lundi 18 février 2008
Le "gang des barbares" aux assises
JDD
Article de Maud Pierron publié le 18 février 2008
Youssouf Fofana et vingt complices présumés du "gang
des barbares" ont été renvoyés lundi devant la cour d'assises des
mineurs pour le rapt et l'assassinat, en février 2006, d'Ilan Halimi,
jeune Français de confession juive. Le procès de cette affaire devenue
symbole de l'horreur de l'antisémitisme pourrait se dérouler fin 2008
ou début 2009.
"Le gang des barbares" et son cerveau ont donc été renvoyé devant la
cour d'assises des mineurs pour le rapt et l'enlèvement d'Ilan Halimi.
Sept autres protagonistes de l'affaire sont renvoyés en correctionnelle
pour non-dénonciation de crime, tandis qu'une dernière suspecte sera
jugée par le tribunal pour enfants. Le procès en cour d'assises des
mineurs - dont la compétence est juridiquement obligatoire car certains
des protagonistes étaient mineurs au moment des faits - pourrait se
dérouler entre fin 2008 ou début 2009.
L'affaire Ilan Halimi - du nom de ce jeune homme de 23 ans enlevé,
torturé et tué pour ses origines juives en février 2006 - avait choqué
la France et défrayé la chronique. Notamment en raison de la cruauté et
de la violence employée et assumée par Youssouf Fofana et ses complices
présumés à l'encontre de Ilan Halimi. Une grande manifestation,
émaillée d'incidents, avait été organisée par les organisations
confessionnelles juives et antiracistes, à Paris, le 26 février 2006.
Les parents de la victime avaient même été reçus par Jacques Chirac à
l'Elysée, ce qui constituait un fait exceptionnel à l'époque.
Rapidement, le calvaire de Ilan Halimi était devenu le symbole de
l'antisémitisme en France.
Le motif du crime raciste retenu
Le jeune Français de confession juive avait été enlevé le 20 janvier
2006 à Sceaux, où il avait été attiré par une jeune fille servant
d'"appât". Après de vaines négociations avec sa famille pour une
demande de rançon, il avait été retrouvé agonisant le 13 février près
d'une gare de l'Essonne après avoir été séquestré pendant près de trois
semaines. Très vite, la police est sur la piste d'un groupe, dont le
leader, Youssouf Fofana, s'est réfugié en Côte d'Ivoire. Arrêté à
Abidjan et extradé vers Paris en mars 2006, l'homme est emprisonné
depuis, avec 18 autres des protagonistes.
Fofana, qui est mis en examen pour "association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration en bande organisée avec actes de tortures et de barbarie, assassinat", reconnaît être le "meneur"
du gang. Mais il nie avoir tué le jeune homme. Selon des témoignages
des membres du groupe, Ilan Halimi aurait été choisi parce qu'il était
juif, ce qui dans l'esprit des membres du gang laissait supposer qu'il
avait de l'argent et qu'il serait soutenu par sa communauté. D'où la
décision des juges parisiens Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot de
retenir initialement le mobile raciste du crime, visant alors contre
l'avis du parquet la circonstance aggravante de faits commis "en raison de l'appartenance de la victime à une ethnie, une race ou une religion déterminée".
Après enquête, les juges ont retenu le mobile crapuleux du crime et non
politique. Mais les multiples provocations du suspect n°1 - inonder de
courriers remplis d'injures antisémites les juges d'instruction - ont
finalement poussé le parquet à retenir le mobile raciste.