lundi 18 février 2008
Sarkozy se moque des handicapés
Agoravox
Article de La Taverne des poètes publié sur Agoravox le 14 février 2008
L'auteur de cet article n'est en rien membre
du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et
il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
Jacques Chirac a eu ce courage de réformer la loi de 1975, ce
monument ! Ce ne fut pas une tâche facile, mais cela a donné la loi
Handicap du 5 mars 2005. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n’a pas le
même souci des personnes handicapées. La loi du plus fort, la loi des
plus riches, semblent ses seuls credo.
Les décrets
d’application de la loi de 2005 ne sortent pas. Le gouvernement a placé
ses "urgences" ailleurs, en particulier dans le "paquet fiscal". Si les
retraités bénéficiaires du minimum vieillesse sont soignés in extremis
à cause de l’échéance des municipales (parce qu’ils votent assez
nombreux pour l’UMP), les personnes handicapées n’intéressent pas
Sarkozy : 1,1 % de revalorisation de leur allocation ! Quant à l’emploi
des handicapés, alors que le gouvernement Villepin considérait que la
fonction publique devait devenir "exemplaire" dans ce domaine, le
gouvernement actuel s’en contrefiche.
6 % de handicapés dans l’administration, mission possible ?
A l’instar de l’Agefiph, un fonds commun aux trois fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière) a été créé par la loi de mars 2005 sous le gouvernement Villepin. Il est abondé par les employeurs publics ne respectant pas l’obligation d’emploi de 6 % d’agents handicapés. Le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique) joue le même rôle que l’Agefiph (le fonds du secteur privé) : les contributions versées par les employeurs publics qui ne respectent pas le taux de 6 % de salariés reconnus handicapés sont reversées à celles qui agissent pour le recrutement ou le maintien des personnes handicapées dans l’emploi. En tout cas théoriquement, car, dans son rapport annuel, rendu public le 6 février, la Cour des comptes critique la gestion et les résultats du FIPHFP : "une question demeure sur l’emploi des fonds collectés par le FIPHFP", souligne-t-elle. Ainsi, en 2007, le fonds "ne devrait avoir dépensé que moins de 5 millions sur les 182 millions d’euros collectés depuis sa création, soit un taux d’utilisation de 2,7 %". Pour la Cour des comptes, il est nécessaire de "repenser les modes d’intervention du fonds" et de mobiliser les crédits "à des fins de formation et de sensibilisation" (guide, plate-forme d’information, etc.).
Alors que la loi impose un taux d’emploi de 6 % de personnes handicapées, la fonction publique n’affichait en 2006 qu’un taux de 3,55 %. Cela va-t-il s’améliorer ? Pas sûr, puisque ce taux est même en baisse : 3,77 % en 2007. Dans le privé, on fait mieux : 4,4 %. La question de la gouvernance du fonds pose aussi un sérieux problème qui a conduit en 2007 à la démission de son directeur.
Une absence de volonté gouvernementale
Et que fait le gouvernement ? Sarkozy, qui accorde facilement de sa personne pour donner du retentissement à quelques faits divers (et même à sa vie privée), n’a pas daigné s’en occuper. C’est le ministre du Budget , Eric Woerth, qui doit aller au charbon pour dire quoi ? Eh bien, qu’il "prend acte" ! Nous voilà bien avancé. Il annonce pour 2008 une promesse qui ne sera pas tenue (mais le sarkozisme nous y habitue...) : "une hausse d’au moins 25 % des recrutements de personnes handicapées par rapport à l’année précédente".
Cette promesse peut-elle être tenue ? Evidemment que non ! Il faut compter sur le fait que 1 500 agents TOS et DDE ont été transférés aux départements. Avec cet effectif plus important, la barre des 6 % sera encore plus difficile à franchir. Mais il faut tenir compte surtout de l’indifférence du gouvernement pour cette question.
Sarkozy poursuit sa route dorée, étincelante de richesses étalées, favorise les plus forts, les plus riches, ses amis, et laisse sur le bord du chemin les pauvres (pouvoir d’achat en berne, plan banlieue bidon), les malades (franchises médicales), les personnes handicapées. Et sur ce dernier point, il faut aussi rappeler la situation dramatique des autistes dans notre pays.