jeudi 12 novembre 2009
Berlin, 20 ans après, on fête quoi ?
Le journal du Chaos
Article de Patrick Parment publié le 10 novembre 2009
Peut-être
qu'Angela Merkel voulait une fête marquant sa réélection comme
chancelière. Les dix ans de la chute du mur étant passés inaperçus,
c'était l'occasion de donner du lustre aux 20 ans.
Je pense que
c'est Hubert Védrine - sur France 2 - qui a eu le mot juste : il
faudrait arrêter avec toutes ces commémorations qui commencent à nous
gaver. Ressasser ainsi le passé évite d'affronter l'avenir. Et Karl
Lagerfeld, le couturier, toujours sur la même chaîne, de surenchérir :
on fête quoi, exactement ?
La chute d'un système, le communisme,
symbolisé par ce mur ou la réunification allemande ? La réunification,
somme toute, ça ne regarde que les Allemands, et nous sommes contents
pour eux. Mais elle se fait dans la douleur, me semble-t-il. Pour ce
qui est de la chute du communisme, si l'événement est heureux, car
par-delà bien des difficultés, il a permis d'accoucher de la Russie de
Poutine, d'un autre côté il consacre aussi la victoire du libéralisme
anglo-saxon et de la mondialisation. Ce qui est tout de même nettement
moins heureux.
Ces 20 ans n'effacent pas non plus, 50 ans
d'occupation par les troupes américaines, anglaises et françaises, et
les 50 ans durant lesquels l'Europe a été (et l'est toujours) à la
traîne des Américains. 50 ans aussi que le cinéma américain et européen
se chargent de voir dans l'Allemand, le nazi qui sommeille. 50 ans
qu'on maltraite les Allemands au point d'ailleurs qu'ils se maltraitent
eux-mêmes. 50 ans que l'Allemagne ne vit qu'à travers sa réussite
économique et plus du tout à travers le génie de sa culture et de son
âme. Ce bleu à l'âme se traduit par un dramatique déficit
démographique. On peut être rassuré, ce même déficit atteint l'Europe
entière et la Russie.
C'est la raison pour laquelle cette petite
sauterie a un goût amer. On préférerait que les Européens se
réveillent, larguent enfin les amarres et se forgent de nouveau un
destin.
