Ministres_gaucheValeurs Actuelles

Article de Josée Pochat publié le 22 janvier 2009

Intellectuels, amis, anciens ministres, patrons, les hommes de gauche de Sarkozy forment maintenant une véritable galaxie. Tour d’horizon.


Nicolas Sarkozy l’avait fait savoir le dernier week-end de novembre, lors du congrès fondateur de la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel : il souhaitait aller encore plus loin sur la voie de l’ouverture. C’est fait, avec de nouvelles recrues, comme l’ancien maoïste Marin Karmitz, qui vient de se voir confier le nouveau Conseil pour la création artistique ou encore la promotion d’Éric Besson au ministère de l’Immigration.

Ceux qui espéraient que le chef de l’État tournerait rapidement la page de l’ouverture doivent se rendre à l’évidence. Le mouvement, loin de s’essouffler, prend de l’ampleur.

Les intimes

Le clan Bruni « Je voterai toujours à gauche, comme mes parents l’ont toujours fait », déclarait Carla Bruni entre les deux tours de la présidentielle. C’était six mois avant sa rencontre avec le chef de l’État… et neuf mois avant de l’épouser. Elle est maintenant beaucoup plus discrète sur ses engagements. Pourtant, le cœur de Carla Bruni-Sarkozy et de sa sœur, l’actrice Valeria Bruni-Tedeschi, continue de battre à gauche. Les sœurs se sont notamment battues pour soutenir l’ex-militante des Brigades rouges Marina Petrella, qui refusait son extradition vers l’Italie. C’est Carla en personne qui s’était rendue au chevet de Petrella, en octobre dernier, pour lui annoncer que la France avait renoncé à l’expulser.

Les amis

Jacques Attali Ils sont amis depuis plus de vingt-cinq ans. Alors que Jacques Attali est le conseiller spécial de Mitterrand à l’Élysée, en 1982, sa secrétaire lui indique qu’un jeune avocat RPR, qui confie vouloir devenir président de la République, souhaite le voir. Ce sera leur première rencontre. Attali dit l’avoir trouvé alors plein d’humour et particulièrement intéressant. Lui qui n’a cessé de voter à gauche refuse pourtant de se prononcer, en 2007, entre Royal et Sarkozy. C’est très naturellement et sans aucun complexe qu’il accepte de diriger la commission sur la croissance qui portera son nom. Il est l’un des premiers, avec les ministres d’ouverture, à entrer dans la galaxie des hommes de gauche du président, dont il parle comme « un ami, un animal humain extraordinaire ».

Jacques Séguéla Inventeur de deux slogans célèbres des campagnes présidentielles de Mitterrand, “La force tranquille” en 1981 et “Génération Mitterrand” en 1988, Séguéla, qui fait figure de premier publicitaire de la Mitterrandie, a toujours été de gauche. Jusqu’au second tour de la présidentielle de 2007, où il choisit de donner sa voix à Sarkozy, après avoir voté Royal deux semaines auparavant ! Il explique alors avoir « le cœur à gauche » mais estime que « la France ne peut pas se permettre cinq années de plus d’assistanat ». Les deux hommes se connaissent depuis 1983, date à laquelle Séguéla avait écrit à Sarkozy pour le féliciter de son élection comme maire de Neuilly. Ils avaient alors déjeuné ensemble. C’est lors d’un dîner privé chez le publicitaire, en novembre 2007, que le président a rencontré Carla Bruni.

Les éminences roses

Jack Lang « Après avoir mûrement réfléchi, ma réponse est oui », déclarait sur TF1 l’ancien ministre emblématique de la Culture de François Mitterrand après que Sarkozy lui eut proposé de siéger dans le comité de réflexion sur la réforme des institutions présidé par Édouard Balladur. Dans la foulée, Lang avait démissionné de son poste de secrétaire national du PS. Le 21 juillet 2008, il était le seul socialiste à voter la réforme de la Constitution, à Versailles. Ses anciens amis ne lui ont pas pardonné et ils sont rares à lui adresser encore la parole. Nicolas Sarkozy maintient les liens : il songerait à lui confier une nouvelle mission, sur la question des relations entre la Corée du Nord et Cuba.

Claude Allègre L’ancien ministre de l’Éducation nationale de Lionel Jospin n’a cessé de clamer son admiration pour Sarkozy, dès son élection, après avoir publié un brûlot, la Défaite en chantant, contre ses amis socialistes, où il étrille Ségolène Royal. S’il n’est finalement pas entré au gouvernement, il ne cache pas sa proximité avec le chef de l’État et se déclare toujours prêt à assurer un rôle de « technicien » dans le gouvernement.

