GauloisEuropae Gentes

édition du 24 janvier 2009

Si certains de nos amis sont unanimes pour défendre notre identité, encore faut-il que ce concept soit dynamique et qu’il corresponde à une réalité vécue. Dans le cas contraire, nous sombrerions dans le même écueil que nous reprochons aux partisans du cosmopolitisme : une vision idéologique et désincarnée du monde dans lequel nous vivons.


Chacun rechercherait à un moment arbitraire de l’histoire, une période correspondant à sa sensibilité, et déciderait par un décret de l’esprit que c’est avec ces temps bénis qu’il faut renouer. Les adorateurs du sapin puiseraient leur inspiration chez nos ancêtres les gaulois, les autres dans la chevalerie, le siècle de Saint Louis et de Thomas d’Aquin, la chouannerie que sais-je encore.

Une telle vision est non seulement romantique et anti-historique : elle est stérile. Car aussi sympathique soient ces époques, elles ont connu aussi leurs troubles et leur crise, et le caractère idyllique qu’elles nous inspirent avec le recul ne doit pas faire oublier que les hommes de ce temps n’ont pas cherché avant tout à défendre un héritage : ils ont fait avant tout le choix de vivre, d’être et d’aimer. Autrement dit, si nous voulons être des véritables gardiens de la Tradition, nous ne devons pas nous contenter de ressortir de vieux étendards, quelques tambours et cornemuses, pour rappeler à notre sensibilité refroidie par le monde moderne, les temps anciens. La Tradition est tout sauf cela :

Il nous faut donc définir le véritable sens de la Tradition. Le mot tradition vient du latin “ traditio ” (tradere signifie livrer). Elle est le lien entre passé et présent. Le but de la tradition est donc de transmettre un héritage et si possible, de le rendre vivant.

Le conservatisme, par exemple, ne transmet pas. Il s’efforce de garder en l’état. Mais avec l’usure du temps, certaines choses finissent par dépérir (il en va autrement pour les valeurs). Une véritable tradition digne de ce nom est celle qui consiste non à être figée dans une de ses expressions particulières à une époque donnée, mais à s’adapter pour être capable de surmonter les nouveaux enjeux et les nouvelles difficultés. Sinon, on sclérose, on muséifie. Cette vision caricaturale de la tradition est précisément le piège dans lequel les idéologies veulent enfermer leurs adversaires

A ce stade de la réflexion, nous nous heurtons à un autre problème et qui n’est pas le moindre : Nous aurons beau nous arracher les cordes vocales à scander la « France aux français » et à prétend défendre notre peuple, encore faut-il savoir à quel peuple l’on s’adresse : Un peuple idyllique qui partagerait nos convictions et qui nous attendraient comme des libérateurs ?

Soyons honnêtes : les préoccupations de la plupart de nos compatriotes sont à des années lumières de nos désirs de relever la France et l’Europe. Ils sont dans le doute et l’inquiétude du lendemain et ne pensent qu’à s’en sortir, généralement chacun pour soi. Ne les blâmons pas. Il en a toujours été ainsi.

Ainsi donc la question n’est pas tant de rendre la France ou l’Europe aux français et aux européens que l’inverse : Rendre les Français à la France et les Européens à l’Europe. Il s’agit donc de faire aimer ce pour quoi il nous semble juste de nous battre. Le défi est donc de rendre vivant cet héritage en essayant de renouer non pas tant avec un modèle institutionnel ou architectural qu’avec l’esprit qui a soufflé sur nos anciens. Cela peut-être très concret et cela commence par la réforme de soi. Plutôt que de mépriser ceux de nos compatriotes qui ne pensent pas comme nous, sans doute devrions nous donner l’exemple : en nous donnant, en aimant, en étant généreux, courageux et courtois. En cultivant l’art du travail bien fait. En communiquant notre joie et notre espérance même et surtout dans les moments d’épreuve. En perpetuant cet art de la table où il est bon de recevoir des amis et des hôtes ( que ce dernier terme ne soit pas mal interprété !) et les accueillir comme des princes. Cela suppose d’être pétri de cette histoire et de cette spiritualité qui est la nôtre. On a jamais convaincu qui que ce soit en l’agressant frontalement.

Sommes nous iréniques et angéliques, faisons nous du « bisounoursime » en raisonnant ainsi et en faisant fi de la situation chaotique de notre pays et de notre continent ?


Un proverbe chinois disait que dans les ténèbres il vaut mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité. L’obscurité, nous la voyons tous les jours. C’est la lumière qui manque. Soyons témoins de cette lumière et le reste viendra plus facilement que si nous mêlons nos voix aux bataillons du désespoir.