LE BLOGUE DE YANN REDEKKER

Un regard neuf sur une vieille idée : la Nation

dimanche 17 février 2008

Réplique courtoise à André Waroch

Penseur

Europe Maxima

Article de Georges Feltin-Tracol publié le 16 février 2008

Cher André Waroch,

Vous êtes un des rédacteurs les plus talentueux d’Europe Maxima. Vous y exprimez de réels talents pour la polémique, la controverse et l’imprécation. Votre article mis en ligne le 20 janvier dernier, consacré aux « Contradictions de la droite subversive » le démontre largement. Les considérations diverses que vous nous assénez avec une impétuosité incroyable m’amènent à sortir de ma réserve éditoriale et à vous répondre - à titre personnel - sur certains points d’achoppement, quitte à susciter une disputatio avec vous.

Quelle « droite subversive » ?

Le terme de « droite subversive » qui rassemblerait sous une même appellation toute l’« extrême droite » confinée dans un ghetto, voire une impasse, a une origine douteuse. Créée dans la décennie 1990 par quelques journalistes bien-pensants qui officiaient au Monde diplomatique et au Canard enchaîné, l’expression désignait alors dans le but de les dénigrer, les courants traditionalistes guénonien et évolien qui émergeaient alors en Europe centrale et orientale et, surtout, en Russie.

On assistait à un renversement totale de perspective puisque des pisse-copie ignares accusaient les disciples de la Tradition de vouloir subvertir les jeunes sociétés démocratiques post-communistes alors que les « traditionalistes » estiment au contraire que ce sont les valeurs démocratiques, libérales et communistes qui sont subversives.

Que les médias dominants et très politiquement corrects assimilent le « catholique du futur » néo-canadien Maurice G. Dantec au national-marxiste Alain Soral et à l’archéofuturiste néo-gaulois Guillaume Faye dénotent d’une prodigieuse ignorance des clivages, tensions et conflits qui traversent cet « ensemble ».

Est-il possible de réunir sous le même « label » des royalistes, eux-mêmes divisés entre les légitimistes, les maurrassiens, les parmistes, les survivantistes, et j’en passe, des bonapartistes, des républicains, des nationalistes « hexagonaux », des régionalistes, des « européistes », des étatistes, des subsidiaristes, des « conservateurs », des « progressistes », des révolutionnaires, des jacobins, des fédéralistes, des démocrates, des catholiques, des païens, des agnostiques, etc. ? Ces courants ne présentent pas la moindre unité, car les valeurs diffèrent souvent radicalement. Leur seul et unique point de divergence est négatif et porte sur une indéniable et très profonde hostilité à la figure du Bourgeois.

Sont-ils pour autant de « droite » ? Dans un article sur Europe Maxima et traitant d’« Esquisses pour une typologie des droites françaises », je tente de démontrer l’inanité, voire la vacuité, du concept de « droite ». On place ces courants intellectuels à droite, faute de mieux, et parce qu’ils s’opposent à la présente marche du temps. En quoi seraient-ils subversifs ? Peut-être parce qu’ils rejettent le matérialisme, l’individualisme, l’égalitarisme, l’actuelle décadence française et/ou européenne… Notons seulement que l’expression de « droite subversive », outre son imprécision, sert surtout à inquiéter les « bo-bo » des beaux quartiers. C’est la raison pour laquelle je dénie toute pertinence à cette désignation journalistique fallacieuse.

