Ours_russeEuropae Gentes

Article des Alter-européens publié le 26 février 2009


Dans un article remarquable paru sur le site du forum Carolus –allusion à l’Empire carolingien - Henri Grossouvre et Pierre Pascallon se livrent à une analyse courageuse sur la question de la défense européenne et la nécessité d’une alliance avec la Russie.


Les auteurs appellent de leurs voeux la réunion d’une conférence internationale pour remettre de l’ordre sur le Vieux Continent, et prendre en compte la « sécurité paneuropéenne ».

La Grande Europe

Les auteurs rappellent qu’en dépit des tergiversations actuelles, la « Grande Europe » existe historiquement et géographiquement de « l’Atlantique à l’Oural », pour reprendre la formule du général de Gaulle. Et la Russie est, pour l’essentiel, partie prenante de cette « Grande Europe », voire de la « Très Grande Europe » évoquée par Yves Lacoste, avec la « Russie européenne ».

Certes il est rappelé que  « la Russie est bien territorialement ce pays démesuré qui s’étend de la Baltique au Pacifique et qui peut, par suite, jouer un jeu oscillatoire entre l’Occident et l’Asie. Reste que ses réseaux essentiels, ses dynamismes les plus importants, sont en Europe, et ses échanges se font majoritairement avec ses voisins européens. Et si, donc, elle peut et elle doit, pour certains, être qualifiée d’« européenne » — avec Michel Strogoff — et d’« asiatique » — avec Gengis Khan — cette nation à cheval sur l’Europe et l’Asie est d’abord et surtout un État européen, à impliquer totalement dans le jeu européen ».

Après la chute du mur du Berlin et la dislocation de l’URSS, l’OTAN va tirer les marrons du feu, et exploiter la faiblesse de la Russie notamment par la politique de containement. L’émergence certes légitime de nations historiques – pays baltes – va être largement exploité par l’OTAN, non pas tant pour des raisons philanthropiques que pour les découpler de l’influence russe. On pense aux révolutions téléguidées en Georgie, Ukraine et des mouvements tels qu’OTPOR largement aidés par la CIA.

Mais ces rapports sont en train de changer depuis quelques années, et cette modification est à l’arrière-plan du conflit en raison du déclin relatif de l’hyperpuissance américaine. Il est relevé que l’on assiste parallèlement « au retour de la Russie comme acteur majeur de la scène internationale. En effet, sous l’impulsion de Vladimir Poutine, la Russie a retrouvé une croissance spectaculaire depuis 1999 (elle oscille entre 5 et 10 % par an), appuyée sur ses formidables ressources énergétiques (elle est ainsi reconnue, depuis 2003 (…) Le Kremlin, fort de ses « pétrodollars », multiplie, ces dernières années, les signes d’un renouveau de sa puissance militaire : missiles Topol-M d’une portée de 6 000 kilomètres à partir du cosmodrome de Plessets, déploiement naval en Méditerranée puis aux Caraïbes, etc. ». La leçon géorgienne a démontré que l’ours russe n’était pas encore totalement endormi et celui-ci a démontré qu’il y avait des chasses-gardées qu’il n’abandonnerait pas aussi facilement.

PARIS-BERLIN-MOSCOU

C’est donc dans cette perspective que « l’Union européenne et la Russie ayant intérêt à chercher ensemble leur salut » (1) — de veiller à arrimer pour de bon la Russie… européenne à… l’Europe. Bref, de travailler à la constitution d’un ensemble « euro-russe » — en retrouvant l’esprit de l’axe « Paris-Berlin-Moscou ».

L’OSCE

Selon les auteurs de cet article c’est l’OSCE qui peut constituer  l’instrument permettant d’avancer dans cette direction.

On rappelle Que   « l’OSCE est née — elle s’appelle alors CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe) — en 1975 à Helsinki, dans une des phases de détente qui ont scandé la guerre froide. Cette CSCE s’est institutionnalisée en tant que structure paneuropéenne de sécurité et de coopération lors du Sommet de Paris du 19 au 21 novembre 1990. C’est la seule institution ayant trait à la sécurité européenne dans laquelle se retrouvent les États-Unis et la Russie ».

Or, de fait, l’OSCE « n’est pas parvenue à jouer véritablement ce rôle de coordination et de supervision de la sécurité en Europe, les États-Unis parvenant peu à peu, dans la décennie 1990, à imposer l’Otan comme cadre de cette sécurité européenne ». Cependant,  la Russie a remis en avant (depuis le discours du président Medvedev à Berlin, le 5 juin 2008) « l’idée d’un nouveau « pacte de sécurité européen » qui reprend la « filiation » CSCE-OSCE de la décennie 90 ».

En dépit de sa philosophie atlantiste, Sarkozy reste un pragmatique Et semblerait selon Grossouvre  prendre  « en compte cette question de la « sécurité paneuropéenne », dans le cadre d’un prochain Sommet de l’OSCE, souhaité par le président de la République, à la mi-2009 » .

Nous pensons quant à nous que le diable porte pierre, et qu’il n’est pas inopportun de s’engouffrer dans la brêche pour peser plus en avant dans un sens de rapprochement avec la Russie. La route est longue et il appartient aux européens convaincus d’encourager un tel rapprochement avec nos frères russes. Dans cette optique le rapprochement entre Benoit XVI et les orthodoxes est bienvenu.

C’est par une avancée pratique et concrète que l’Europe se fera. L’article d’Henri de Grossouvre et de Pierre Pascallon a le mérite de le rappeler.