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édition du 2 mars 2009

Parce qu’il aurait prononcé des prêches radicaux, l’imam qui officie depuis sept ans à la salle de prières de l’avenue Flamenq, à Toulon, se trouve sous le coup d’un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. Une note émanant des services de renseignements - faisant état de propos virulents envers l’Occident et d’autres confessions religieuses - est à l’origine de cette mesure exceptionnelle à l’égard d’un ressortissant étranger.

La semaine dernière, Mohammed el Idrissi, Marocain de 72 ans, a ainsi dû s’expliquer devant la commission départementale d’expulsion (Comex). Avec au centre des débats, le fameux rapport « secret ». Composée de deux magistrats du tribunal de grande instance de Toulon et d’un autre du tribunal administratif, la Comex doit rendre un avis consultatif, dans les quinze jours, sur l’arrêté ministériel.

Si la décision devait être confirmée, le 4 mars prochain, l’imam toulonnais sera alors « expulsable » et obligatoirement placé en centre de rétention avant une reconduite dans son pays d’origine.

Discours intégristes

Dans le rapport établi par les services de renseignements, il est attribué à M. Idrissi des discours violents et intégristes lors de prêches prononcés, en arabe, entre novembre 2007 et janvier 2009. « Les extraits répertoriés comme fondement à l’arrêté ministériel laissent apparaître des propos anti-Occident, anti-chrétiens, antisémites, anti-Américains. Ce sont des bribes de phrases relevées on ne sait comment, par on ne sait qui. C’est plutôt léger », relève Me Oreggia, avocat du religieux. Il estime que des mots sortis de leur contexte peuvent conduire à une mauvaise interprétation.

« Une coquille vide »

Pendant deux heures, devant la commission, l’avocat a donc cherché à exposer les failles de ce rapport. « Il n’est étayé par rien. Il n’y a pas d’enregistrement sonore. Pas d’enquête de police qui démontre des activités intégristes. Le dossier est une coquille vide. C’est à se demander si l’on ne cherche pas, par n’importe quel moyen, à expulser cet homme qui vit en depuis vingt ans et qui est donc protégé par rapport à une mesure de reconduite à la frontière. Seule l’incitation à la haine peut alors justifier son expulsion. »

Dans l’entourage du chef de prière, cette procédure est perçue comme « la volonté d’installer des imams à la française dans les lieux de cultes musulmans. Jusqu’à présent, la plupart viennent de l’étranger pour officier en », explique Attakwa, un proche de l’imam. Il précise, par ailleurs, que l’homme est parfaitement intégré. Même si, vivant en depuis deux décennies, il ne parle pas la langue de Molière.

Pour le ministère de l’Intérieur, la décision est parfaitement justifiée. « La préfecture du Var nous a transmis des éléments relatifs à des prêches radicaux et pouvant être assimilables à des appels à la haine », rappelle-t-on au cabinet du ministre.

La préfecture n’a quant à elle pas souhaité s’exprimer, refusant de communiquer sur des cas individuels. Même si ici, le cas est surtout très exceptionnel.

Source : Var Matin