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Lettre ouverte aux élus Français adressée le 21 janvier 2011 par le Groupe d'études pour la Wallonie intégrée à la France

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Depuis les élections législatives du 13 juin 2010, la Belgique évolue avec un gouvernement démissionnaire, en affaires courantes. Celui-ci n’a donc pas la capacité de prendre les mesures susceptibles de permettre au pays d’affronter les défis socio-économiques, financiers et environnementaux auxquels il est présentement confronté.

Toutes les négociations qui ont été entreprises, depuis 2005, pour tenter de résoudre l’épineuse question des relations entre Flamands et francophones ont échoué.

Cette évolution était hautement prévisible. Le 26 mars 1980 - il y aura donc bientôt 31 ans ! -, ne vit-on pas l’ancien ministre François Perin démissionner spectaculairement du Sénat en expliquant que la Belgique souffrait d’un mal incurable et irréversible : le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non.

Aujourd’hui, le courant nationaliste flamand ne s’incarne pas uniquement dans la N-VA. Il traverse également le CD&V (parti démocrate-chrétien), le Vlaams Belang, la Lijst Dedecker et même l’Open VLD (parti libéral). Bref, quelque 70% de l’électorat du Nord du pays.

Le général de Gaulle avait bien pressenti ce phénomène. Recevant, à la fin des années soixante, Robert Liénard, doyen de l’Université de Louvain, il lui délivra le message suivant :

(…) Dans les vingt ans qui viennent, le déséquilibre entre les représentants flamands et wallons sera bien plus grave encore qu’aujourd’hui. La situation économique va décliner rapidement à la première secousse de la sidérurgie. Les charbonnages : c’est déjà fini. Seule une intervention énergique de l’Etat peut encore redresser cette situation. Mais l’Etat belge n’en aura ni l’intention, ni la volonté. C’est votre drame d’appartenir à un Etat qui assistera impassible à votre déclin. C’est une manière de faire place à d’autres. C’est une tradition historique germanique d’occuper les terrains en friche.

Que peut la France ? Toute intervention de sa part, si modeste soit-elle, serait immédiatement soulignée, amplifiée surtout, par les notables francophones de votre pays qui ne manqueraient pas d’invoquer l’impérialisme français, notre volonté hégémonique et tout le reste ! Nous soulèverions des tempêtes à l’intérieur du Marché commun auprès duquel les autorités belges se donneraient une image d’agressés ou même de martyrs. Déjà maintenant ils ne s’en privent pas ! La France ne peut donc courir ce risque. (…) Bien entendu si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. Avant, c’est impossible. J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Ah ! croyez-moi, si j’ai le devoir de vous tenir ce langage, c’est vraiment parce que la nécessité et l’intérêt de mon pays me l’imposent. Sinon pourquoi le ferais-je ? La politique traditionnelle de la France a toujours tendu à rassembler dans son sein les Français de l’extérieur. La Wallonie a été exclue de ce rassemblement par un accident de l’histoire. Elle a pourtant toujours vécu en symbiose avec nous, et ce depuis Alésia jusqu’au 18 juin 40 en se rangeant rapidement dans notre camp.

C’est un drame pour le peuple wallon, dont le passé est si remarquable, de dépendre aujourd’hui d’un autre peuple qui ne fera rien d’autre que l’étouffer en attendant de l’absorber un jour.

Difficile de résumer mieux les choses…

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Le Royaume de Belgique fut conçu artificiellement, d’un trait de plume diplomatique, en 1830. C’était, en quelque sorte, la punition infligée par l’Angleterre à la France. Un accident de l’histoire, pour reprendre les termes du général de Gaulle. Aujourd’hui, le démantèlement de ce Royaume, dont Talleyrand avait dit en 1832 que deux cents protocoles n’en feront jamais une nation, apparaît inéluctable.

C’est pour préparer les esprits au contexte post-belge que nous avons décidé, en 2008, de préparer des Etats généraux de Wallonie, qui auraient, au départ de rapports fouillés, constitués à charge et à décharge, à se prononcer sur les trois options d’avenir possibles dans l’hypothèse de l’implosion de la Belgique : 1° un Etat wallon indépendant ; 2° un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° la réunion à la France.

Bien qu’ils aient été largement sollicités, les responsables politiques n’ont pas cru bon de relayer cette initiative citoyenne. Un travail de réflexion considérable - le premier du genre - a néanmoins pu être réalisé et publié, qui a permis la mise sur pied, le 9 mai 2009, à l’Université de Liège, d’Etats généraux de Wallonie « informels ».

