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Article de Christophe Cornevin publié le 16 mars 2009

Les tirs au fusil prenant pour cible les policiers seraient-ils en train de devenir monnaie cou­rante dans les quartiers sensibles ? Cette interrogation, iconoclaste il y a encore quelques années, n'est plus dénuée de sens après le violent guet-apens orchestré aux Mu­reaux, dans la nuit de samedi à dimanche. Dès 20 heures, des habitants des cités des Musiciens et de la Vigne blanche, dans les Yvelines, signalent aux secours une coupure de courant simultanée dans chacun de leur quartier. «Cette interruption de l'électricité était a priori sans raison déterminée, décrypte-t-on à la sécurité publique. Nous pensons qu'elle était préparatoire à des actions violentes

Dans la foulée, des automobilistes avertissent police secours que des bandes d'inconnus souvent mineurs se forment en divers endroits. Des brigades anticriminalité (BAC), des compagnies d'intervention et des CRS convergent vers le périmètre. «D'emblée, les rassemblements ont été hostiles», note un fonctionnaire. Intervenant sur un incendie de voiture, plusieurs membres des forces de l'ordre essuient une volée de pierres lancées et se dégagent en ripostant avec des grenades lacrymogènes. La tension est à son pa­ro­xysme vers 21 h 15, lors de la dispersion d'une trentaine d'émeutiers. «En retrait, un tireur armé d'un fusil de chasse a ouvert le feu à plusieurs reprises, droit sur nos effectifs», explique un commissaire.

«Tirés comme des lapins»

Sur les vingt-quatre policiers visés par du petit plomb, quatorze ont été épargnés grâce à leurs protections et dix ont été légèrement touchés dans leur chair . Dans la soirée, quarante cocktails Molotov prêts à l'emploi ont été retrouvés non loin de là. Dimanche, un mineur de 15 ans soupçonné d'avoir lancé des pierres a été placé en garde à vue à la sûreté départementale.

Imputable à la mort d'un trentenaire des Mureaux abattu il y a une semaine après avoir forcé un barrage en Seine-et-Marne, cette flambée de violence intervient alors que la haine «antiflic» croît en banlieue. Elle était soudain montée d'un cran à Villiers-le-Bel en novembre 2007 : quelque 82 mem­bres des forces de l'ordre tombés dans un traquenard avaient été blessés en 24 heures, dont certains par armes à feu. Un policier avait été atteint de 18 plombs dans le corps, un autre avait été touché à une pommette et aux yeux en dépit de son casque de protection, un troisième avait reçu du plomb dans la tempe. Les émeutiers avaient alors tiré au fusil à pompe sur les commandants d'unité, les opérateurs radio et les lanceurs de grenades. Le 4 mars 2008, les forces de l'ordre avaient essuyé des tirs à la Grande Borne, à Grigny (Essonne).

La veille, cinq policiers avaient déjà été atteints aux plombs de chasse à Viry-Châtillon (Essonne). Plus récemment, une dizaine de policiers et de gendarmes ont été blessés lors des houleuses manifestations menées en Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion. «Au départ, c'était des pierres, mais la menace va crescendo jusqu'à de­venir insupportable, prévient Frédéric Lagache, secrétaire national du syndicat de police Alliance. Nous, comme nos collègues pompiers ou gendarmes, n'accepterons plus d'être tirés comme des lapins . Il y a un an, nous avons demandé à la Chancellerie que des peines de prisons ferme soient infligées d'em­blée aux agresseurs de policiers et de gendarmes. Faut-il un drame pour que notre démarche obtienne enfin une réponse ?» De son côté, l'Unsa-police en appelle à « des sanctions exemplaires» tandis que Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat gé­néral de la police (SGP-FO) se dit «très inquiet de cette montée de violence organisée et armée».

Dimanche soir, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, s'est rendue aux Mureaux pour rencontrer les policiers de terrain. Au même moment, une mobilisation accrue était de mise autour du commissariat de Montgeron (Essonne), attaqué dans la nuit à l'arme de chasse. Là encore, une cinquantaine de plombs ont été relevés sur la porte du poste de police.