Vérité pour l’Irlande

La cause irlandaise, cher André Waroch, vous gonfle. Soit, mais de grâce, ne versez pas dans le manichéisme le plus sommaire ainsi que dans l’approximation historique. Oui, l’I.R.A. s’opposa par les armes au colonisateur britannique pendant des décennies. Mais l’histoire justifie ces violences par plusieurs siècles d’occupation génocidaire anglo-britannique. À partir de 1169, année où Henri II lâcha ses barons gallois sur la Verte Erin, le peuple irlandais subit une véritable colonisation. Dois-je vous rappeler les massacres de Cromwell entre 1649 et 1652, des lois de 1695 qui faisaient des Irlandais des sous-hommes, des famines gigantesques de 1739 - 1740 et de 1846 - 1850, des « Pâques sanglantes » de 1916 ? Non, André Waroch, Londres n’a jamais donné l’indépendance à l’Irlande de son propre gré. Le gouvernement d’Albion y fut contraint à la suite des pressions de l’I.R.A. de Michael Collins en 1921. C’est par eux-mêmes (Sinn Féin…) que les Irlandais se sont libéré de la tutelle quasi-millénaire de Londres !

Les Britanniques élaborèrent pour l’occasion une politique de divisions territoriales qu’ils réemploieront pour le subcontinent indien avec le partage entre l’Inde et le Pakistan, le Proche-Orient (entre Israël et la Palestine) et Chypre (avec les communautés turque et grecque). Ils conservèrent l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni alors que trois comtés étaient déjà majoritairement catholiques ! L’I.R.A. eut-il l’intention de chasser les protestants loyalistes de l’Ulster comme le fit le F.L.N. pour les Européens d’Algérie en 1962 ? Certainement pas ! Les indépendantistes irlandais ont toujours récusé le facteur confessionnel. Saviez-vous que les couleurs du drapeau irlandais représentent les protestants (l’orange), les catholiques (le vert) et la concorde entre ces deux groupes (le blanc) ? Sachez que l’anglican William Molyneux publia en 1698 La cause de l’Irlande, que le protestant Wolfe Tone fonda en 1791 la Société des Irlandais unis, matrice de l’indépendantisme et que le protestant Parnell combattit en faveur du Home Rule (l’autonomie interne). Pour reprendre votre comparaison anachronique, l’indépendantisme algérien comptait-il autant de précurseurs parmi les « Pieds-Noirs » ? Quitte à vous choquer, je trouve légitime en certaines circonstances le recours à la violence politique. Quant à l’I.R.A., elle doit devenir une référence majeure pour les identitaires européens que nous sommes.

La cause irlandaise relève de la défense, du maintien et de la sauvegarde de tous les peuples menacés par le jacobinisme, l’uniformisation culturelle et le mondialisme. Notre Europe de ce début de siècle deviendrait-elle une très vaste Irlande ? Raison supplémentaire pour saluer l’action passée des partisans gaéliques.

Ce soutien à la cause irlandaise signifierait-il une recherche inconsciente de ma part d’un « Che Guevara “ nationaliste ” » ? Certes, Jean Cau publia en 1979 Une passion pour Che Guevara qui, je vous l’accorde volontiers, est loin d’être un de ses meilleurs ouvrages. Je sais par ailleurs que dans les années 1987 - 1988, les Jeunesses nationalistes-révolutionnaires de Troisième Voie scandaient « Mishima ! Che Guevara ! Même combat ! ». Si cela peut vous rassurer, la figure criminelle et crapuleuse d’Ernesto Che Guevara n’appartient pas à mon panthéon personnel. Sa seule présence insulterait Cadoudal, Louis Rossel, Georges Sorel, Ungern-Sternberg et d’autres grandes figures héroïques.

Islam, immigration, intégration/assimilation

L’ethno-régionaliste fédéraliste communautarien, élitiste français et populiste européen, comme j’aime me définir, défend la cause identitaire des peuples, sans la moindre restriction. Chaque peuple a le devoir de conserver sa culture, ses coutumes, son âme, même au prix des antagonismes, de contentieux et de rivalités. La vie est-elle pas un conflit incessant comme l’affirme Héraclite ? J’approuve ainsi le port du foulard par les musulmanes parce que c’est un moyen de faire comprendre à nos contemporains la réalité de la submersion migratoire. N’est-ce pas seulement trop tard ? Les Européens n’affirment plus une identité qui, ravagée par le matérialisme ambiant et l’idéologie obscène des droits de l’homme, se retrouve bien dépourvu. L’incontestable islamisation de l’Europe découle largement de l’abdication de l’homme albo-européen.

