saint_pierre_miquelonL'Express

Article de Matthieu Deprieck publié le 26 mars 2009

La collectivité française, au large des côtes canadiennes dans l'océan Atlantique, demande au gouvernement de déposer une demande d'extension de son plateau continental. Sans zone d'exploitation maritime assez vaste, l'archipel ne parvient plus à vivre de la pêche. A l'horizon pointent d'éventuelles fâcheries avec le Canada.

Pour l'extension du plateau continental à Saint-Pierre-et-Miquelon. Dit comme ça, le combat politique des élus de cette petite île au large du Québec sonne comme une thèse universitaire, longue à lire, difficile à décrypter. C'est pourtant le point de départ de ce qui pourrait être un conflit diplomatique entre le Canada et la France, le prolongement d'un problème vieux de vingt ans qui pourrait vider Saint-Pierre-et-Miquelon de sa population.

Pour bien comprendre l'enjeu de cette demande d'extension, il faut remonter à 1988. Au mois d'avril, des pêcheurs et élus français embarquent à bord du chalutier "Croix-de-Lorraine". Direction les eaux canadiennes avec un but: pêcher dans la zone de leur voisin pour les forcer à reconnaître l'accord de 1972. Celui-ci prévoyait notamment que le Canada permette à quelques bateaux de poursuivre leur pêche dans certaines de leurs zones. La réponse canadienne est ferme: l'équipage français se retrouve derrière les barreaux pendant deux jours.

L'archipel risque de perdre sa principale ressource économique

Suite à cet incident, les deux Etats acceptent de passer par un arbitrage international pour délimiter les zones d'exploitation de chacun. En 1992, la commission rend ses conclusions: la France perd beaucoup. Sur les 47 000 km² réclamés, elle n'en obtient que 12 400. Aujourd'hui, Saint-Pierre-et-Miquelon relance le sujet et demande officiellement à Nicolas Sarkozy de demander une renégociation de cette zone d'exploitation.

Pour Annick Girardin, député PRG de l'archipel, la situation est grave. Dans une lettre adressée à l'Elysée, elle écrit: "La zone (maritime) française de dimension excessivement modeste -et enclavée dans le ZEE (zone économique exclusive) canadienne- ainsi que la raréfaction des espèces, ont donc décapité une activité sur laquelle reposait l'économie de l'archipel. Le bilan de la pêche artisanale, en 2008, est famélique, -11%".

C'est donc tout un territoire français qui se trouve aujourd'hui menacé. Alors que les DOM se sortent péniblement d'une grève générale largement médiatisée, Saint-Pierre-et-Miquelon cherche lui-aussi à attirer les regards. Denis Detcheverry, sénateur UMP, insiste sur le fait que les 6500 Saint-Pierrais et Miquelonnais, "ne vivent plus de leurs propres productions, mais de l'assistanat. Nos ancêtre bretons et basques ne se sont pas battus cinq siècles durant pour qu'aujourd'hui nous en soyons à quémander de l'argent".

Soutien de ce combat, le navigateur Gérard d'Aboville assurent que tous "veulent s'en sortir seul". Encore faut-il qu'ils en aient les moyens.

Messieurs les Canadiens, "faites nous une petite place"

Que se passera-t-il si la France demande formellement une extension ? Des négociations prévues pour durer "trois, quatre ans", selon Annick Girardin, s'enclencheront. Comment pourraient-elles échouer ? La député "redoute une position très ferme du gouvernement canadien. Si la France et le Canada déposent tous les deux un dossier, la commission d'extension ne statuera pas. Comme en 1992, un arbitrage international viendrait alors trancher la question".

Derrière cette question de droit maritime s'inscrivent en filigrane de multiples sources de fâcheries entre le Canada et la France: quotas de pêches, chasse aux phoques, exploitation d'hydrocarbures. Bernard Le Soavec, coordinateur du "Collectif pour la défense du plateau continental", va plus loin encore: "face au Canada, la France doit exercer sa souveraineté nationale." Annick Girardin lance elle un message à ses voisins: "Ce ne sont pas 6500 habitants qui vont ruiner l'économie canadienne, alors faites-nous une petite place."

Note YR : Le gouvernement du Canada à réagit de cette façon à l'annonce faite par Michelle Alliot-Marie hier de déposer une lettre d'intention aux Nations unies pour revendiquer le droit de l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon de développer son économie en ayant un plus grand accès aux sous-sols de l'océan Atlantique, qui regorgeraient de ressources pétrolières, gazières et marines : " le Canada prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre et protéger ses droits sur le plateau continental canadien. A plusieurs reprises, et tout récemment encore, le Canada a fait part à la France du fait qu'il ne lui reconnaît aucune zone de plateau continental dans l'Atlantique Nord-Ouest au-delà de celle comprise dans la zone délimitée par la sentence arbitrale du 10 juin 1992 ". Nicolas Sarkozy va-t-il envoyer nos navires de guerre au large de Terre-Neuve ?