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Article de
Jean-Pierre Tuquoi publié le 9 février 2010

L'année 2010 commence sur une bonne nouvelle pour les relations économiques franco-algériennes. Le groupe Renault devrait annoncer prochainement la construction d'une usine automobile à Rouiba, dans la banlieue de la capitale. Implantée sur un site où une entreprise publique, la Société nationale des véhicules industriels (SNVI, l'héritière de Berliet), construit des camions et des autobus, elle aura pour vocation d'assembler trois modèles de véhicules : la Logan et la Sandero (de la marque Dacia, la filiale roumaine de Renault) et la Symbol (une berline actuellement fabriquée en Turquie). Quelque 50 000 véhicules devraient sortir des chaînes chaque année, tous destinés au marché national. Contacté, Renault Algérie n'a pas précisé le montant de son investissement financier mais, selon une source proche du dossier, "il dépassera plusieurs dizaines de millions d'euros".

Le groupe automobile ne sera pas seul. La loi algérienne impose, depuis l'été 2009, un partenaire local, majoritaire au capital de toute entreprise nouvelle. Ce sera la SNVI. Elle mettra à disposition le site mais Renault, actionnaire à hauteur de 49 %, gérera l'ensemble.

Pour l'entreprise française, l'implantation d'une usine d'assemblage (même pour des modèles bas de gamme) devrait lui permettre de consolider sa place de numéro un sur le marché automobile local. Avec 56 000 véhicules vendus en 2009 (39 000 sous la marque Renault ; 17 000 sous l'étiquette Dacia), le groupe contrôle à peu de choses près le quart du marché national. "Il ne pouvait pas se maintenir à ce niveau sans un investissement local. D'autant qu'Alger n'a pas apprécié l'annonce de la construction d'une usine Renault à Tanger, au Maroc, même tournée vers l'exportation", note un diplomate.

Pour l'Algérie, le projet de Renault - qui doit encore recevoir le feu vert du Comité national de l'investissement, une structure interministérielle - est aussi une bonne nouvelle. Depuis des années, Alger souhaite "développer une filière automobile", rappelle un ministre d'Etat, Abdelaziz Belkhadem. L'objectif est en passe d'être atteint.

Ce projet intervient après une année 2009 marquée par des relations politiques médiocres. Elle s'est achevée sans que le président, Abdelaziz Bouteflika, concrétise son projet de visite officielle en France. "A ce jour, elle n'est pas inscrite au calendrier", confie le ministre des affaires étrangères algérien, Mourad Medelci, dont, par ailleurs, la rencontre avec son homologue français, Bernard Kouchner, prévue à la mi-janvier, a été reportée à des jours meilleurs. Et pour cause : Alger a peu apprécié d'apprendre que ses ressortissants en visite en France étaient soumis aux mêmes contrôles, depuis un an, que les Afghans et les Yéménites, dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Les relations économiques ne souffrent pas de ce refroidissement. L'Algérie est le troisième client de la France, hors pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). "Et le solde de nos échanges est largement positif. Il a dépassé 2 milliards d'euros en 2009, malgré une diminution sensible de nos exportations due à la crise", souligne-t-on côté français. Les mesures prises par Alger (dont la quasi-suppression du crédit à la consommation) pour réduire les importations, multipliées par deux en quelques années, n'ont finalement eu qu'une incidence limitée sur les échanges.

Jugée excessive, la part de marché française (16 %) fait grincer des dents à Alger. "Il nous faut bâtir une économie moins dépendante des hydrocarbures. Vos entreprises doivent investir, produire sur place et ne plus se contenter d'écouler chez nous des marchandises fabriquées ailleurs", souligne M. Medelci, naguère chargé des finances.

Les autorités françaises, régulièrement interpellées sur ce thème, alignent des chiffres : 300 millions d'euros d'investissements en moyenne chaque année depuis 2005 (hors hydrocarbures), des dizaines de milliers d'emplois créés... "Nous sommes le premier investisseur étranger, hors hydrocarbures", souligne-t-on à l'ambassade de France. Cependant, le reproche reste. "Vous prenez beaucoup d'argent sur notre marché", fait valoir M. Belkhadem. Avec l'installation d'une usine Renault, cette querelle devrait s'apaiser, au moins un temps. Il reste à savoir si les relations politiques bénéficieront de cette embellie.