Richard Descoings À la tête de Sciences-Po depuis 1996, cet énarque, marqué à gauche pour être passé dans les cabinets de Jack Lang et de Michel Charasse, est l’une des dernières recrues. Le chef de l’État l’a nommé au début du mois à la tête d’une mission pour réformer le lycée, après le report de la réforme sur la classe de seconde.

Hubert Védrine Secrétaire général de l’Élysée de Mitterrand, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, Hubert Védrine a refusé la proposition du président d’occuper à nouveau le Quai d’Orsay, craignant la mainmise de l’Élysée sur les questions internationales. Pour autant, le socialiste n’avait pas fermé la porte, se déclarant prêt à offrir ses services, sur un point précis. Il a finalement accepté, en 2007, de piloter le rapport sur la France et la mondialisation.

Frédéric Mitterrand C’est au neveu de Mitterrand, homme de télévision passionné de cinéma, que le président a finalement choisi de confier la prestigieuse villa Médicis à Rome, après la polémique suscitée par la nomination de Georges-Marc Benamou, en compétition avec Olivier Poivre d’Arvor. Ses liens avec Sarkozy ? Il n’en parle pas. Pas plus que ceux qu’il avait avec son oncle…

Georges-Marc Benamou « Si tu es nommé conseiller, ce sera moins pour tes vertus que parce que tu représentes un morceau de la sainte croix mitterrandienne », l’avait prévenu son ami Bernard-Henri Lévy. Benamou, dernier confident de Mitterrand, dont il disait qu’il était son « grand-père symbolique », créateur en 1985 du mensuel de gauche Globe, n’a pas hésité à accepter le poste de conseiller culturel à l’Élysée que lui a proposé Sarkozy dès son élection. Après un an de guerre avec Christine Albanel, il a quitté son poste et raté – pour cause de polémique – le lot de consolation (la villa Médicis) que voulait lui octroyer le président. Mais les deux hommes n’ont pas perdu le contact. Ils continuent de se téléphoner et même de se voir.

Les patrons

Bernard Tapie L’ancien ministre de la Ville de François Mitterrand, dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy, dont les radicaux de gauche rêvaient de faire leur candidat à la présidentielle de 1995, ne cache pas son « admiration » et sa « considération » pour Sarkozy, avec qui il a eu plusieurs rendez-vous à l’Élysée, depuis son élection. Au point d’être soupçonné d’avoir bénéficié de la protection du président, dans le cadre du litige qui l’a opposé au Crédit Lyonnais.

Marin Karmitz C’est la dernière recrue de la galaxie. Marin Karmitz, long-temps étiqueté comme gauchiste avant de produire 90 films et de fonder le groupe MK2, est monté au créneau pour défendre la réforme de l’audiovisuel public, en décembre dernier, allant jusqu’à déclarer dans le Monde : « Nicolas Sarkozy a peut-être sauvé France Télévisions. » Récompense ? L’ancien militant mao va animer le tout nouveau Conseil pour la création artisti­que, coprésidé par Nicolas Sarkozy et la ministre de la Culture, Christine Albanel.

Guillaume Pepy Cet énarque de 50 ans est marqué à gauche depuis son passage chez Martine Aubry, ministre du Travail, dont il a été le plus proche collaborateur, même s’il se définit comme « inclassable ». Et c’est lui que le président a choisi, en février 2008, alors qu’il faisait figure d’éternel numéro deux de la SNCF, pour succéder à sa patronne, Anne-Marie Idrac, encore persuadée, quelques jours avant la nomination, qu’elle allait être reconduite à son poste. Pepy n’avait cessé de marquer des points lors du conflit des régimes spéciaux, qu’il a géré de bout en bout, très présent sur le terrain, en relation permanente avec Raymond Soubie, le conseiller social de l’Élysée.

Et les ministres, premiers piliers de l’ouverture

Martin Hirsch, Éric Besson, Jean-Marie Bocquel, Fadela Amara, Bernard Kouchner… Aucun des cinq membres d’ouverture du gouvernement n’a claqué la porte, plus d’un an et demi après leur nomination, qui avait fait couler tant d’encre. Mieux, ils ont été confortés, voire promus à l’occasion du miniremaniement intervenu le 15 janvier, comme Éric Besson, qui vient de remplacer Brice Hortefeux dans ce ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale honni par la gauche ou encore comme Martin Hirsch, qui hérite d’un deuxième haut-commissariat, à la Jeunesse.