11-05-08
Démocrates et ultranationalistes s'affrontent aux législatives en Serbie
Article de Christophe Châtelot publié le 9 mai 2008
La campagne électorale pour les élections législatives anticipées du 11
mai en Serbie s'est arrêtée jeudi soir. Les électeurs les plus motivés,
ceux qui ne se sont pas noyés dans le torrent parfois boueux des
meetings et des débats télévisés, peuvent entretenir leur ferveur dans
la multitude des bureaux de Loto sportif qui prennent des paris sur le
résultat de dimanche. L'éventualité d'un match nul n'est pas prévue,
mais les instituts de sondage prédisent un résultat à couteaux tirés
entre le Parti démocrate (DS), pro-européen, du président serbe Boris
Tadic, et les ultranationalistes du Parti radical de Serbie (SRS) de
Tomislav Nikolic, soutenu de plus en plus ouvertement par le premier
ministre nationaliste, Vojislav Kostunica ( photo ).
Selon le dernier sondage réalisé par le Centre pour des élections
libres et la démocratie (Cesid), une organisation non gouvernementale,
le SRS est crédité de 34 % des intentions de vote (soit 89 sièges sur
250 au Parlement), un point devant une alliance de partis pro-européens
réunis autour du DS. Le Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav
Kostunica arrive en troisième place avec 12 %, devant le Parti libéral
démocrate (LDP, 8 %), formation politique radicalement pro-européenne
et la seule à accepter l'indépendance du Kosovo.
La plupart des analystes prédisent une alliance post-électorale entre le DSS et le SRS et peut-être les socialistes du SPS de l'ancien président Slobodan Milosevic, qui recueilleraient 6 % des voix. Mais rien n'est joué. D'autant que le président serbe n'est pas tenu par la Constitution de demander au parti arrivé en tête à l'élection de former le gouvernement. "Il y a deux semaines, la différence entre le DS et le SRS était de quelque 200 000 voix et le bloc pro-européen a réussi à la réduire à quelque 50 000 à 100 000 voix", rappelle Zoran Lucic, du Cesid.
L'alliance emmenée par le chef de l'Etat, réélu de justesse en février contre Tomislav Nikolic, peut remercier l'Union européenne pour le coup de pouce qui lui a déjà permis de réduire son retard. En février, le chef du gouvernement, Vojislav Kostunica, avait donné le coup de grâce à la coalition gouvernementale en place depuis seulement dix mois entre son Parti démocratique de Serbie et le DS. Le divorce entérinait les profondes divergences sur la politique européenne à suivre après la proclamation de l'indépendance du Kosovo le 17 février. Indépendance reconnue par dix-sept membres de l'UE mais refusée par Belgrade.
Mardi, 17 pays européens ont ainsi accordé la gratuité de leurs visas aux Serbes, dans un pays où la plupart des jeunes ne pensent qu'à échapper à une ambiance politique pesante et des perspectives socioprofessionnelles incertaines. Le même jour, le constructeur automobile italien Fiat signait un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars avec l'usine Zastava, en présence de Boris Tadic, partisan d'une intensification des réformes économiques. Enfin, le 29 avril, Bruxelles - tout en niant interférer dans le débat politique serbe - avait finalement signé avec Belgrade un accord de stabilisation et d'association qui permet d'envisager la candidature de la Serbie à l'UE, soutenue par une écrasante majorité de Serbes.
Cet accord a aussi reçu l'onction de Moscou. Nouveau coup de pouce aux pro-européens à l'heure où les nationalistes laissent croire qu'un rapprochement avec Moscou représenterait une alternative à l'adhésion européenne. "C'est un faux dilemme que d'opposer la Russie et l'Europe", a corrigé, jeudi, le président du comité des affaires étrangères de la Douma (chambre basse du Parlement russe), Konstantin Kosachov, à l'issue d'un entretien à Belgrade avec Boris Tadic. Il a cependant assuré ce dernier "du soutien total de la Russie aux efforts serbes pour devenir membre de l'UE".
Cela ne devrait guère troubler le premier ministre Kostunica, ni Tomislav Nikolic, qui ont radicalisé leur discours au cours de la campagne contre les "traîtres" démocrates coupables d'avoir vendu leur âme, la Serbie et le Kosovo contre un accord avec Bruxelles.
"Traître", c'est aussi le mot imprimé sur des affiches collées dans Belgrade. Sous le portrait de Punisa Racic, député du Parti radical d'avant la seconde guerre mondiale qui tua trois élus en plein Parlement, en 1928, figurent celles de Boris Tadic et de Bozidar Djelic, vice-premier ministre DS. Pour Dragan Sutanovac, ministre de la défense et vice-président du DS, parti fondé par Zoran Djindjic, premier ministre assassiné en 2003, "ces messages ouvrent le concours pour trouver le nouveau sniper qui exécutera le verdict justifié par les discours de la haine. (...) C'est une nouvelle chasse aux sorcières, similaire à celle de l'époque Milosevic, quand les opposants politiques pouvaient recevoir une balle dans la tête".
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