ChanLe Point

Propos recueillis par Marc Vignaud publiés le 12 juin 2009


Malgré       le passage au niveau 6 d'alerte de l'OMS     , la France a maintenu       son dispositif au niveau 5A   . Interrogé par lepoint.fr, Bruno Lina, directeur du Centre national de référence du virus de la grippe, explique les raisons de cette décision.
 
  lepoint.fr : Pourquoi la France ne s'aligne-t-elle pas à la décision de l'OMS ?  

Bruno Lina :   Le niveau 6 de l'OMS correspond à une description d'un phénomène épidémiologique, c'est-à-dire la diffusion du virus à un rythme élevé dans différentes parties du monde d'une manière non contrôlée. Ce n'est absolument pas le cas en France. Le passage au niveau 6 dans l'Hexagone impliquerait la fermeture des écoles. Pourquoi fermerait-on les établissements scolaires alors qu'il y a à peine 80 cas depuis le début de cette pandémie ? Il est logique de ne pas élever le niveau d'alerte en France, comme il est logique de le relever en Australie, au Chili ou encore au Royaume-Uni.
 
  lepoint.fr :   Doit-on craindre, comme le prédisent plusieurs experts, une épidémie de grippe A à l'automne en France ?  
 
B. L. :
Ce n'est pas une "crainte", c'est une certitude. C'est bien un des messages du passage de l'OMS au niveau 6. La France n'échappera pas à une épidémie de grippe A cet automne. Il y a toute une série de mesures qui vont se mettre en place et qui sont censées réduire son impact. Il faut être vigilant pour qu'on l'on puisse réagir très vite lorsqu'elle sera là. C'est ça qui compte. On ne sait pas quand l'épidémie va précisément commencer. Mais plus elle débutera tard, mieux ce sera. Ça nous laisse du temps pour s'organiser.
 
  lepoint.fr :   Quels sont les scénarios possibles ?  

  B. L. : On peut tout imaginer. Le virus peut devenir hypervirulent parce qu'il échangerait du matériel génétique avec le H5N1, c'est-à-dire la grippe aviaire. Il pourrait aussi échanger avec le virus humain. Dans ce cas-là, il devrait perdre en virulence, car aujourd'hui, la grippe humaine est moins virulente que la grippe mexicaine. En revanche, il peut ainsi gagner en résistance aux antiviraux parce qu'une partie des virus de la grippe saisonnière observés l'année dernière était résistante. Ce serait une mauvaise nouvelle. Le dernier scénario-fiction, c'est que ce virus, en s'adaptant à l'homme de plus en plus, ait une infectivité, c'est-à-dire un taux d'attaque qui augmente. C'est ce qu'on a observé au cours des autres pandémies. Mais il faut considérer l'ensemble des hypothèses. Et imaginer que ce virus devienne subitement un virus qui tue 10 fois plus de personnes, c'est très peu vraisemblable.
   
    lepoint.fr :     Comment se prépare-t-on en France ? Y a-t-il un stock suffisant de masques ?  

  B. L. : Le problème des masques, c'est qu'ils ont des dates de péremption qui ne sont pas logiques. On va donc faire des tests pour vérifier qu'ils sont encore efficaces. Si c'est le cas, on les réemballera dans de nouvelles boîtes. En attendant ces tests, on a passé des commandes pour acquérir de nouveaux masques. Il y en aura suffisamment.
 
  lepoint.fr :   Qu'en est-il des masques à destination du personnel médical ?  

  B. L. : En ce qui concerne les dispositifs de protection respiratoire, c'est-à-dire les masques FFP2, il y a effectivement un risque de péremption, notamment au niveau de l'élastique en caoutchouc qui doit avoir une certaine tonicité. Il y a aussi un filtre à l'intérieur. Il faut s'assurer qu'il n'est pas encrassé par de la poussière. Des stocks sont immédiatement disponibles. D'autres sont périmés : on ne les utilisera pas. On va probablement en recommander, mais cela coûte de l'argent.
 
      lepoint.fr : Concernant les aéroports, ne faudrait-il pas confiner les passagers ?    

    B.L :   Il faut avoir un peu de sens pratique, c'est quelque chose d'irréalisable. Certains pays utilisent, par exemple, des caméras thermiques. Ce sont des systèmes qui ne marchent pas forcément très bien. Le plus simple, c'est de dire à ceux qui pensent être malades : C ontactez le centre 15, appelez les services de soins des hôpitaux et on vous prendra en charge, plutôt que de retenir les gens qui sont déjà fatigués de leur voyage et qui, pour la quasi-totalité, ne sont pas affectés par le virus.
 
  lepoint.fr : Et pour les antiviraux ?  

  B. L. : On a suffisamment d'antiviraux. Mais le vaccin est la pierre angulaire de la lutte contre la maladie. Si on a le temps de vacciner une part importante de la population française, ou au moins les populations à risque, on réduira l'impact de la pandémie.
 
  lepoint.fr :   Quand pourra-t-on lancer la campagne de vaccination ?  

  B. L. : Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que les possibilités de vaccination sont importantes : l'ensemble des producteurs de vaccins se sont mobilisés pour pouvoir les produire et les utiliser en temps utile dans l'hémisphère nord. Plusieurs assurent avoir déjà commencé le processus de production et la validation des premiers lots qui serviront de tests pour vérifier que ces vaccins sont vraiment efficaces et qu'ils sont sans danger. À partir de là, on pourra entamer la campagne de vaccination. J'imagine toutefois mal que l'on puisse y arriver avant septembre.