12-05-08
Sarkozy : vous avez dit discret ?
Marianne
Article de Nicolas Domenach directeur-adjoint de la rédaction de Marianne publié le 7 mai 2008
Les meilleurs experts de la Sarkozye se sont donc lourdement trompés. Je
ne parle pas pour moi, évidemment… Même si je me suis totalement planté
en annonçant sur le plateau d'Edition spéciale, sur Canal Plus, la
venue probable de Sarkozy à la salle Gaveau. Plume et goudron pour le
chroniqueur imprudent ? Hara-kiri en direct sur le plateau ? La
punition publique sera sévère. Il faut avouer que comme ceux qui
suivent et pour certains accompagnent et soutiennent Nicolas Sarkozy
depuis des années, j'ai cru qu'il ne pourrait résister à l'appel des
militants, à ce besoin de retrouver le contact physique et spirituel
avec eux. Comme le conseiller élyséen Dominique Paillé, comme le
Secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian, comme le député Frédéric
Lefebvre qui le servit au plus près si longtemps, je m'imaginais qu'il
faisait monter le suspense, qu'il ne pouvait se passer de sa famille
partisane un jour d'anniversaire ni laisser François Fillon tenter de
prendre encore davantage de place en chantant ses louanges.
Jusqu'à la dernière seconde, j'ai cru
qu'il allait faire son effet surprise et surgir pour un de ses discours
de campagne, genre dans lequel il excelle et, comme les militants, j'ai
souri lorsqu'une Ferrari, ainsi que le raconte Le Figaro, est passée et
que des plaisantins se sont écriés «Voilà le président ». Que nenni !
Cette absence avait un sens. Nous sommes au temps de la «discrétion», de la «présidentialisation»,
comme le disent les communicants élyséens, tel son chargé de presse
Franck Louvrier. Le président ne fait plus de politique politicienne… «
Il est au travail et non dans les festivités de mauvais aloi » !
Pas de bougie, pas de gâteau, plus de
folies au Fouquet's, surtout pas de champagne quand les sondages sont
en berne et donc pas question de faire de « Gaveau » à l'opposition qui
aurait dénoncé des festivités déplacées si Nicolas Sarkozy avait été
faire son show dans cette salle de concert. Même si les grands artistes
comme les criminels retournent toujours sur les lieux de leurs
exploits, ce ne sera pas pour cette fois !
Sarko se prend pour Kennedy : ça va mal finir !
J'aurais dû mieux écouter Claude Guéant le Secrétaire général de
l'Elysée qui me confiait qu'ils ne recommenceraient plus l'erreur de
trop multiplier les annonces, ce qui les embrouillait, et qu'il fallait
plus de « clarté » et donc qu'un seul message à la fois suffisait.
Celui de l'anniversaire était : le chef de l'Etat est au travail ! Il
s'occupe de réformer le pays contre les immobilistes et conservateurs
de tout bord mais surtout de gauche. D'un côté le mouvement, Lui, de
l'autre l'immobilisme, eux. Et pour appuyer cette démonstration
élyséenne, une certaine sobriété s'imposait, la fameuse retenue
présidentielle, mais attention, éclairée par les yeux bleu lazuli de
Carla Sarkozy.
Car si le président se présidentialise, Carlita
l'humanise… L'opération «épouse parfaite» parfaitement réussie se
poursuit en effet dans Paris Match
cette semaine. Douze pages et la Une, plus que pour l'ami Fritzl le
monstre autrichien qui n'a droit, lui, qu'à dix pages. Là, pas de
discrétion ! De l'intimité sérieusement et largement mise en scène dans
cet album photo de la vie élyséenne que Carla feuillette pour nous. Il
y a bien sûr les images consacrées, les balises de ce nouveau parcours
de reconquête de l'opinion : « le couple et Mandela, l'émotion », « avec le Prince Philippe, le charme », « avec les proches d'Ingrid Betancourt, l'espoir
». Carlita rédige elle-même les légendes, la légende du président
qu'elle héroïse en même temps qu'elle le rend plus humain : « il est beau, intelligent, rassurant ».
Ainsi sculpte-t-on une mythologie moderne en l'illustrant des photos
d'amour au sommet de l'Etat, en sortant en outre ce cliché inédit tout
flou du mariage. Match, en
général, ne passe que des photos techniquement parfaites, nettes,
professionnelles. Mais cette image privée, amateur, capturée par la
nounou de Carla rend authentique le spectacle et il a toute la force
troublante de l'intime. Nous voilà à nouveau convoqué au chevet du
président, dans sa sphère privée qui ne nous regarde pas en principe.
Nous voilà pris par les yeux, par la main et par les mots de Carla qui
nous raconte sa rencontre avec Nicolas chez Seguela, qui confie « que le coup de foudre existe puisqu'elle l'a rencontré », qui n'appelle son mari que « mon amour » et qui entraîne la journaliste et le photographe de Match dans le bureau où Nicolas Sarkozy en costume sombre travaille bien sûr.
« Pouvons-nous entrer mon amour ? » « Bien sûr, mais pour un quart d'heure pas plus ».
Car Dieu est à l'œuvre pour le bien de l'humanité. D'ailleurs il ne se
montre plus en train de courir ni de se distraire avec ses potes du
show-biz. « Car les Français,
explique-t-il, vivent mon moindre moment de détente comme une éternité
». « Le président n'a guère envie de plaisanter », souligne la journaliste qui relève aussi tout le bien amoureux que Monsieur dit de Madame : « Carlita mon ange » « Elle est si intelligente, si élégante, si belle
». Il l'aime, elle l'aime, ils s'aiment ! Divin divine.
Tant d'amour
chez les dieux de l'Elysée, ça se voit, ça éclate sur la photo… si
joliment posée. Elle, l'ancien mannequin, assise sur l'accoudoir,
tendrement, naturelle à ses côtés. On pense toujours aux images du
couple Kennedy. La mythologie de Sarkozy. Il la vit, il la
photographie. Comme si l'on pouvait retrouver sa jeunesse, ces années
d'espérance où tout semblait possible, même la conquête de la lune.
Kennedy-Sarkozy, ça se ressemble. Mais pourquoi semble-t-il avoir
oublié que tout ça finissait en tragédie ?
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=129634&pid=9141898
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
