MigaudLe Point

édition du 23 février 2010

Le socialiste Didier Migaud, député de la 4e circonscription de l'Isère et président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, succède à Philippe Séguin comme président de la Cour des comptes. Christine Lagarde a annoncé sa nomination mardi, à l'issue du Conseil des ministres. Didier Migaud a souligné combien il serait "difficile de succéder à Philippe Séguin", en affirmant mesurer "l'importance et la sensibilité de cette fonction". "Je veux avoir une pensée très émue pour Philippe Séguin, pour qui j'avais respect, considération et sympathie", a-t-il affirmé. "Je mesure l'honneur qui m'est fait ainsi que l'importance et la sensibilité de cette fonction. La Cour des comptes est une institution ancienne aussi prestigieuse qu'indispensable dans notre République", a aussi déclaré Didier Migaud, cité dans un communiqué de la Cour des comptes. "Comme [Philippe Séguin], j'entends exercer cette fonction avec le souci de respecter et de faire respecter les compétences et le rôle de la Cour des comptes."

Souci d'équilibre    
   
Depuis le décès de Philippe Séguin, le 7 janvier dernier, la question de sa succession n'a cessé d'alimenter les rumeurs. Outre celui de l'heureux élu nommé mardi figuraient également parmi les noms cités ceux de l'ancien ministre des Affaires européennes puis du Budget, Alain Lamassoure, et de la secrétaire d'État au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, qui s'était récemment dite "disponible" pour le poste.
   
Mais le président de la République, dans un souci d'équilibre, a finalement choisi l'élu socialiste. Le chef de l'État lui avait rendu un hommage public, le qualifiant même d'un "mon ami". Le choix de Didier Migaud entre dans la stratégie du président Sarkozy de poursuivre l'ouverture à gauche. La semaine dernière, le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, avait d'ailleurs affirmé que l'ouverture se poursuivrait.

Grande connaissance des rouages budgétaires    
   
Orfèvre de la technique budgétaire, ce juriste de formation de 57 ans, respecté de tous, a déjà eu l'occasion de montrer qu'il pouvait travailler en bonne intelligence avec la droite. "Père" de la Lolf (loi organique, nouvelle architecture des lois de finances) avec le sénateur UMP Alain Lambert, Didier Migaud rêvait de devenir ministre du Budget dans le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002). Finalement, il exercera sa passion budgétaire comme rapporteur général du budget. Et, s'il n'a pas le charisme de Philippe Séguin, Didier Migaud a pour lui sa très grande connaissance des rouages budgétaires de l'État.
   
Le nouveau premier président, magistrat inamovible, aura, quoi qu'il en soit, la lourde tâche de succéder au tonitruant Séguin, qui s'était efforcé, depuis sa nomination à la tête de l'institution, en 2004, de la dépoussiérer et de la rendre plus proche des préoccupations des Français. Celui qui se voulait être le "poil à gratter" de l'État ne s'est jamais privé de critiquer la gestion de ses amis au pouvoir, quitte à susciter la polémique. Et le dernier rapport annuel, finalisé quelques semaines avant son décès, ne dérogeait pas à la règle, soulignant une nouvelle série d'anomalies dans la gestion des deniers publics et s'alarmant, notamment, de la dérive des déficits.