Obama_3Philippe Randa

La question n’était pas de savoir « si » il arriverait à nous faire regretter Jacques Chirac, mais « quand » !
Aujourd’hui, avec ses déclarations sur le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan, Nicolas Sarkozy prouve également qu’il appartient à ces gens si bien définis en son temps par Michel Audiard : ils osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît !

Et nous faire regretter son prédécesseur à la tête de l’État français ne suffisait sans doute pas à l’actuel locataire de l’Élysée ! Faisant d’une pierre, deux coups, il nous rend nostalgique de Charles De Gaulle lui-même et de sa politique étrangère ! Au moins, reconnaissons qu’à défaut d’honorer la France, il fait de méritoires efforts pour tenter de rassembler les Français… contre lui !

Lorsqu’il prit la décision de retirer notre pays de l’Alliance atlantique, le général De Gaulle avait alors ouvert quatre décennies d’« exception française » qui nous avait permis d’affirmer une autonomie nationale en pleine guerre froide, appuyée sur notre force de frappe nucléaire.

Rappelons le premier point du Mémorandum du 17 septembre 1958 qu’il adressa au président des États-Unis d’Amérique et au Premier ministre du Royaume-Uni : « L’Alliance atlantique a été conçue et sa mise en œuvre est préparée en vue d’une zone d’action éventuelle qui ne répond plus aux réalités politiques et stratégiques. Le monde étant tel qu’il est, on ne peut plus considérer comme adaptée à son objet une organisation telle que l’OTAN qui se limite à sa sécurité de l’Atlantique nord, comme si ce qui se passe, par exemple, au Moyen-Orient ou en Afrique n’intéressait pas et immédiatement l’Europe, et comme si les responsabilités indivisibles de la France ne s’étendaient pas à l’Afrique, à l’Océan indien et au Pacifique, au même titre que celles de la Grande-Bretagne et des États-Unis. D’autre part, le rayon d’action des navires et des avions et la portée des engins rendent périmé un système aussi étroit. Il est vrai qu’on avait d’abord admis que l’armement atomique, évidemment capital, resterait pour longtemps le monopole des États-Unis, ce qui pouvait paraître justifier qu’à l’échelle mondiale les décisions concernant la défense fussent également déléguées au Gouvernement de Washington. Mais sur ce point, également, on doit reconnaître qu’un pareil fait admis au préalable ne vaut plus désormais dans la réalité. »

On jugera ainsi de la pertinence des arguments de Nicolas Sarkozy pour justifier la véritable dhimmitude diplomatique et militaire dans laquelle il remet la France : « Notre rapprochement avec l’Otan conforte l’indépendance nationale et notre éloignement proclamé, mais non réalisé avec l’Otan limite notre indépendance nationale ».

L’intégration dans l’OTAN privait – et va de nouveau priver de fait – la France de moyens autonomes et aujourd’hui, comme il y a quarante ans, risque de l’entraîner dans des conflits qui ne sont pas les siens. En 1966, il s’agissait de l’engagement américain au Vietnam. Aujourd’hui, l’Amérique guerroie en Afghanistan et en Irak. Son allié israélien massacre à Gaza… Demain, où nous obligera-t-on à mourir ? Quel crime de guerre ou contre l’humanité nous obligera-t-on à cautionner ?

Est-ce que ce sera en Iran ? Certains obsédés du « dérouillage de bougnoules » en bavent certes déjà d’excitation.

Mais s’il était après-demain question pour l’oncle Sam d’en découvre avec la Russie ou la Chine ou même, sait-on jamais, avec l’Inde ou le Pakistan ? Il s’agit tout de même de cinq puissances nucléaires dont seule la dernière citée est actuellement alliée de l’empire américain ; mais le sera-t-elle éternellement ?

Les mêmes yankeephiles rétorqueront sans doute que le président Barack Obama a promis une politique d’ouverture avec tous les pays en froid avec « son » Monde auto-proclamé libre… Certes, c’est rassurant… Tout comme en 2001, le candidat Georges W. Bush avait axé sa campagne électorale sur ses promesses d’abaisser substantiellement le niveau d’engagement extérieur des États-Unis, conformément à la tradition isolationniste du Parti républicain.

Le diable en rit encore…