ingrid_bettancourt_1Le Figaro

Article de Julie Connan publié le 28 février 2009

Son image était jusqu'ici celle de l'«héroïne», fêtée dans le monde entier, après ses six années passées aux mains des Farc. Mais près de huit mois après sa libération, c'est un tout autre portrait d'Ingrid Betancourt que dressent trois de ses anciens codétenus américains dans un livre-témoignage.

Dans «Out of captivity», sorti jeudi aux Etats-Unis, Keith Stansell, Thomas Howes et Marc Gonsalves, la décrivent plutôt comme une personne «égoïste et hautaine». «Je l'ai regardée essayer de prendre le contrôle du camp avec une arrogance incontrôlable», raconte ainsi Keith Stansell, le plus virulent des trois auteurs, dans un entretien à l'Associated Press. «Certains des gardiens nous traitaient mieux qu'elle ne le faisait», ajoute cet ancien marine de 44 ans. Pour lui, la Franco-Colombienne se voyait comme «une princesse qui pense que les Farc ont construit ce château pour elle seule. C'est pas arrogant, ça ?» s'insurge-t-il.

Selon lui, l'ex-candidate à la présidentielle colombienne volait de la nourriture et se gardait les rares livres disponibles.

Elle aurait même mis leur vie en danger en envoyant des messages au chef rebelle Sombra, dans lesquels elle affirmait qu'ils étaient des agents de la CIA, pour faire en sorte qu'ils soient transférés ailleurs. Rien ne permet toutefois de vérifier cette affirmation. Au moment de leur capture en février 2003, Keith Stansell, Thomas Howes et Marc Gonsalves menaient en fait une opération anti-drogue en Colombie pour le compte de l'armée américaine via la société Northrop Grumman Corp.

Dans cet ouvrage de 457 pages, Ingrid Betancourt passe pour une femme désireuse d'imposer son autorité non seulement à ses codétenus, en décrétant notamment les horaires pour se laver, mais aussi à ses geôliers. «Elle ne demandait rien, elle donnait un ordre», raconte Marc Gonsalves.

«Une personne plus compliquée et multidimensionnelle»

D'autres tensions sont apparues lorsque les otages se sont vu confisquer leurs radios. Seule la Franco-Colombienne a réussi à garder la sienne en cachette, mais elle aurait refusé d'en faire profiter ses compagnons. «Nous espérions qu'elle nous raconterait ce qu'elle avait entendu, notamment des messages de nos familles, mais elle n'en a rien fait», regrette Marc Gonsalves, qui a gardé contact avec elle depuis, et décrit parallèlement une amitié chaleureuse avec elle et même une certaine attirance réciproque.

Car s'ils partagent largement l'opinion de Keith Stansell, Marc Gonsalves et Thomas Howes sont un peu plus nuancés à son sujet, et affirment ne pas avoir de rancune à son égard. «Parfois, elle n'était pas la personne que nous pensions. Parfois, Ingrid était une personne beaucoup plus compliquée et multidimensionnelle que ce dont nous étions convaincus», écrivent-ils.

L'intéressée, comme ses proches, se sont refusés à tout commentaire sur le contenu de cet ouvrage. En octobre dernier, elle avait annoncé qu'elle se retirait de la vie publique pour elle-même écrire un livre sur sa captivité dans la jungle colombienne.

Ce n'est pas la première fois que des anciens otages font état de tensions, notamment avec Ingrid Betancourt : son ancienne directrice de campagne Clara Rojas, a décrit leurs relations tendues dans le récit de sa captivité. Luis Eladio Pérez, un autre ex-otage qui était très proche d'elle, explique notamment ces tensions par le fait que la Franco-Colombienne est la fille d'un diplomate et une ancienne reine de beauté.