Fillon_IIArticle de Jean Madiran publié dans le n° 6474 du 29 novembre 2007

Entendu en direct, mardi soir, sur LCI, le discours du premier ministre François Fillon à l’Assemblée nationale sur les « violences » de Villiers-le-Bel : il les a trouvées sauvages, etc., mais aussi, « incompréhensibles », a-t-il dit.

Par ce mot qui mérite de rester fameux, il a été le parfait porte-parole des sentiments qui sont, en commun, ceux du gouvernement, de la classe politique, des médias et de la République dans son ensemble : c’est le consensus général de l’incompréhension.

Après l’accident initial et l‘évacuation médicale des deux victimes par les pompiers sous protection policière, il a fallu « près de 7 heures aux policiers », déclare le maire socialiste François Pupponi, pour pouvoir « retourner sur place pour faire les constatations ».   

Il a donc fallu près de sept heures de combats pour arriver à reconquérir le carrefour de l’accident.

Les autorités politiques de la République déclarent incompréhensible la guérilla urbaine qui a fait rage pendant deux nuits consécutives. Il ne leur reste guère de temps, peut-être, pour comprendre ce qui est ainsi en gestation : la même guérilla urbaine éclatant en même temps sur dix, sur vingt, sur cent points du territoire français.

Il y a vingt ans que la guérilla se prépare, se recrute, s’organise et s’entraîne par une succession d‘émeutes ponctuelles. Il suffit pour le savoir de feuilleter vingt années de Présent. Aujourd’hui c’est Le Monde lui-même qui en vient à dénoncer en propres termes une « guérilla urbaine », il porte enfin une attention explicite à la rumeur haineuse des appels à l‘émeute qui proclament : « C’est la guerre ! » Tout le monde a eu vingt années pour comprendre. On les a tous vus ne pas (vouloir) y arriver. Y compris les « autorités morales », à commencer par nos évêques qui n’ont jamais cessé de falsifier l’« accueil de l‘étranger » en une aveugle obligation d’« accueillir » sur notre sol des masses de populations tellement nombreuses que la France n’a plus aucune possibilité matérielle de tous les loger, les soigner, les éduquer et leur donner un emploi. En fait, on a multiplié ainsi des pépinières de délinquants, de révoltés, de hors-la-loi.

Les autorités politiques et morales de la République n’ont pas compris non plus qu’en protégeant, au nom de la liberté de l’art, d’innombrables chansons d’appels au meurtre (et principalement au meurtre des policiers, des « fromages blancs », des « Gaulois », des « Francs »), elles encourageaient une préparation psychologique à la guérilla urbaine. Ces autorités républicaines ne savent même plus que la musique militaire est la plus puissante exhortation au combat, et les chansons meurtrières la plus efficace incitation à l’assassinat. Et si on leur en reparle aujourd’hui, elles ne voient pas le rapport, elles continuent à trouver cela « incompréhensible ».

C’est bien la République, appuyée par les autorités religieuses et morales, qui par ses actions comme par ses abstentions, transforme tous ces « jeunes » en ennemis publics militants. Ils ont la nationalité française en vertu des lois républicaines sur le prétendu « droit du sol ». Cette automatique nationalité française, ils la méprisent autant qu’ils l’utilisent, mais ce n’est pas leur faute, car depuis vingt ans les autorités religieuses et politiques ont fait de la nationalité française un cadre inconsistant, ne se référant qu‘à de vagues et utopiques « valeurs », surtout à un égalitarisme anarchique, vecteur idéologique d’une radicale décomposition sociale.

Quelle France leur a-t-on proposée, leur a-t-on enseignée ? Celle de « nos ancêtres les Gaulois » ? Celle de la Révolution française, où les révolutionnaires se guillotinaient les uns les autres ? Celle de la vie familiale, travail-famille-patrie, et par-dessus tout Jésus vrai Dieu et vrai homme, ou bien celle, sans foi religieuse ni loi morale, des avortements en masse et de la promotion de l’homosexualité ? Celle sans doute qui se renie elle-même, faisant repentance de son baptême à Reims, repentance de saint Louis et de ses croisades, repentance de ses cathédrales et de ses paysages sans mosquées, repentance de Charles de Foucauld, repentance de son empire colonial, repentance de ses missionnaires dans tous les continents ? Le Premier ministre l’a bien dit : à lui, au président Sarkozy, aux autorités morales maçonniques ou ecclésiastiques, à l‘éducation nationale et aux médias, oui vraiment, tout cela est « incompréhensible ».