KhameneiBernard Antony

Article de Louis Chagnon publié le 19 juin 2009

L’Iran est actuellement secoué par des manifestations quotidiennes des partisans de Mir Hossein Moussavi qui contestent le résultat des élections présidentielles remportées par le président sortant Mahmmoud Ahmadinejad
. À la lecture des informations qui nous parviennent, il semblerait qu’effectivement le scrutin ait été ponctué de nombreuses irrégularités mais à notre avis Mahmmoud Ahmadinejad a bien remporté ce scrutin grâce aux voies de la paysannerie qu’il a subventionnées grâce à des allocations, mais dans des proportions certainement beaucoup moins favorables que les résultats officiels ne le prétendent. Cela ne serait pas une originalité dans l’histoire que de constater une opposition entre une population rurale peu instruite et conservatrice et une population urbaine beaucoup plus diplômée et progressiste.

Mais l’important n’est pas là, l’enjeu de l’élection est en fait de peu d’importance pour la simple et bonne raison que le véritable chef de l’Iran n’est pas le Président de la République iranienne mais le Guide suprême de la Révolution islamique qui occupe ses fonctions à vie, ce fut l’ayatollah Khomeini jusqu’à sa mort en 1989 et ce poste est occupé depuis par l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei.

Qui est le candidat Mir Hossein Moussavi ? Il a été le Premier ministre de la République islamique de 1981 à 1989, sous l’autorité directe de Khomeini, puis de celle de Seyyed Ali Khamenei lorsque celui-ci est devenu Président de la République iranienne (1981-1989). Architecte et artiste peintre, il est le président de l'Académie iranienne des arts, membre du Conseil de discernement [ce conseil arbitre les litiges apparus entre le parlement et le Conseil des gardiens], du Haut Conseil pour la révolution culturelle et il siège au Conseil d'Évaluation dont la fonction est de sélectionner les candidats aux diverses élections.

Mir Hossein Moussavi n’occupe plus de poste politique de premier plan depuis des années mais il a conseillé les présidents Akbar Hachemi Rafsandjani (1989-1997) et Mohammed Khatami (1997-2005). Mir Hossein Moussavi n’a rien d’un démocrate et s’il a gagné la confiance de la jeunesse urbaine c’est principalement en raison de sa promesse d’abolir la police des mœurs dont les principales victimes sont les jeunes iraniens et en raison de la présence de sa femme, l’universitaire Zahra Rahnavard, à ses côtés lors des réunions publiques ce qui est exceptionnel dans le paysage politique de la République islamique. Celle-ci a publiquement critiqué le sort réservé aux femmes dans la société iranienne. Quant au dossier nucléaire, Mir Hossein Moussavi s’est dit prêt à entamer des pourparlers avec le groupe des « Six » (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) sans pour autant renoncer au programme nucléaire iranien mais en garantissant qu’il ne serait pas utilisé à des fins militaires. Il a fait de la politique économique une priorité en promettant de faire baisser l’inflation qui est supérieure à 25 % par an et en critiquant l’utilisation faite par Mahmoud Ahmadinejad des revenus pétroliers.

Si Mir Hossein Moussavi a présenté un programme électoral comportant certaines avancées pour les Iraniens il n’a jamais eu pour objectif de renverser le régime des ayatollahs, c’est un pur apparatchik de la société instaurée par les religieux chiites.

Quel sens donner à sa candidature ? D’après certains observateurs si Mir Hossein Moussavi a été autorisé à se porter candidat aux élections présidentielles contre Mahmmoud Ahmadinejad ce fut sous les auspices de Seyyed Ali Khamenei et de ses conseillers dans le but de contrecarrer l’effet Obama. L’islamophilie du président des États-Unis affichée dans ses discours a provoqué et justifié le développement d’un mouvement préconisant une réconciliation avec les États-Unis et l’Occident. Pour éviter que ce courant pro-occidental ne continue à se développer une stratégie aurait été élaborée qui aurait consisté à autoriser Mir Hossein Moussavi à incarner une ligne libérale pour mieux le faire battre par Mahmmoud Ahmadinejad ce qui aurait cassé net le développement de ce pro-occidentalisme dans la population iranienne. Mais cette stratégie a échoué car Seyyed Ali Khamenei et ses conseillers auraient sous-estimé la soif de changement des élites urbaines iraniennes, le vote en faveur de Mir Hossein Moussavi a pris trop d’ampleur d’où les manifestations actuelles qui contestent l’élection de Mahmmoud Ahmadinejad.