12-03-08
Une soupe hallale pour tous ?
Europae Gentes
édition du 12 mars 2008
Le cochon clandestin dans Paris : Claude Autant-Lara n’aurait pas renié la scène ! Aurait-il pourtant imaginé que le cochon, le cochon de La traversée de Paris, le cochon des valises de Martin et Mariette ait réellement pu un jour devenir non grata aux portes de nos villes ? Nous ne sommes plus en 1943 mais en 2008. Le cochon n’est plus interdit pour des motifs de rationnement. Il l’est parce qu’il est devenu discriminatoire
: au motif que certaines minorités religieuses n’en mangent pas, il
serait en effet interdit d’en servir ! C’est du moins ce qu’il faut
comprendre de la décision du Préfet de Police d’interdire, au plus fort
de l’hiver, la distribution par une association identitaire d’une soupe
dite « soupe au cochon » aux sans-abris parisiens.
Le préfet ne risque rien : il se retranche derrière une décision du Conseil d’Etat du 5 janvier 2007 qui interdit la distribution sur la voie publique d’un repas contenant du porc.
Les motifs de cette décision sont les suivants : en proposant une soupe
populaire au cochon les organisateurs entendent exclure les indigents
refusant de consommer du porc pour des raisons religieuses. L’initiative porterait ainsi atteinte à la dignité de ces personnes et serait dès lors susceptible de créer des troubles à l’ordre public : bref, une soupe raciste, une soupe fasciste, une soupe discriminatoire interdite aux juifs et aux musulmans !
A suivre ce raisonnement, l’étape suivante sera, inévitablement, la
fermeture administrative de toutes les charcuteries, des tavernes
alsaciennes et des restaurants toulousains ; puis la ville de Vire
(pour l’andouillette) du Mans (pour les rillettes) seront décrétées cités interdites
puisque les clientèles juives et musulmanes ne pourront évidemment s’y
fournir ou s’y restaurer ! La décision d’interdiction n’a cependant pas
été simple puisqu’à deux reprises, le tribunal administratif de Paris
avait autorisé en référé la distribution de la soupe au cochon en
jugeant qu’elle n’était pas discriminatoire. Le Conseil d’Etat a jugé
qu’il faillait censurer ces décisions. Pays légal, Pays réel : l’ordonnance rendue par la haute juridiction administrative sonne un nouveau recul de la France éternelle.
L’intérêt de cette décision est pourtant juridique autant que politique. Sur le terrain juridique tout d’abord, la décision malmène à l’évidence les grands principes des libertés fondamentales
: la liberté de manifestation, la liberté de réunion, l’interdiction
traditionnelle pour les autorités de police d’alléguer d’un risque
putatif à l’ordre public pour interdire un rassemblement ou une
manifestation. Enfin, les professionnels de l’antiracisme si prompts à
organiser des actions de testing pour dénoncer les
discriminations anti-ethniques n’ont jamais rapporté qu’un sans-abri
ait jamais été privé du secours proposé parce qu’il se refusait de
consommer de la viande porcine. C’est donc la seule présence de porc dans le menu proposé qui rend le menu discriminatoire. Là réside l’intérêt politique de la décision. Laïcité sélective.
Jamais les autorités publiques ne s’étaient jusqu’alors autorisées à
contrôler le contenu d’une action caritative à des prescriptions
d’origine religieuses, de surcroît étrangères aux traditions
françaises. Avec l’interdiction de la soupe au cochon, c’est désormais
chose faite : la charia est devenue une source de droit.
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=129634&pid=8302869
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
