lundi 31 mars 2008
Turquie: le parti au pouvoir bientôt interdit ?
La Cour constitutionnelle, la plus haute instance
judiciaire de Turquie, a jugé recevable le recours déposé le 14 mars
par le procureur en chef de la Cour de cassation, Abdurrahman
Yalçinkaya, qui estime que l'AKP, le parti qui gouverne le pays depuis
2002, menace les fondements laïques de la république turque.
Le vice-président de la Cour constitutionnelle Osman Paksüt a déclaré devant une myriade de caméras, au terme d'une réunion, que la décision avait été prise à l'unanimité des 11 juges. Une majorité des juges a par ailleurs décidé d'inclure dans le procès le chef de l'Etat Abdullah Gül, un ancien cadre de l'AKP, a dit Paksüt, sans donner d'autres détails.
Cinq années d'interdiction ?
Cette
décision lance formellement le procès à l'encontre de l'AKP, créé en
2001 sur les cendres de partis islamistes dissous pour les mêmes
motifs. Dans son réquisitoire, le procureur a réclamé cinq années
d'interdiction de toute activité politique à l'encontre de 71
responsables de l'AKP, dont Gül et le Premier ministre Recep Tayyip
Erdogan.
Le parti réfute ces accusations et affirme que la
plainte répond à des motivations politiques. L'AKP, qui a été
confortablement réélu lors des dernières élections législatives en
juillet 2007, affirme avoir rompu avec l'islam politique et se définit
comme un parti "démocrate conservateur".
Les milieux pro-laïcité, très influents au sein de
l'armée, de la magistrature et de certaines administrations, l'accusent
néanmoins de vouloir islamiser la Turquie, à la population
officiellement à 99% musulmane mais au régime strictement laïc.
La cour va maintenant se pencher sur le fond du
dossier. L'AKP dispose d'un délai d'un mois, extensible, pour présenter
sa défense. Un verdict devrait prendre plusieurs mois.
L'affaire du voile
Le
procureur cite dans son recours la récente libéralisation du voile
islamique à l'Université, dont l'application est toujours suspendue à
une décision de la justice, et rappelle aussi la tentative d'interdire
l'alcool dans certains quartiers ou l'invocation des "oulémas" pour
trancher des questions de société.
Cette procédure insolite contre un parti au pouvoir en
Turquie - même si une vingtaine de partis ont été interdits depuis les
années 1960 - pourrait menacer la stabilité politique du pays et
perturber ses négociations d'adhésion à l'Union européenne, qui
n'avancent qu'au ralenti depuis leur ouverture en octobre 2005.
La Commission européenne a appelé samedi la justice turque à prendre en compte "l'intérêt à long terme" du pays.
Note YR : je crains qu'il s'agisse seulement d'un dernier " baroud " d'honneur d'une frange nostalgique du pouvoir turc qui pleure encore la disparition de Mustapha Kemal Atatürk. Le pouvoir islamisant en place est bien trop présent dans ce pays à 99 % musulman et candidat - déjà accepté ? - de l'UE.