samedi 2 février 2008
Sylvestre, sous-commandant du libéralisme
Article de Paul Litzer publié le 1er février 2008
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Il a de l’entregent et sait le montrer. Pas une réception avec des patrons où on ne croise l’ineffable Jean-Marc Sylvestre, qui prêche sans relâche les vertus de l’économie libérale sur TF1, sur LCI et sur France-Inter. Mi-janvier, il est venu se montrer aux vœux à la presse de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde. Las, celle-ci a eu près de deux heures de retard sur l’horaire initial à cause de Super-Sarko, qui l’a embarqué dans une virée à Sens pour expliquer sa politique en faveur du pouvoir d’achat (si, si, il y en a une et, selon notre tourbillonnant président, elle est efficace). Le sous-commandant Sylvestre a parcouru l’immense salle de réception située au septième étage de Bercy, serrant quelques pinces, délivrant quelques oracles. Avant de repartir sans avoir pu claquer la bise à la chère Christine.
Qu’on se rassure. Ce contretemps n’empêche pas notre
ami de soutenir ardemment la politique économique du gouvernement. On
l’a vu notamment pendant les grèves de l’automne dernier contre la
réforme des régimes spéciaux. Le sous-commandant Sylvestre avait
expliqué avec force pourquoi il fallait avancer et tant pis si cette
réforme à la mode Sarko ne rapporte pas grand-chose aux finances
publiques.
Le brillant éditorialiste avait donné l’impression dans
un passé récent qu’il était revenu des discours sur les bienfaits du
libéralisme. Dans un livre intitulé « Une petite douleur à l’épaule gauche »
et paru en 2003, il expliquait comment l’hôpital public l’avait sauvé
après un infarctus. Cette ode sentant bon la défense de l’intérêt
général n’a pas duré longtemps.
Le sous-commandant Sylvestre a publié, il y a quelques
mois, un nouvel ouvrage défendant cette fois le libéralisme triomphant.
On est rassuré d’avoir retrouvé notre ami tel qu’on le connaît depuis
toujours. Dans « Petites leçons d’économie à la portée de tous »
(Buchet-Chastel), il se contente de reprendre ses chroniques libérales
sans trop d’effort d’imagination, selon des mauvaises langues. Et
alors ? Il a tout compris du fonctionnement du capitalisme. Le tout
n’est pas de créer de nouvelles activités avec tous les risques que
cela comporte mais de recycler afin d’optimiser le rendement, comme on
dit dans les écoles de commerce.
Accessoirement, il s’agit d’expliquer l’économie à ces ignares de Français, « qui n’en pincent que pour les trente-cinq heures, les assurances maladies, les congés payés et un peu de pouvoir d’achat ».
Ah, les lâches profiteurs ! À cause de ces fainéants, la France
s’enfonce dans la crise. Heureusement, le sous-commandant Sylvestre a
la solution. Grâce à des formules que ne renierait pas son héros Super
Sarko : « Le travail crée du travail. L’activité suscite des embauches ». C’est bien vrai, ça. On s’en voudrait d’oublier cette maxime : « Si
les pays développés veulent garder une activité industrielle
importante, ils doivent se concentrer sur les activités de luxe et à
haute valeur ajoutée ».
Fermez les usines et mettez-vous tous à fabriquer des sacs Vuitton et des robes Dior. Quel bonheur d’écouter tous les jours un tel penseur.