Mes propos vous agaceront. « Analyses d’intello », objecterez-vous… Pas du tout ; au-delà de la réaction épidermique fort compréhensible, il faut s’élever et étudier le problème sur une longue durée. Il ne faut pas se voiler la face (si je puis dire !), l’islamisation de notre continent n’est que la conséquence de l’immigration extra-européenne et du métissage de masse prôné par le mondialisme. C’est l’immigration extra-européenne qui engendre l’islamisation, et non le contraire. Des non-Européens chrétiens qui s’installeraient chez nous en grand nombre seraient tout aussi préjudiciable que les allogènes mahométans. C’est la raison pour laquelle je vous exprime aussi mon désaccord à un autre de vos articles mis en ligne le 10 février dernier, intitulé « Christian Bouchet et l’islam ». Vous écrivez que « si la spécificité des musulmans disparaît, c’est qu’ils ne seront plus des immigrés, plus un corps étranger, mais des Français comme les autres. Ce n’est ni du rapatriement ni de l’intégration, mais de l’assimilation. C’est parce qu’on a supprimé l’identité linguistique des immigrés italiens ou polonais que ceux-ci se sont fondu dans le peuple français. C’est en supprimant, en plus de la langue d’origine, la religion des musulmans qu’on les fera disparaître de France par dissolution ethnique ».

Pour ma part, je récuse tout autant l’assimilation que l’intégration. D’une manière provocatrice, j’envisagerais plutôt favorablement la désintégration de nos sociétés occidentales américanocentrées. Les Italiens ou les Polonais sont des Européens dont l’acceptation dans la « nation française » ne fut pas si facile qu’on pourrait le croire. On a oublié l’hostilité contre les Belges (oui, les Belges), les « ratonnades anti-rital » de la fin du XIXe siècle ou les remarques xénophobes de la gauche anticléricale envers les « Polaks ». En 1892, à Drocourt, dans le Pas-de-Calais, où environ 75 % des mineurs sont des Belges, la population française entreprend une véritable campagne pour leur retour outre-Quiévrain. En 1901, des rapports de police signalent des bagarres et des « chasses aux Belges » à Liéven. Faut-il enfin évoquer ici les émeutes anti-italiennes d’août 1893 à Aigues-Mortes qui aurait fait, selon les chiffres officiels, huit morts et de cinquante blessés (en fait, selon certains spécialistes du sujet, cinquante morts et cent cinquante blessés) ?

Au contraire du discours officiel républicain xénophobe d’alors, un nationaliste intégral tel que Charles Maurras n’écrivait-il pas : « Toute immigration n’est point malfaisante. On conte à Istres […] qu’une usine construite vers le milieu du siècle y attira de l’Italie une centaine d’ouvriers. Ces braves gens, séduits par les conditions de travail, la facilité de la vie et l’accueil gracieux de leurs hôtes, se fixèrent à Istres. Ils se marièrent aux filles de l’endroit, dont ils adoptèrent sans peine la coutume et le goût, au point d’abandonner leur langue originelle pour le provençal et le français du pays. Leurs noms même se francisèrent par d’inévitables déformations. Des enfants naquirent en foule qui, croisés de nouveau avec les anciens habitants firent souche de Français normaux et de bons Français. Il n’est resté de l’alluvion étrangère qu’un monument, à la vérité fort précieux : les filles d’Istres, qui étaient belles, sont présentement les plus belles du pays provençal » (Au Signe de Flore, Grasset, 1933, p. 175) ?

J’approuve en l’occurrence le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, quand il déclare devant vingt mille immigrés regroupés au stade de Cologne, le 10 février dernier que « personne ne peut exiger de vous une attitude d’assimilation ou d’adaptation » (Libération, 12 février 2008), et qu’il réaffirme deux jour plus tard devant la Grande Assemblée nationale d’Angora : « L’assimilation est un crime contre l’humanité » (Le Figaro, 13 février 2008).

