09-05-08
Le Front national se cherche un avenir
Article de Olivier Pognon publié le 1er mai 2008
Est-ce l'amorce du déclin définitif pour le Front national, ou,
comme le disent ses dirigeants, une simple traversée du désert ? Une
réponse tranchée à cette question est certes hasardeuse. Mais un fait
s'impose : l'environnement politique qui a favorisé la montée en
puissance du FN a profondément changé.
Le mouvement lepéniste
est apparu comme une force politique à partir de 1983. Il atteint
bientôt autour de 15 % à chaque élection présidentielle, entre 11 % et
15 % aux législatives ce qui le met en mesure de troubler le jeu malgré
un affaiblissement passager après la rupture de Mégret en 1998 ,
jusqu'à la fin du second mandat de Jacques Chirac.
Le FN
bénéficie alors de plusieurs phénomènes. D'abord la montée, puis la
persistance du chômage et d'une nouvelle pauvreté, que la gauche et la
droite, alternativement, ne parviennent pas à enrayer. L'émergence
électorale du FN a lieu au moment où apparaît de façon patente l'échec
de la gauche à cet égard. Aux sympathisants traditionnels de la «droite
nationale» s'est alors ajouté un électorat très différent, populaire,
venu souvent de la gauche, frappé de plein fouet par les adaptations
économiques et qui en incrimine l'Europe, la mondialisation et
l'immigration : des thèmes dont Jean-Marie Le Pen fait le centre de
ses discours.
La puissance idéologique de la gauche, qui semble
à beaucoup d'égard laisser la droite désemparée, les cohabitations
successives profitent au FN : c'est après une cohabitation de cinq ans
que Le Pen, en 2002, parvient au second tour de la présidentielle.
Le mouvement tire aussi partie du phénomène de fascination-répulsion dont il est l'objet. Les provocations du président du FN à partir du «détail» en 1987 , les affinités idéologiques réelles ou supposées de son parti, en font le paria de la vie politique. Mais en même temps, à cause de son pouvoir d'arbitrage électoral, il est celui auquel tout le monde pense tout le temps et la crainte de paraître chercher à lui ressembler tétanise en partie la classe politique.
Cette période
est révolue et presqu'oubliée. La droite s'est décomplexée avec la
stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy à l'approche de la campagne
présidentielle, et la gauche socialiste est en pleine remise en
question.
En même temps, les chevaux de bataille du FN ont
perdu de leur crédibilité : sur l'Europe comme sur l'immigration son
électorat a pris conscience du fait qu'un retour en arrière pur et
simple était illusoire. D'où, d'ailleurs, la «normalisation» esquissée
de son discours, sur l'initiative de Marine Le Pen, et qui a conduit,
par exemple, Jean-Marie Le Pen à la rencontre des jeunes issus de
l'immigration, sur la dalle d'Argenteuil, pendant la campagne
électorale.
Cela n'a pas empêché Nicolas Sarkozy de «siphonner»
une partie des voix de Le Pen à l'élection présidentielle et l'UMP d'en
faire autant aux législatives. La stratégie sarkozyste a été d'autant
plus efficace que l'électorat du FN commençait à douter de l'efficacité
d'un vote uniquement protestataire.
Et le phénomène paraît
durable, comme si le mouvement dont profitait le FN s'était inversé :
bien que la cote de popularité du président de la République ait
considérablement baissé depuis un an auprès des sympathisants du
mouvement, ceux qui ont abandonné ce parti l'année dernière pour
Nicolas Sarkozy et l'UMP ne lui sont revenus qu'en petit nombre aux
cantonales et pas du tout aux municipales. À la démobilisation de
l'électorat semble répondre l'affaiblissement interne. Le tissu de
cadres et de militants du FN ne s'est jamais vraiment reconstitué
depuis la rupture mégrétiste.
La relève annoncée dans le parti
lepéniste, où l'on voit Marine Le Pen et le secrétaire général Louis
Aliot se démarquer du président du mouvement à propos du «détail» et
laisser entrevoir un FN «modernisé», pourra-t-elle provoquer un
redressement ? Encore faudrait-il qu'une nouvelle évolution du paysage
politique lui permette d'élargir un créneau électoral qui s'est
resserré.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=129634&pid=9120221
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

