Le blog de Yann Redekker

Un regard neuf sur une vieille idée : la Nation

22-03-08

De Gaulle, Sarkozy, le style et l'homme

Couple_de_GaulleLe Monde

Article de Bertrand Le Gendre publié le 22 mars 2008


Il y a un demi-siècle, au printemps 1958, Charles de Gaulle, 67 ans, revenait au pouvoir. D'abord comme président du conseil puis, en janvier 1959, comme chef de l'Etat. En même temps qu'il fondait la Ve République, l'homme du 18-Juin lui donnait un style - hauteur, grandeur, pudeur - dont, chacun à sa manière, ses quatre successeurs se sont inspirés.

Le cinquième, Nicolas Sarkozy, est un autre homme, d'une autre époque. Décontraction, insolence, familiarité : le sacré, où le général de Gaulle puisait un surcroît de légitimité, lui est étranger. Son ardeur à exercer le pouvoir l'habite davantage que la transcendance de sa charge, au point de dérouter les Français, pourtant moins sensibles aujourd'hui au sacré qu'à la proximité, à la grandeur qu'à la sécurité, à la pudeur qu'à la transparence.

Nicolas Sarkozy est conscient de cette altération de la fonction présidentielle. Il s'efforce désormais de mieux tenir son rang, de se "représidentialiser". Il compte sur sa visite d'Etat au Royaume-Uni, le 26 mars, pour rehausser son image et affirmer un style qui souffre de la comparaison avec le général de Gaulle, son comportement récent en témoigne.

Yvonne Vendroux, Carla Bruni. L'épouse du général de Gaulle refusait de recevoir des divorcés à l'Elysée. Jamais elle n'adressait un mot aux journalistes. Jamais elle ne posait pour les photographes (à l'exception d'un reportage la montrant faisant des confitures, en 1942, à Berkhampsted, au nord-ouest de Londres, le home provisoire du chef de la France libre).

Toujours habillée de sombre, elle refusait de se laisser prêter des robes par les grands couturiers. Bigote ? "Du moment qu'on me critique, autant que ce soit de cette manière plutôt qu'en me faisant passer pour une cocotte ou une panthère. Au moins, je ne dessers pas mon mari !" O tempora ! O mores ! : lorsqu'on tape "Carla Bruni" sur le site de Google, la cinquième occurrence pointe vers une douzaine de photos où l'ancien mannequin pose nue.

Le "couple" franco-allemand. La désinvolture de Nicolas Sarkozy déplaît à Angela Merkel. La scène se passe au sommet européen de Lisbonne en décembre 2007. La chancelière allemande à son côté, le chef de l'Etat passe devant un groupe de journalistes. L'un d'eux l'interpelle : "C'est la lune de miel, monsieur le président ?" Veston déboutonné, les mains dans les poches, goguenard, le chef de l'Etat se tourne vers la chancelière allemande qui, à ce moment-là, regarde ailleurs : "Hé, Angela ! Viens ici ! Il demande... Honeymoon ?" La chancelière, s'efforçant de sourire : "We cooperate. We just cooperate." (Nous coopérons, c'est tout.)

De Gaulle n'avait pas ces manières avec le chancelier chrétien-démocrate Konrad Adenauer. Tous deux anciens résistants aux nazis, ils avaient fait connaissance en 1958 à Colombey-les-Deux-Eglises où le Général avait convié le chancelier, privilège rare. Malgré la chaleur de leurs relations, elles étaient toujours empreintes d'une extrême courtoisie : "Monsieur le président, cher et grand ami", "Cher Monsieur le chancelier".

Outrage au chef de l'Etat. Si on l'insulte, Nicolas Sarkozy ne s'en formalise pas. Il répond du tac au tac comme au Salon de l'agriculture, le 23 février, lorsqu'un visiteur refuse de lui serrer la main, lui disant : "Tu me salis..." "Casse-toi, alors, pauvre con", rétorque le président de la République française.

Militaire de carrière, de Gaulle président usait parfois, lui aussi, d'un langage vert. Mais il ne se déboutonnait que devant ses aides de camp et les hommes chargés de sa sécurité : "Jean-foutre", "couillons", "trouillards", "merdier"...