Par ailleurs, dans quoi les étrangers devraient-ils s’assimiler ou  s’intégrer ?
À l’État-nation français jacobin, briseur des identités charnelles ? À des valeurs républicaines de l’Hexagone « black - blanc - beur » ? Cela vaut-il vraiment la peine de perdre son héritage culturel, historique et spirituel pour ces chimères hexagonales à l’agonie ? Je n’oublie pas que cette intégration républicaine assimilatrice de la fin du XIXe siècle accéléra la « fin des terroirs » (Eugen Weber) et prépara l’absurde et atroce génocide européen de 1914 - 1945. Et quitte à vous choquer encore, l’Européen d’ethnie française que je suis n’éprouve aucune loyauté, ni fidélité à l’égard de l’actuelle République française qui pratique un micro-mondialisme mortifère.

Avec toute la plus grande bonne volonté possible, un Ivoirien ne sera jamais un authentique Européen de France. Ces considérations fort peu politiquement correctes impliquent en corollaire l’émancipation officielle de l’Outre-mer qui nous coûte d’ailleurs une fortune. Il nous serait bien plus judicieux de contrôler dans les coulisses les jeunes États antillais, réunionnais, océaniens et guyanais.

En outre, il faut comprendre que la fracture n’est pas qu’ethnique, elle est aussi spirituelle. Nous payons (et nous payerons au prix fort !) la morgue moral de nos aïeux de la Renaissance et du « siècle des Lumières ». Vous vous focalisez sur l’islam, oubliant d’autres menaces tout aussi terribles. J’attire votre attention sur un autre fléau, moins connu, qui s’abat aussi sur les banlieues : le prosélytisme des sectes évangéliques d’émanation étatsunienne. Cette « évangélisation » ne semble pas susciter autant de réactions de la part des nostalgiques des Croisades. C’est regrettable, car le protestantisme et l’islam véhiculent un métissage niveleur. Dans un précédent article, vous affirmez un peu trop rapidement que les pays musulmans vivent dans une instabilité permanente, voire un chaos incessant, posant par là l’équation fallacieuse « islam égale désordre ». Le Brésil est-il un État dont la population est à majorité musulmane ? Et Haïti ? Et que dire de la hausse exponentielle de la criminalité à Miami ? Comme par hasard, ce sont des territoires qui connaissent un fort métissage et qui pâtissent du prosélytisme des monothéistes évangélistes rigoristes.

Oui, j’avoue, j’œuvre pour une Europe « albiéenne ». Je conçois aisément que cet idéal scandaleux est pour l’heure fort mal parti, qu’importe ! L’histoire est toujours tragique et aléatoire. Soyons prêts au Kairos comme vous l’écrivez si justement dans votre « Nationalisme gaulois et perspectives révolutionnaires ».

Plus concrètement, je soutiens la politique arabo-musulmane de la France qui ne se résume pas aux pantalonnades de ces dernières années du fait du poids croissant de l’immigration et du regain de l’atlantisme. Leur résolution passe par un rééquilibrage de nos relations avec le monde musulman, car, qu’on le veuille ou non, la géographie fait de l’islam un voisin turbulent et menaçant. Allez-vous accuser Saint Louis, François Ier, Louis XIV d’être des « islamophiles » ou des dhimmis ? Une hostilité totale au monde musulman - qui n’est pas monolithique - m’a toujours paru impolitique. Il importe au contraire de se référer à l’histoire et, en particulier, à l’œuvre de Richelieu. Celui-ci affrontait les protestants français parce que les clauses militaires de l’édit de Nantes leur accordaient un contre-pouvoir inacceptable pour l’État absolutiste en formation. Or, dans le même temps, le Grand Cardinal s’alliait aux princes protestants d’Allemagne et au royaume luthérien de Suède afin de contrer la politique d’encerclement des Habsbourg catholiques. Transposer à notre époque, cela signifie vilipender sans relâche l’islamisation de l’Hexagone, mais refuser que la France s’aventure dans une intervention militaire en terre d’Islam au profit d’une hégémonie planétaire bien décatie. L’Islamérique dénoncée avec raison, il y a dix ans, par Del Valle n’a pas perdu de son acuité.

