UCKSolidarité Kosovo

Article de Arnaud Borella publié le 11 mars 2009

Alors que l’opinion publique albanaise et Albano-kosovare est déjà acquise à cette idée de grande Albanie (mythifiée par les délires Illyriens d'Enver Hoxha) elle est encore officiellement taboue parmi les hommes politiques du Kosovo. Pourtant, l’Albanie intensifie les gestes diplomatiques  envers le Kosovo. L’autoroute Pristina-Tirana qui reliera les deux « capitales » est en phase de construction malgré les scandales financiers liés à la corruption qui ont éclaboussé cet ouvrage. L’Albanie a accepté sur demande du Kosovo, de permettre l’utilisation libre du port de Shengjin situé au nord de l’Albanie. Autre décision symbolique mais tout aussi inacceptable, le préfixe international du Kosovo ne sera plus celui de la Serbie (+381) mais celui de l’Albanie (+355) !

Aucune proposition de rattachement par référendum du Kosovo à l’Albanie n’a été proposée pour le moment. Et cela pour que la guerre du Kosovo n’apparaisse pas pour ce qu’elle est réellement : une guerre de conquête et non une guerre de libération. Cette idée de grande Albanie fait donc son bout de chemin, petit à petit, afin que le choc d’un accaparement d’une partie de la Serbie par l’Albanie ne soit pas trop violent. Le ministre des affaires étrangères albanais, Besnik Mustafaj, avait déjà émis l’idée d’un rattachement du Kosovo à l’Albanie en mars 2006 alors que le futur statut du Kosovo était en pleine discussion !

Cette déclaration avait provoquée l’émoi de la communauté internationale feignant l’étonnement. Pourtant ce projet était dans les tiroirs de tous les nationalistes albanais soutenus par les occidentaux. Le symbole de l’UCK, dont est issu l’actuel premier ministre du Kosovo Ashim Taçi, était d’ailleurs le drapeau albanais… Les stratèges de la grande Albanie ne souhaitent pas se contenter du Kosovo mais veulent le rattachement de toutes les zones où vivent des populations albanaises. L’UCK-M a été créé en Macédoine pour répondre à cette aspiration politique de manière violente. L’objectif était aussi de faire pression, par sa capacité de déstabilisation, sur les institutions internationales quant aux éventuelles décisions qu’elles prendraient sur le futur statut du Kosovo. On nous a fait miroiter le danger du pan-serbisme pendant des années amplifiant et déformant les faits pour, aujourd’hui, faire l’exact opposé avec le pan-albanisme.

Début janvier, une étape supplémentaire a été franchie, les douanes entre le Kosovo et l’Albanie ont été abolies, tandis qu’au même moment l’EULEX* renforce les taxes douanières et le contrôle aux frontières entre la Serbie et le nord du Kosovo. Ce « mini Schengen » balkanique doit entrer en vigueur dès cet été. Il pourrait s’étendre à d’autres pays de la région : le Monténégro et la Macédoine qui comportent eux aussi une forte minorité albanaise.

Le journal « l’Humanité » citait dans son article du 6 mars 2009 consacré au Kosovo les paroles d’une enseignante albanaise de Pristina : «La grande Albanie fait partie des rêves de tous les Albanais. Mais on sait aussi, au Kosovo, qu'il est trop tôt pour l'évoquer ». Et à l’ancien premier ministre du Kosovo et actuel député, Bajram Kosumi, de dire : « Ces fêtes (lors de l’indépendance du Kosovo Ndr) ont été celles du peuple kosovar. Mais aussi celles de la nation albanaise».

Lors des célébrations du premier anniversaire de l’indépendance du Kosovo, ce n’était pas le drapeau bleu et or imposé par l’ONU qui flottait à Pristina, mais l’aigle bicéphale noir sur fond rouge, symbole de l’Albanie. Les chants nationalistes albanais, interdits par l’ONU, étaient entonnés par une population albanaise en exalte. La propagande de guerre a voulu présenter les Albanais du Kosovo comme étant des « Kosovars », le combat de l’UCK comme une lutte de libération d’un peuple opprimé. Pourtant aujourd’hui, la vérité revient au galop. La lutte de l’UCK était une lutte nationaliste pan-albanaise, les « Kosovars » n’existent que dans les journaux occidentaux (ni les Albanais, ni les Serbes ne s’en revendiquant**) et le Kosovo est en train de devenir ni plus ni moins qu’une région d’Albanie.  Voilà une belle leçon de machiavélisme américain menée à terme.

*EULEX est une mission de l’Union Européenne qui  a pour but d’aider le Kosovo à devenir un état de droit. Elle remplace petit à petit la mission de l’ONU (MINUK).

**Sur le forum Pristhina-TEAM, Bardhi, un étudiant, déclare : « si les Albanais du Kosovo deviennent
des Kosovars, je me ferai recenser en tant que membre de la minorité albanaise vivant au Kosovo
. »