08-05-08
Langues régionales : Albanel promet une loi
Article de Michel Urvoy publié le 8 mai 2008
La 85e tentative, depuis 1958, pour faire reconnaître la diversité linguistique sera-t-elle la bonne ? Christine Albanel, la ministre de la Culture, promet un « cadre de référence qui prendra la forme de loi, dans un calendrier suffisamment proche, ainsi que le président de la République en avait émis l'idée », le 9 mars 2007. Une vraie avancée, car cette promesse impliquera un engagement sonnant et trébuchant de l'État au service des parlers « disposant d'une assise territoriale ».
L'appui de tous les partis
Cette avancée, on la doit d'abord à la persévérance de parlementaires UMP, Marc Le Fur (Côtes-d'Armor) en tête, servis par l'actualité : « Bienvenue chez les Ch'tis, dit-il, ce n'est pas un phénomène cinématographique, c'est un phénomène sociologique. » On la doit ensuite à ceux, dont la ministre, qui considèrent les langues comme une « partie intégrante de l'identité » dans un pays qui compte 79 « langues de France », 10 millions de locuteurs, plus de 400 000 élèves, 9 000 enseignants de breton, basque, créole...
On la doit enfin à l'appui de tous les partis. Michel Hunault (Nouveau Centre, Loire-Atlantique) s'inquiète du « risque de disparition » de langues. Michel Vaxès (PC, Bouches-du-Rhône) note que « la question se pose à l'échelle européenne. » François de Rugy (Verts, Loire-Atlantique) observe que « l'on revient de loin, d'une politique d'éradication » et appelle à lutter contre « toute tentative d'uniformation, tout comme la France lutte contre l'hégémonie de l'anglais. » Pierre Méhaignerie, président (UMP) de la commission des Affaires culturelles, reconnaît « avoir mesuré la qualité des arguments ».
La loi, mais pas la Charte
Va pour la loi. Mais il y a un hic : « Si nous ne rectifions pas la Constitution, alerte Marylise Lebranchu (PS), n'importe quelle loi risque d'être jetée à la poubelle. »
La députée du Finistère, mais aussi la plupart des 25 orateurs, se
souviennent que c'est l'article 2 de la Constitution qui avait déjà
empêché la France de ratifier la Charte européenne en raison du statut
exclusif du français. D'où l'idée socialiste, exprimée par Françoise
Coupeau (Morbihan) et approuvée par Pierre Méhaignerie, de le réécrire
ainsi :
« La langue de la République est le français dans le respect des langues régionales qui font partie de notre patrimoine. »
Cette modification pourrait être votée lors de la toute prochaine réforme.
Est-ce à dire que la France ratifiera la Charte ? Pas sûr, pour deux raisons : la loi offrirait assez de garanties. Surtout, la Charte impose, insiste Christine Albanel, des contraintes aussi onéreuses qu'inapplicables, ne serait-ce qu'en matière de traduction des textes officiels ou de plurilinguisme des fonctionnaires.
Malgré cette restriction, l'affaire est politiquement intéressante. La gauche était traditionnellement en pointe quand il s'agissait de défendre la Charte européenne ou la politique linguistique en Bretagne. Deux ans avant les régionales, la droite reprend l'offensive sur un terrain où on l'attendait moins.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=129634&pid=9108449
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