Quant aux lamentations républicaines, nationales et souverainistes, elles me fatiguent de plus en plus. Vous m’avez compris, je refuse de mourir pour une République melting-potée qui méprise les peuples européens de France. Je laisserais plutôt les « Barbus » s’occuper de Marianne, priant seulement qu’en attendant, les vrais Européens se préparent au second round décisif.

Sur le Kossovo

Désireux de mettre en évidence les contradictions de la soi-disant « droite subversive », vous pourriez vous demander pourquoi montrez-vous une hostilité réelle à l’encontre les Albanais du Kossovo si vous pensez défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. N’est-ce pas le cas ? Il est évident que le jacobinisme yougoslave de Milosevic a attisé la colère des Albanais du Kossovo. Ce problème n’est pas récent. Il participe à la question d’Orient depuis la fin du XIXe siècle. Le fascisme italien pendant la Seconde Guerre mondiale, le communisme titiste, puis l’O.T.A.N. l’instrumentalisèrent successivement.

La faiblesse congénitale de l’Union européenne, l’ingérence yankee et le bombardement de villes européennes par les aviations occidentales en 1999 au nom d’objectifs multiculturalistes, égalitaires et anti-discriminatoires furent pour moi intolérables. Cette agression honteuse touche une vieille nation slave, amie de la France, accrut ma rage contre l’hégémonie occidentale. J’y perçus aussi une préfiguration de l’Hexagone dans quelques décennies. Le berceau de la nation serbe est devenu étranger à ses enfants légitimes du fait de la substitution de population allogène. On retrouve le même processus en Seine-Saint-Denis.

Principal vecteur du mondialisme, les États-Unis encouragent les velléités identitaires des peuples minoritaires afin de fragmenter et de briser définitivement le continent européen.
Économiquement riche, démographiquement faible, intellectuellement désorientée, géopolitiquement inexistante, l’Europe est la proie tentante du « reste du monde » avide et jaloux. J’ai la faiblesse de penser que l’affirmation d’un bloc slave, capable de contenir (ou même de freiner, voire d’arrêter) notre course vers la déchéance, passe par le renforcement de la Serbie, de la Biélorussie et de la Russie.

Il me prend néanmoins à rêver d’un ensemble impérial européen qui transcenderait finalement les conflits inter-européens, les transformerait en saines émulations collectives viriles, une Europe impériale dans laquelle Serbes et Albanais s’entendraient enfin sur l’essentiel. Veuillez me pardonner pour ce moment d’égarement utopique…

De l’indo-européanité à l’Eurosibérie

Autant vous le dire franchement, quand vous abordez les thèmes de l’Europe-puissance et des Indo-Européens, vous demeurez au niveau du cliché agrémenté de quelques déterminismes géographiques simplistes. Pourquoi un Balte ne pourrait-il pas s’occuper de politique méditerranéenne ? Dès le Moyen Âge, grâce à la Ligue hanséatique, le monde nordique était en relation avec la Méditerranée. Passons vite sur votre inclusion des Basques dans la famille linguistique finno-ougrienne alors que les descendants des Vascons sont les premiers habitants de l’Europe. Le facteur dit « indo-européen » n’est qu’une composante de l’identité européenne sans en être la seule ! À ma connaissance, il ne fut jamais envisagé de considérer les Pakistanais, les Iraniens ou les Kurdes comme des Européens d’Outre-Europe parce qu’ils parlent des langues indo-européennes. Entre en ligne de compte la question du type physique. Dans Les Indo-Européens (P.U.F. ; coll. Que sais-je ?, 1980), le professeur Jean Haudry mentionne que les « témoignages concordent pour désigner la race nordique, sinon comme celle de l’ensemble du peuple, au moins comme celle de sa couche supérieure » (p. 123). C’est cette minorité venue de l’Urheimat qui posa les fondements de notre civilisation européenne. Notre histoire a connu un moment fort avec l’arrivée des Boréens (terme plus préférable à celui d’Indo-Européens). Est-ce à dire que cet héritage est exclusif aux Européens ? Dans ses « Notes dissidentes sur la notion de Tradition primordiale », un autre rédacteur d’Europe Maxima, Rodolphe Badinand, estime que les Boréens seraient à l’origine des grandes civilisations eurasiatiques et précolombiennes en leur insufflant les germes civilisateurs. La thèse, osée, mérite discussion.

