duceppeNouvel Observateur

édition du 4 février 2009

Un dirigeant indépendantiste québécois a accusé, mardi 3 février, le président français Nicolas Sarkozy de s'être "ingéré" dans le débat sur l'unité canadienne.


"Je trouve que le président Sarkozy a manqué à la fois de dignité et de classe dans ses remarques", a déclaré le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, estimant que le président français a "fait preuve d'une ignorance crasse de la situation québécoise". Gilles Duceppe réagissait à des propos tenus par le président Sarkozy lundi en remettant les insignes de Commandeur de la Légion d'honneur au Premier ministre québécois Jean Charest.

Un plaidoyer en faveur de l'unité

Nicolas Sarkozy a largement repris les propos qu'il avait tenus en octobre dernier à Québec et qui avaient été interprétés comme un plaidoyer en faveur de l'unité canadienne, déclarant "croyez-vous que le monde dans la crise sans précédent qu'il traverse a besoin de division ?".

Les quotidiens québécois notaient que le président français a aussi eu des mots sévères pour les indépendantistes, sans toutefois les nommer, parlant de "sectarisme" et "d'enfermement sur soi-même". "Si notre identité est forte, on n'a pas besoin d'être imbécile. On n'a pas besoin d'être agressif", a déclaré Nicolas Sarkozy.

Le président français "dit qu'il ne voit pas pourquoi, pour s'affirmer, on devrait haïr ses voisins. Ce n'est pas ce que font les souverainistes (indépendantistes), on ne hait pas le Canada", a répliqué Gilles Duceppe qui dirige un parti représentant les intérêts du Québec au Parlement fédéral d'Ottawa.

Ingérence

"Si la souveraineté est bonne pour la France et le Canada, pourquoi serait-ce si mauvais pour les Québécois ?", a poursuivi Gilles Duceppe. "M. Sarkozy a choisi son camp, il n'est pas indifférent. Il s'ingère", a-t-il fait valoir, faisant allusion au fait que le chef d'Etat français a répudié la traditionnelle politique de "non-ingérence, non-indifférence" pratiquée par la France depuis une trentaine d'années dans ses relations avec la province francophone.

Au cours de la séance des questions à la Chambre, le Premier ministre Stephen Harper a lui aussi fait allusion aux propos du président français. "C'est le sectarisme dont parle M. Sarkozy", a-t-il dit en répondant à une question de Gilles Duceppe sur un tout autre sujet.