vendredi 4 avril 2008
Chypre: Un symbole à la rue
JDD
Article de Rémi Duchemin publié le 3 avril 2008
Quelques heures à peine après avoir été ouvert, le
point de passage de la rue Ledra, à Nicosie, symbole de la séparation
de Chypre, a été refermé par les autorités du côté grec de l'île, qui
reprochent à leurs homologues turques d'y avoir déployé des policiers.
Si le lieu a finalement été rouvert dans la soirée, l'incident démontre
la fragilité du processus de réunification.
L'espoir n'aura donc duré que quelques heures, avant de s'éteindre puis
de renaître. Ouvert dans la matinée à Nicosie, le point de passage de
la rue Ledra, symbole de la division de Chypre, a été refermé dans la
soirée par les autorités de la partie grecque de l'île. Ces dernières
accusent les chypriotes turcs d'avoir déployé des policiers dans les 80
mètres de no man's land que constitue la partie de la rue fermée depuis
1963.
Le point de contrôle grec a été refermé "en raison d'une violation de ce qui avait été conclu par les autorités d'occupation",
a déclaré sur l'antenne de la radiotélévision chypriote le ministre de
la Justice, Kypros Chrysostomides. Une demi-heure plus tard, les
autorités turques décidaient d'imiter leurs homologues et de refermer
une parenthèse aussi éphémère que symbolique. Finalement, plus tard
dans la soirée, les deux parties revenaient à la raison et décidaient
de rouvrir la rue.
Reste à savoir désormais si le processus de réunification de Chypre
n'aura pas été trop fragilisé. Car la réouverture de la rue Ledra a
fait naître beaucoup d'espoir dans l'île, tant dans la population que
parmi les observateurs des Nations-Unies, déployés dans la ligne verte,
démarcation entre les deux régions. "Je n'ai pas dormi de la nuit. Je vais aller à l'église Saint-Loukas (ndlr, dans la partie turque) pour allumer un cierge. Ma génération est en train de disparaître, Dieu merci, j'aurai assisté à cela de mon vivant," se réjouissait Loukia Skordi Salidou, 65 ans, qui vit côté grec. "Un jour, tout cela sera terminé et lorsque nous le dirons à nos enfants, ils ne nous croiront pas." confiait en écho Sencan Yesilada, 44 ans, habitant du côté turc.
"Un petit pas, mais un pas très important"
Beaucoup de choses dépendront désormais de la volonté politique de
poursuivre le processus. Les grands discours déclamés avant l'incident
semblent indiquer que l'envie de mettre fin à 34 ans de sécession est
bien réelle. Depuis l'élection du président chypriote grec Demetris
Christofias, élu en février, des discussions avec des représentants de
Mehmet Ali Talat, dirigeant de la République turque de Chypre du Nord
(RTCN) uniquement reconnue par Ankara, avait été entamées.
Le premier geste de bonne volonté, hautement symbolique, concernait donc la rue Ledra. "En ouvrant cette rue, nous espérons que s'ouvrira aussi la voie vers une solution au problème de Chypre", avait dit George Iacovou, représentant de la partie grecque. "C'est un événement historique, un petit pas, mais un pas très important",
avait renchéri Ozdil Nami, collaborateur de Mehmet Talat. Désormais, la
situation est revenue à son point de départ. Les négociations
pourront-elles survivre à ce coup dur ? Les prochaines heures
s'annoncent décisives.
Note YR : Cette triste histoire de l'affrontement entre chypriotes grecs et chypriotes turcs est symptomatique des tensions existantes entre des communautés qui n'ont pas grand chose à voir en commun : ni l'ethnie, ni la religion, ni l'économie. N'oublions pas que Chypre c'est l'Europe ! Il est tout de même assez fort de café de penser qu'une région d'un pays membre de l'Union européenne n'est pas libre. Alors que nos gendarmes et policiers portant insigne de l'Empire de Bruxelles font du maintien de l'ordre au Kosovo " indépendant ", une partie de Chypre est toujours militairement et ethniquement aux mains des tucs, est-ce normal ?