Il n’existe plus de race « pure » depuis longtemps. Pour ma part, je crois que la promotion du métissage de masse va à l’encontre du devenir de l’homme qui irait plutôt vers toujours plus de diversification des types ethno-raciaux. Évoquer les Boréens parmi les racines de l’Europe est une manière de remettre à l’honneur notre identité originelle.

Quelle est-elle au juste ? C’est une combinaison d’éléments géographiques (un demi-bout d’un vaste continent), anthropologiques (une population blanche), spirituelles (avec plusieurs moments successifs : païen, chrétien, laïque, individualiste), historiques (la référence avec Rome et les Vikings) et politiques (la combinaison traditionnelle et coutumière d’une autorité charismatique et d’une volonté populaire, en clair, pour reprendre l’adage bien connu : « Le roi en ses conseils, le peuple en ses états »).

Êtes-vous certain que les récits de la Table Ronde ne parlent pas à un Roumain ou à un Biélorusse ? L’Europe orientale eut une chevalerie et une féodalité. N’oubliez pas que la Lituanie et la Biélorussie appartinrent pendant des siècles au royaume de Pologne ; les Roumains vivèrent en Transylvanie et il y eut, d’après Michel Heller dans son Histoire de la Russie et de son empire, un embryon avorté de chevalerie et de féodalité par la conquête tataro-mongole.

Malgré de grandes différences, l’Occident et l’Orient européens ont les mêmes racines, d’où l’inexactitude de votre opposition entre « monde catholique » et « monde orthodoxe ». Ignoriez-vous que les orthodoxes se disent aussi catholiques et considèrent les « catholiques romains » comme des hérétiques ?

L’Orthodoxie serait-elle une religion nationale et le catholicisme une religion impériale ? Nuançons cette affirmation quelque péremptoire. Si on excepte l’autocéphalie originelle remontant à la Chrétienté primitive, à savoir les patriarcats de Rome dont Benoît XVI a récemment abandonné le titre, de Constantinople, d’Antioche, de Jérusalem et d’Alexandrie, l’Église chrétienne demeurait sous la tutelle des basiléis byzantins. Les christianismes byzantin et russe furent impériaux et même prosélytes, y compris à la fin du XIXe siècle dans les confins de la Russie. Quant au catholicisme, son histoire est riche en courants « nationaux », en particulier en Angleterre avec l’anglicanisme et en France avec le gallicanisme, de la Pragmatique Sanction de Bourges prise par Charles VII en 1438 à la Constitution civile du clergé de 1790 en passant par la crise janséniste.

Attention !, l’autocéphalie qui ne signifie pas l’indépendance totale de l’Église, mais sa libre-administration dans un cadre ethnique homogène. Elle résulte de la pratique ottomane du millet (chaque peuple est représenté par son chef religieux devant le sultan) apparue en 1589 et relancée à la fin du XIXe siècle.

