vendredi 3 juillet 2009
Crime organisé dans les Balkans : la crise connaît pas
Le Nouveau NH
Article de Michel Dantan publié le 2 juillet 2009
En quelques années, le Kosovo s’est hissé au sommet du crime organisé
dans les Balkans, et la prospérité de ses réseaux profite à présent
aussi bien de l’instabilité chronique qui règne dans cette région de
l’Europe que de la crise économique et financière qui ne fait qu’en
accroître les déséquilibres.
A en croire le géo politologue Ioannis
Michaletos dont la boîte à idées américaine, le « Réseau pour la
sécurité Mondiale » a recueilli les réflexions sur son site internet,
les mafias albanaises sont aujourd’hui à même d’imposer leurs règles du
jeux, tant aux gouvernements locaux qu’aux institutions internationales
chargées pourtant de faire prévaloir les standards démocratiques à tous
les échelons des pays concernés. Plaque tournante de tous les trafics
illicites, refuge des principaux bosses des organisations mafieuses de
la région, épicentre d’un maillage criminel qui contrôle les antennes
aussi bien à Milan, Zurich, Vienne ou Copenhague, le Kosovo est engagé
dans une spirale qui en fait le trou noir des Balkans.
Un rapport daté
de 2004 signalait déjà comment une partie de l’aide internationale à la
reconstruction échouait dans les poches des mafias. Certaines de ses
figures de proue se retrouvent à présent à la tête d’entreprises crées
de conserve avec des fonctionnaires de l’ONU, ce qui a permis de
renforcer leurs structures dans les circuits de l’économie locale.
D’ailleurs à lire l’article, tout se tient. Ainsi le Monténégro devenu
indépendant offre à présent avec sa façade maritime la profondeur
stratégique qui manquait au crime organisé pour améliorer le rendement
de ses trafics.
Par ailleurs, les profits accumulés par milliards par
le crime organisé seront inévitablement recyclés dans des activités
légales grâce aux institutions financières et partant renforceront
l’emprise des mafias sur les économies locales en leur conférant un
verni de respectabilité.
L’élargissement à deux reprises récemment
d’Agim Ceku, l’ex premier ministre kosovar,placé pourtant sous mandat
d’arrêt international à la demande des autorités serbes, l’impunité au
Kosovo des principaux chefs de clans mafieux qui circulent dans les
allées du pouvoir, la mise en échec, à la suite de coups tordus, de
l’enquête menée par les services secrets allemands du BND sur la
corruption régnant dans les sphères du pouvoir à Pristina constituent
autant de preuves du manque de volonté qui anime toujours la communauté
internationale face au crime organisé au Kosovo.
Tout l’effort de
l’Eulex chargée de rétablir l’état de droit au Kosovo semble s’être
focalisé aujourd’hui sur le contrôle des postes administratifs qui
séparent le Nord du Kosovo avec la Serbie, afin à terme de prélever des
taxes douanières sur les marchandises qui circulent dans les deux sens.
Les serbes ne veulent pas en entendre parler, et manifestent depuis
plusieurs semaines en bloquant sporadiquement les principaux axes
routiers qui y conduisent, car disent leurs représentants, il n’est pas
question pour eux d’alimenter les finances d’un État qu’ils ne
reconnaissent pas. Les caisses de qui pourrait-on ajouter.