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Lettre ouverte de Philippe Olivier, Ancien membre du Bureau politique du Front national, Ancien délégué général adjoint du Front national, Conseiller municipal de Maisons-Alfort (élu droite nationale)

Mon cher camarade,

Je lis sur ton blog un article virulemment anti Marine poétiquement intitulé : « Marine : quelle conne ! »

La sincérité de ta colère dont personne ne doute, m’autorise de te faire part de quelques réflexions que voudras bien ne pas interpréter comme une marque d’hostilité à ton égard ou à l’égard de ta formation.

Je sais la légitime passion qui t’habite et la force de tes convictions. Mais ce ton et ces termes ne te ressemblent pas tant ils sont dénués de nuances. Et parce que, sur le fond, je pense ton analyse injuste, je crois ton billet également inopportun.

Comme nationaliste français, j’ai été comme toi et beaucoup de nos camarades méfiant voire hostile à Marine Le Pen. Les hasards de la vie m’ont permis de l’approcher dans l’action militante, de travailler à ses côtés et, partant, de revoir mon opinion. Si la question de l’Europe des régions constitue un point réel de divergence qu’il serait stupide de nier, tes attaques sur sa prétendue soumission idéologique ou sa trahison me semblent, à la lumière de mon expérience, parfaitement infondées.

De fait, ses innombrables prestations télévisées et radiophoniques comme la teneur de ses documents électoraux suffisent objectivement à témoigner de l’orthodoxie de son positionnement politique. Quant à la campagne présidentielle dont tu la tiendrais pour unique responsable, je te sais trop fin connaisseur de la personnalité de Jean-Marie Le Pen pour savoir que Marine n’a pas tout décidé et que bien des initiatives malheureuses auxquelles tu fais allusion ont relevé du candidat seul. Tu le sais la politique est faite de symboles. Il n’a donc pas pu t’échapper que Marine n’a même pas croisé Dieudonné aux BBR.

Je te sais, en outre, trop averti des mécanismes électoraux pour ignorer que le score d’une présidentielle ne tient pas à une affiche, mais au déplacement de grandes masses. Comment croire que les électeurs auraient trouvé Le Pen insuffisamment anti-immigrés au point d’aller voter Sarkozy ! La contre-performance des présidentielles résulte, c’est l’évidence, d’une irrésistible aspiration du corps électoral au changement de tête et au rajeunissement politique. Sans les interventions médiatiques très réussies de Marine, Jean-Marie Le Pen serait, sans nul doute, passé sous la barre des dix.

L’ « affaire » qui nous vaut ton coup de gueule me semble prendre inutilement et artificiellement une dimension imméritée. Que Marine trouve inapproprié d’adopter l’affiche de UDC pour le Front national relève en effet de l’évidence dans un parti qui, depuis sa création, n’a jamais fait sienne la conception raciale de la nation. Ceux de nos milieux qui le souhaitent sont libres d’en reprendre le visuel et d’en assumer politiquement les conséquences.

Puisque tu évoques une « trahison des militants » de sa part, permets moi de t’apporter mon témoignage. Comme tous ceux qui ont fait la campagne d’Hénin Beaumont à ses côtés, j’ai pu mesurer ses qualités militantes. Son remarquable score est avant tout le résultat d’un intense travail personnel de terrain (porte à porte, réunions, marchés,…) . Elle a su réunir dans l’action et dans une magie militante retrouvée des nationaux et nationalistes venus de toutes les formations. Les violences physiques et l’hostilité unanime des représentants du système démontrent à elles seules le peu de pertinence des accusations de collusion avec le politiquement correct. Mes quelques états de services militants dans les rangs nationalistes depuis près de trente ans m’autorisent donc sinon à dire du moins à penser que Marine est bien des nôtres.

Enfin, qu’il me soit permis de te faire le reproche respectueux et amical de brandir inconsidérément les accusations de trahison. Notre famille politique a vécu pendant près d’une décennie dans des imprécations entretenues de guerre civile et une absurde fatwa pour crime de « félonie ». Nos différends sont légitimes, naturels et même sains ; ils doivent se régler fraternellement dans l’écoute et le respect mutuel, jamais dans l’invective, les menaces ou l’agression même verbale.

Pour ma part, je me situe résolument du côté de Marine. A l’inverse des intentions belliqueuses que malheureusement tu exprimes, nous ne te combattrons pas. Nos ennemis sont à l’extérieur et nous continuons à considérer que ce qui nous unit est toujours plus fort que ce qui nous divise. De ce point de vue, j’approuve tout à fait ce conseil que tu donnais ce mois ci dans les colonnes du Chêne en exergue d’une interview: « ne faisons pas comme les Byzantins qui se querellaient quand les Turc prenaient la ville d’assaut »

Reçois l’expression de mes amicales salutations nationales.