Renault_Clio2

Reuters

édition du 20 mars 2009

Paris (Reuters) - Bruxelles réclame des explications à la France après l'annonce par Renault de l'augmentation de la production de modèles Clio 2 dans son usine de Flins, ce que le gouvernement français a présenté comme un "rapatriement".

Renault a dit qu'il produirait davantage de Clio 2 à Flins pour faire face à une hausse de la demande et parce que la production du site de Novo Mesto, en Slovénie, avait déjà été portée à trois équipes et qu'il n'était pas possible d'aller au-delà.

Le secrétaire d'Etat à l'Industrie et porte-parole du gouvernement Luc Chatel a déclaré y voir un premier résultat, parmi d'autres, des mesures françaises de soutien à l'industrie automobile.

"Aujourd'hui le groupe Renault va annoncer le rapatriement de la production d'un véhicule jusqu'à présent réalisé hors de France dans l'usine de Flins, ce sera un surplus d'activité pour cette usine" a-t-il dit en début de journée sur Europe 1 avant la confirmation officielle par Renault.

La commissaire européenne à la Concurrence, Neelie Kroes, s'est dite "très surprise" par ces déclarations laissant entendre que l'aide de l'Etat à Renault avait contribué à la relocalisation d'emplois en France, ce qui constituerait une entrave aux règles communautaires.

"Si c'est le cas, il s'agirait d'une aide illégale", a déclaré la commissaire européenne sur la BBC, ajoutant qu'elle avait demandé des explications à Luc Chatel.

"Je suis très surprise par ces propos d'une personne (...) qui m'a écrit il n'y a pas si longtemps, moins de quinze jours, pour me dire que les accords sur des prêts aux constructeurs ne prévoyaient aucune condition portant sur la localisation de leurs activités ou la préférence pour des fournisseurs basés en France", a-t-elle ajouté.

La Commission européenne a fait savoir qu'elle demanderait des explications à la France.

Son président, José Manuel Barroso, a toutefois déclaré que rien ne confirmait pour le moment que les mesures d'aide de l'Etat français enfreignaient les règles communautaires.

"Il appartient évidemment aux entreprises de décider où elles souhaitent investir", a-t-il précisé.

De son côté, le président français Nicolas Sarkozy s'est félicité de la décision de Renault tout en assurant qu'aucun emploi ne serait supprimé en Slovénie.

"Il se trouve donc que l'usine de Slovénie tourne à plein", a-t-il expliqué, "donc il ne s'agit pas de supprimer des emplois en Slovénie. Je veux que les choses soient claires".

"Ça ne prend pas un emploi à nos amis slovènes et ça en redonne à Flins. (...) C'est exactement ce que je souhaitais", a-t-il ajouté lors de la conférence de presse de clôture du sommet européen qui s'est tenu jeudi et vendredi à Bruxelles.

Le chef de l'Etat a souligné que les primes à la casse adoptées par plusieurs pays profitaient essentiellement aux petits modèles, ce qui avantage, selon lui, les constructeurs français.

Renault compte produire dans son usine des Yvelines, de juin à octobre, 8.000 Clio 2 contre 6.900 environ en 2008, un surcroît de production qui permettra de créer 400 emplois temporaires, remplis en interne ou en ayant recours à l'intérim. "Renault proposera aux salariés des autres sites de pourvoir temporairement ces postes", a déclaré le groupe.

"Grâce à la prime à la casse, nous avons constaté une augmentation des ventes pour des modèles tels que la Clio, la Twingo, la Modus", a expliqué une porte-parole de Renault. "Flins et Novo Mesto sont des vases communicants".

La porte-parole a ajouté que les postes seraient proposés aux personnels de Sandouville, touchés par la baisse des ventes de la Laguna, ou de Cléon, site qui produit des boîtes de vitesse et des moteurs.

La Clio 3 a succédé en 2005 à la Clio 2, mais un modèle de la génération précédente continue d'être commercialisé, la Clio 2 Campus. Renault a décidé de laisser cohabiter les deux familles car elles peuvent s'adresser à des publics distincts: la Clio 2 Campus est plus petite et moins chère.

Renault a vendu 300.000 Clio 3 en Europe et 51.600 Clio Campus, sont 23.000 rien qu'en France.

La relance d'un modèle ancien permet à un constructeur de vendre une voiture moins chère durant la crise, sans attaquer les prix et les marges du modèle le plus récent.

PSA Peugeot  Citroën continue par exemple de produire et de vendre la Xantia Picasso tout en construisant le C4 Picasso Citroën pour Citroën, plus récent et plus cher.