant kurde, "si les Turcs proposent une solution politique acceptable et que le PKK refuse, alors nous considèrerons le PKK comme une organisation terroriste".

Motion du Parlement irakien

Pour sa part, le Parlement irakien avait plus tôt dans la journée voté une motion condamnant la menace brandie par la Turquie d'une incursion militaire dans la région. Dans le même temps, il avait exigé le départ des militants opérant contre la Turquie de son territoire et appelé le gouvernement irakien à prendre "les mesures appropriées" pour mettre fin aux opérations du PKK. "Le Parlement a condamné la menace de recourir à la force pour résoudre le problème en suspens", précise le texte de cette motion approuvé par 184 députés sur 275.

Ce vote est intervenu alors que le gouvernement turc a reçu le feu vert de son Parlement pour une action contre les bases du PKK au Kurdistan irakien, qui rassembleraient quelque 3.500 combattants.

Attaque du PKK

"Le Parlement estime que la décision du Parlement turc n'est pas en faveur des relations de bon voisinage avec l'Irak", ajoute la motion, qui exprime "l'inquiétude du Parlement face aux menaces du gouvernement et du Parlement turcs d'une incursion, en violation de la souveraineté de l'Irak". Elle "appelle le gouvernement turc à écouter la voix de la sagesse et à user du dialogue pour régler le problème en coordination avec le gouvernement irakien". En outre, le Parlement condamne "toute opération armée conduite à partir du territoire irakien contre les pays voisins". "Le Parlement appelle les combattants du PKK à quitter le territoire irakien, et demande au gouvernement irakien de prendre les mesures appropriées pour arrêter les agissements du PKK à partir du terriroire irakien", conclut la motion.

Second incident

Au moins douze soldats turcs ont été tués, seize ont été blessés et une dizaine sont portés disparus après dans une embuscade tendue par des rebelles kurdes près de la frontière irakienne. Les combattants du PKK, pour leur part, auraient subi la perte des 23 membres. Au cours d'un autre incident, également dimanche, une mine a tué une personne et en a blessé huit autres, qui circulaient en minibus près du lieu de l'embuscade. On ignore si les victimes sont des militaires ou des civils.

Réunion de crise

Des responsables gouvernementaux et l'état-major turc doivent tenir une réunion de crise dimanche à partir de 20h00 locales (17h00 GMT) sous la présidence du chef de l'Etat, Abdullah Gül, pour décider de la riposte.

"Les affrontements se poursuivent entre soldats et rebelles dans la région (de Hakkari), et nos forces sont appuyées
par des hélicoptères Cobra"
, a-t-on déclaré à Reuters de source proche des services de sécurité. Des rebelles kurdes ont en outre pris "de nombreux otages" parmi les soldats turcs, écrit dimanche l'agence de presse Firat, favorable aux séparatistes. L'information n'a pas été confirmée pour l'heure de source indépendante. A Erbil en Irak, un responsable militaire kurde a affirmé que l'armée turque avait tiré des obus sur une dizaine de secteurs le long de la frontière, aux premières heures de dimanche, mais sans faire de victimes.

Référendum
 
 Face aux perspectives d'incursion militaire, les Etats-Unis et l'Union européenne ont invité la Turquie à la retenue, craignant qu'une opération de grande ampleur dans le nord de l'Irak ne déstabilise davantage la région. Erdogan se trouve toutefois soumis à la pression grandissante de l'opinion et de l'armée, après une série d'attaques particulièrement meurtrières du PKK. "On ne peut s'attendre à ce que la Turquie reste silencieuse face à des attaques comme celles-ci", estime Murat Yetkin, du quotidien turc Radikal. "Cette attaque (l'embuscade), survenue le jour même où se déroule un référendum en Turquie, est très clairement une provocation. Elle montre que les initiatives démocratiques n'intéressent pas le PKK", ajoute le journaliste. Lors du référendum de dimanche, les Turcs doivent notamment décider si leurs futurs présidents seront élus au suffrage universel direct ou par le Parlement