Si on l'injuriait, il feignait de ne pas entendre. Malgré tout, la police veillait au grain. Le 11 novembre 1962, un quidam est interpellé sur les Champs-Elysées pour avoir crié au passage du cortège présidentiel : "A la retraite !" Ce que la 17e chambre du tribunal de Paris, devant laquelle il est cité à comparaître, interprète, pince-sans-rire, comme une mise en cause de "l'aptitude du président de la République à remplir les hautes fonctions dont il assume la charge". Sanction : 500 francs d'amende.

Du bon usage des collaborateurs. Les collaborateurs de Nicolas Sarkozy à l'Elysée interviennent, c'est inédit, sur quantité de sujets. Henri Guaino, son conseiller spécial, corrige le président lorsque celui-ci déclare que le régime de Vichy, c'était la France. Dans Libération, Henri Guaino affirme au contraire : "Ma France à moi, elle n'était pas à Vichy. Je ne vais pas me repentir de quelque chose que je n'ai pas fait..." Directrice du cabinet du président de la République, Emmanuelle Mignon a davantage encore embarrassé le président en déclarant à VSD : "Les sectes sont un non-problème."

De Gaulle, lui, imposait un silence absolu à son entourage. Bernard Tricot, qui fut secrétaire général de l'Elysée, en témoigne : "Dès qu'apparaissait le nom d'un de ses collaborateurs dans la presse, auquel on attribuait naturellement des échos ou des déclarations, il entrait dans une grande irritation." Motus et bouche cousue sur les sujets sensibles. Telle était la consigne, que personne ne s'avisait de transgresser.

Religion, laïcité. Le Général avait fait rénover à ses frais la petite chapelle de l'Elysée qui, à l'époque de Vincent Auriol, un socialiste, servait de bar aux chauffeurs de la présidence. C'est dans cette chapelle que le premier chef d'Etat catholique pratiquant depuis Mac-Mahon (si l'on excepte Pétain) faisait dire la messe dominicale. S'il assistait ès qualités à une cérémonie religieuse, à Notre-Dame ou ailleurs, le général de Gaulle ne communiait jamais, laïcité oblige.

Tout pratiquant qu'il fût, il respectait la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Jamais il n'aurait fait une déclaration comme celle de Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-de-Latran, à Rome, le 20 décembre 2007 : "Dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur."

L'habit fait le moine. Personne n'imagine non plus de Gaulle montant quatre à quatre les marches du perron de l'Elysée en short Nike. Ni faisant un jogging dans les rues de Manhattan vêtu d'un tee-shirt "NYPD" (New York City Police Department). Invariablement habillé d'un costume foncé, le Général ne le quittait que pour son uniforme de serge kaki. Même son fils Philippe ne l'a jamais vu, dans le parc de Colombey-les-Deux-Eglises, qu'en veston et cravaté.

Posté par Redekker à 22:00 - ├ Média - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le style, c'est le fond qui remonte

Article cruel car il tourne le couteau dans la plaie.

Ce qui est écrit sur Le Général, j'en connaissais la plus grande partie. Ce que fait tous les jours mon président ( Que ce nom est dur à apposer à un tel personnage!...) je ne le sais que trop - d'ailleurs même si je ne voulais pas le savoir, je le saurais quand même. Mais je ressors ulcéré à la lecture de cet article, tant il met le doigt juste là où ça fait mal.

Le seul point sur lequel je ne suis pas d'accord,est le titre qui utilise le mot "style" pour parler du Sarkoleptique. Employé tel qu'il est, on pourrait penser que le president pourrait changer. En gros, on nous dit que tout compte fait, tout ceci n'est que du style... pas si grave, en fait...

Je ne crois pas que sarko puisse changer, il est tel qu'il est et puis son "style" va si bien avec son physique, sa gestuelle, son élocution, enfin tout quoi!

Le style c'est l'homme.
Le style c'est le fond qui remonte.

Posté par xyzorglub, 23-03-08 à 00:44

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