L’unité géopolitique de l’Europe serait-elle donc impossible ? L’Europe de Brest à Vladivostok serait-elle irréaliste ? Il est vrai que, même à l’heure de la technique triomphante, la gestion d’une si vaste entité géopolitique se révélerait très difficile dans les faits ; il serait fort difficile de contrôler les centaines de milliers de kilomètres de frontières tant terrestres que maritimes. Mais ce concept de « plus grande Europe » (Europæ Maxima) doit principalement se comprendre comme un mythe mobilisateur au sens que l’entendait le génial Georges Sorel. Bref, l’Eurosibérie est une formidable idée mobilisatrice indispensable à l’ébullition des jeunes imaginations activistes.

Au sujet d’Alain de Benoist et d’autres penseurs

Il ne vous sera guère surprenant que je ne partage pas du tout votre jugement sur Alain de Benoist. Vous n’êtes pas le premier à le critiquer aussi durement, ni le dernier d’ailleurs…

Vous l’accusez presque de ne pas se comporter comme un butor ou un présentateur de télévision qui doit captiver des parts de cerveau disponible. Peut-être auriez-vous aimé qu’il fût un militant annonant quelques mantras « pas plus compliqués que ça » ? J’ai le regret de vous dire que vous confondez, avec d’autres, la politique et la métapolitique que vous pensez être la continuation de la politique sur le terrain intellectuel. C’est une erreur magistrale, car la fonction primordiale de l’intellectuel n’est pas de simplifier les problématiques. Il doit plutôt en exposer la complexité.

Alain de Benoist a le mérite de n’avoir jamais caché qu’il exerçait dans le domaine des idées. Que cela vous irrite, soit ! mais de grâce, n’imitez pas la racaille des banlieues au vocabulaire de 300 mots, qui obéit à leur cerveau reptilien ! Rien n’est jamais simple. On peut comprendre votre frustration de ne pas lire dans les écrits d’Alain de Benoist des consignes de vote pour les prochaines municipales.

Dans « Christian Bouchet et l’islam », vous traitez en outre René Guénon de « malade mental ». Je crains que vous ne connaissiez pas son œuvre si ce n’est d’une manière biaisée et incomplète. Certes, il ne peut être une référence du fait de sa conversion à l’islam, ce qui entraîna sur les chemins de La Mecque des générations de guénoniens. Toutefois, jamais Guénon (je vous mets au défi de me prouver le contraire) n’a appelé les Européens à se convertir à l’islam. Son adhésion ne résultait que d’une démarche strictement réfléchie et personnelle. Dans ses ouvrages les plus « politiques », il invite surtout les Européens à retrouver leurs traditions en redécouvrant les racines du christianisme. Plus conséquent de ce point de vue, Julius Evola se réclamait, lui, du paganisme qui émane de la tradition boréenne. Quant à accuser la Tradition d’être l’auxiliaire zélé de la religion de Mahomet, c’est risible. Un autre penseur « traditionaliste », Alain Daniélou, se serait élevé avec force contre cette assertion, lui l’hindouïste shivaïte, qui ne cessa de dénoncer les religions monothéistes en général et l’islam en particulier.

Bien que je juge l’action militante électorale et/ou politicienne inutile, vaine et dispendieuse en temps et en énergie, je ne puis qu’admirer l’enthousiasme, l’abnégation et le courage des candidats identitaires, régionalistes authentiques et patriotes enracinés, en particulier Philippe Vardon et Robert Spieler. Si j’avais été électeur à Nice ou à Strasbourg, j’aurai - sans hésiter - apporté mon suffrage à ces valeureuses listes.

Il n’empêche ! Comme les premiers chrétiens, nous sommes à l’ère des catacombes. Attendons les événements tragiques de l’histoire qui, gageons-le, s’abattront tôt ou tard sur nos pauvres patries charnelles, historiques et idéale. Quand surgiront les temps crépusculaires, tumultueux et violents, j’espère seulement que vous et moi lutteront côte-à-côte contre tous les ennemis de nos peuples enracinées.

Recevez, Cher André Waroch, mon cordial salut européen !

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