Picsou_plongeonLe journal du Chaos

Article de Patrick Parment publié le 20 février 2010

Je sais bien qu'il est de bon aloi de s'indigner du salaire de certains grands patrons. Qu'est-ce qui justifie des un voire deux ou trois millions d'euros de salaire ? Pas grand chose à vrai dire si ce n'est la loi du marché. Sur le fond, cela ne concerne qu'une infime minorité de gens et cela n'a pas d'incidence notoire sur l'équilibre des finances de ces entreprises. Quant au pouvoir de décision de ces patrons sur le marché de l'emploi, c'est une autre histoire.

Le scandale n'est pas là. Je trouve nettement plus scandaleux d'apprendre que la Société générale va distribuer 250 millions d'euros de primes à ses traders. D'une part, parce que ces gens-là sont en général plutôt bien payés, d'autre part parce que cet argent, dans un pays civilisé, irait directement à l'aide aux entreprises. Tant il est vrai que les banques jouent avec le fric du vulgum pecus que nous sommes, ce qu'elles semblent oublier de plus en plus. D'autre part, quel intérêt à se faire tant d'argent quand ces mêmes banques sont en fait des sociétés anonymes ? Simple question.

Une fois de plus, démonstration est faite que le politique subit les diktats de l'économie ce qui amoindrit d'autant les ardeurs d'un Sarkozy qui aimerait moraliser le système capitaliste. Car, le système, non encadré par de bons chiens de garde, dérive rapidement vers un système voyou. D'où la crise, n'est-ce pas !

On partage l'idée de Jean-luc Mélenchon, l'une des rares voix authentiquement de gauche, de nationaliser les banques. Impensable, évidemment, tant que nous resterons arrimés à ce foutu libéralisme anglo-saxon.

Restons dans le domaine des banques et de l'entreprise. Quand ce n'est pas l'État lui-même qui sinistre des fleurons de notre industrie (Rhône-Poulenc, par exemple) ce sont les héritiers de groupes industriels qui s'en chargent.

On ne donne pas cher de Dassault après Serge qui tient la boutique d'une main de fer et qui ne fait aucune confiance à Olivier tout juste bon à jouer de l'harmonica.

On pense à Arnaud Lagardère qui, petit à petit, démonte l'empire industriel de son génial père, Jean-Luc, au motif qu'il voit son avenir dans le vent fumeux de la communication.

On pourrait en dire autant avec l'héritier Pinault, François-Henri, qui envisage de vendre ses entreprises commerciales (Le Redoute, Conforama, la Fnac) pour tout investir dans le luxe quand 18 % de ses productions sont fabriquées en Chine ! Ensuite, nul besoin d'être grand clerc pour anticiper que, demain, on va entrer dans l'ère de la rareté et des économies d'énergie. Alors le luxe, dans tout cela, redeviendra ce qu'il a toujours été, rare.

Je ne sais trop ce qui se trame du côté du nucléaire français mais il est bon de savoir quand même que ce sont les braves Gaulois qui ont payé ces centrales qui nous dispensent une énergie bon marché. Vous me direz, on a payé les autoroutes aussi et aujourd'hui des entreprises privées nous rackettent. Mais l'État démocratique est un voyou, moins responsable du bien public que nos rois ! Et oui, Messieurs les branleurs du minotaure démocratique (*)

On comprendrait mal que l'État en vienne à privatiser ce joyau de notre indépendance nationale (enfin ce qu'il en reste).

On aimerait aussi que l'État recadre un certain Henri Proglio qui commence à se prendre la grosse tête - en bon libéral qu'il est - et qui semble faire des rêves qui dépassent de loin ses compétences.

Où que l'on se retourne, on se heurte au rôle que l'État joue ou ne joue pas. Mais, ce mal n'est pas uniquement français, il est européen. Je sais bien que l'on ne change pas les choses du jour au lendemain, mais les Européens aimeraient bien avoir le sentiment qu'on joue dans leur cour et non pas dans celle des autres. Et que l'on s'offre un destin plutôt que de lorgner sans cesse outre-Atlantique. On s'en fout d'Obama, on préfère Poutine.

(*) Je n'ai rien contre la démocratie, encore faudrait-il qu'on y soit.