10-03-08
A trois semaines des élections zimbabwéennes, le président Mugabe promulgue une loi d'indigénisation des entreprises
Le Monde
édition du 10 mars 2008
Trois semaines des élections présidentielle et législatives, le
président zimbabwéen Robert Mugabe a promulgué, vendredi 7 mars, une
loi obligeant les entreprises basées au Zimbabwe à être détenues à au
moins 51 % par des entrepreneurs locaux noirs. Avec cette loi, baptisée
Loi d'indigénisation et d'habilitation économique, le gouvernement dit
vouloir continuer à renforcer le pouvoir économique de la majorité
pauvre du pays, explique le Sunday Mail.
Selon les termes de la nouvelle loi, toute restructuration, fusion,
scission ou investissement ne sera autorisé que si une majorité de
contrôle est réservée aux locaux. Un ministre de l'indigénisation, qui
veillera à l'application de la nouvelle loi, doit être nommé, et une
structure permettant l'octroi de prêts aux locaux désirant se porter
acquéreurs de parts sera mise en place. Le président Mugabe promet par
ailleurs de distribuer des tracteurs, des générateurs, du carburant et
du bétail aux agriculteurs noirs qui ont profité de la réforme agraire.
Celle-ci avait conduit à la saisie par l'Etat de plus de 4 000 fermes
appartenant à des Blancs pour les redistribuer à des Noirs sans terre.
L'annonce
de ce train de mesures, en pleine campagne électorale, n'a pas manqué
de faire grincer des dents chez les économistes. Ils craignent qu'elle
ne porte un coup fatal à l'économie zimbabwéenne, considérée comme la
plus faible en dehors des zones de guerre et dont le taux d'inflation,
qui a pu atteindre plus de 100 000 %, est sans équivalent dans le
monde. Les Nations unies estiment qu'un tiers des 12 millions
d'habitants du pays ont reçu de l'aide alimentaire pendant le mois de
janvier et s'attendent à d'importantes pénuries des produits de
première necessité dans les semaines à venir.
Un scrutin sans surprise
Pour la première fois depuis 1980, Robert Mugabe pourrait ne pas remporter le scrutin présidentiel du 29 mars dès le premier tour. Les candidatures de Simba Makoni, ancien ministre des finances de son gouvernement et membre de son parti, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), et du leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, pourraient provoquer un ballottage.
La bon déroulement de l'élection est d'ores et déjà remis en cause, Harare ayant refusé que l'Union européenne, les Etats-Unis et le Commonwealth envoient des observateurs. Les ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept se disent préoccupés par la situation économique et politique du pays, demandant à son dirigeant historique d'assurer un scrutin juste.
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