AbottLe Nouvel Observateur

édition du 21 août 2010


L'opposition conservatrice de Tony Abbott a basculé en tête des élections législatives anticipées de samedi en Australie selon des résultats partiels mais à l'issue d'un scrutin très serré, des responsables politiques prédisaient un Parlement sans majorité.

Selon des résultats partiels annoncés par la chaîne de télévision publique ABC, les conservateurs avaient basculé en tête avec 71 sièges contre 69 aux travaillistes du Premier ministre sortant Julia Gillard, première femme à occuper un tel poste en Australie

Mais aucun des deux camps ne semblait en mesure, selon des analystes, d'atteindre les 76 sièges pour obtenir la majorité à la chambre basse qui compte 150 députés.

"Je pense que l'éventualité d'un Parlement sans majorité se dessine de plus en plus", a estimé sur la chaîne ABC le sénateur Nick Minchin, membre de la coalition conservatrice, menée par Tony Abbott.

Le ministre (travailliste) des Affaires étrangères Stephen Smith semblait partager ce point de vue, estimant peu probable que son parti atteigne la majorité.

"Je ne vois pas les travaillites remporter 76 sièges, et je ne vois pas non plus la coalition conservateurs/libéraux atteindre ce chiffre", a également estimé Antony Green, analyste politique pour la chaîne de télévision publique ABC.

L'Australie n'a pas connu de Parlement sans majorité depuis 1940.

"Mauvaise soirée"

Si aucun parti n'atteint la majorité, il faudra alors aux travaillistes se tourner vers les Verts pour former un gouvernement.

"C'est une mauvaise soirée pour le parti travailliste. Il semble que nous devions maintenant avoir à discuter avec les Verts", a commenté Mark Arbib, un responsable travailliste.

Quelque 14 millions d'Australiens avaient à choisir samedi lors des élections les plus incertaines en 50 ans, entre les travaillistes du Premier ministre Julia Gillard et l'opposition du conservateur Tony Abbott.

Dans un des rares pays où le vote est obligatoire, les électeurs devaient renouveler leurs 150 députés à la Chambre basse et la moitié des 76 sénateurs.

Aux commandes depuis moins de deux mois, Julia Gillard, 48 ans, qui avait évincé en juin Kevin Rudd de la tête du parti travailliste, lui succédant au poste de Premier ministre, avait alors décidé de convoquer des élections anticipées pour profiter d'une très bonne cote dans les sondages.

Mais au fil de la campagne, l'écart s'est resserré avec son rival conservateur.

Si les travaillistes n'obtenaient pas la majorité à l'issue de ce vote, il s'agirait d'un sérieux revers pour Julia Gillard, selon des analystes.

Ancienne avocate, célibataire sans enfant et vice-Premier ministre du gouvernement Rudd depuis 2007, cette femme à la crinière rousse, d'origine galloise, s'est révélée être l'un des ministres les plus efficaces.

Mais l'éviction surprise et musclée en juin du Premier ministre Kevin Rudd et des déclarations impopulaires sur une taxe sur les super-profits miniers et un recul dans ses propositions pour lutter contre le réchauffement climatique semblent avoir desservi Mme Gillard.

Durant la campagne, elle a pourtant mis en avant la réussite économique du gouvernement travailliste, l'Australie ayant été la seule économie développée à éviter la récession durant la crise.

Les conservateurs, conduits par Tony Abbott, 52 ans, fervent catholique, ex-journaliste et ancien ministre dans le dernier gouvernement conservateur de John Howard, se sont engagés de leur côté à couper dans les dépenses publiques et à "stopper les bateaux" de demandeurs d'asile afghans ou srilankais.

Triathlète accompli, Tony Abbott a terminé la campagne sur les chapeaux de roue. Samedi, il a participé à un barbecue sur la plage avant d'aller voter.

"C'est un grand jour pour notre pays, un jour où nous pouvons dire adieu à un mauvais gouvernement", a-t-il déclaré.

 

(Nouvelobs.com, avec AFP)