Il est apparu clairement, à la lecture de ces travaux, que seule l’option d’une union-intégration à la République française, avec un statut particulier d’autonomie, était de nature à représenter, pour la Wallonie et pour Bruxelles, ce que feu le ministre d’Etat Jean Gol appelait une réponse de survie digne, raisonnable et dans l’ordre. Nous avons donc décidé, en février 2010, d’approfondir ce scénario en constituant le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France). Sept Cahiers ont été confectionnés à ce jour, que l’on peut consulter sur le site . 

Permettez-nous de revenir sur ce principe de non-ingérence, évoqué par le général de Gaulle.

A cet égard, voici ce que répondait, le 29 janvier 1985, François Perin à Jacques Thibau, ambassadeur de France en Belgique, qui venait de l’informer, par courrier, de sa nomination par le Président de la République au titre de Commandeur de la Légion d’honneur :

(…) J’ai pris publiquement une position très critique au cours de ma carrière politique et surtout lors de mon départ du Sénat, en mars 1980, sur la nature et le devenir de la nation belge. Bien qu’ayant abandonné , pour ce motif, la fonction parlementaire, je me réserve le droit, comme citoyen libre, d’intervenir publiquement, si les circonstances s’y prêtent, au cours de crises politiques éventuelles, sur le même thème.

Je n’ai d’autres armes, pour être crédible, que ma sincérité et mon indépendance. Mais j’aurai des adversaires passionnés. L’honneur qui m’est fait aujourd’hui et que j’accepte avec émotion, pourrait être, tout à fait à tort, interprété par eux comme un indice, sinon une preuve, d’une collusion (dans leur chef purement imaginaire, nous sommes bien placés, l’un et l’autre, pour le savoir) avec la République. (…)

La France s’est abstenue de toute ingérence dans la crise belge, et le mouvement wallon, ouvertement francophile, s’est développé spontanément, depuis ses origines, en 1905, jusqu’à ce jour, sans la moindre intervention de Paris.

Il y a eu et il y aura toujours de mauvais esprits qui soutiendront le contraire contre l’évidence.

C’est la raison pour laquelle je préfère qu’aucune publicité ne soit donnée à la remise des insignes du grade qu’a bien voulu m’attribuer Monsieur le Président de la République.

Dans les années qui suivirent sa démission de la fonction sénatoriale, François Perin eut, à plusieurs reprises, l’occasion d’expliquer sa vision des choses, laquelle rejoignait celle du général de Gaulle.

Si la non-ingérence de la République française dans les affaires belges est un fait, il n’en demeure pas moins que, ces dernières années, des voix françaises officielles, tant au niveau de la majorité que de l’opposition, ont exprimé leur préoccupation quant à l’avenir des Wallons et des Bruxellois, en se déclarant favorables à l’accueil de ces derniers, s’ils en émettaient clairement le désir.

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs

Nous pensons être arrivés à un tournant capital de notre histoire.

Dans sa « Lettre au Roi » de 1912, Jules Destrée, l’un des huit premiers députés élus sur la Liste du Parti ouvrier belge, clama la grande et horrifiante vérité :

(…) Vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges. (…) Il n’y a pas d’âme belge. La fusion des Flamands et des Wallons n’est pas souhaitable, et, la désirât-on, qu’il faut constater encore qu’elle n’est pas possible. (…)Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.

Près de cent ans plus tard, force est de constater qu’un Etat-Nation flamand s’est constitué, dont rien ni personne ne pourra empêcher l’envol.

Le général de Gaulle le rappelait fort opportunément : nous n’avons finalement été Français que durant vingt ans, de 1794 à 1814, ce qui ne nous a pas empêchés, dès le XIIIe siècle, de vivre en symbiose avec la France. L’historien namurois Félix Rousseau a parfaitement résumé la situation : Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.


Nous sommes, en quelque sorte, des Français que les hasards de l’Histoire ont contraints de vivre en dehors de l’Hexagone.

C’est à ce titre que nous nous adressons aujourd’hui à vous pour solliciter votre soutien à notre cause.

Un sondage Ifop, réalisé en juin 2010, pour le journal « France Soir », a révélé que 66% des Français se déclaraient favorables au rattachement de la Wallonie en cas d’éclatement de la Belgique. Le taux était même de 75% dans les départements frontaliers de la Belgique !

Voilà qui ne peut que nous rendre confiants.

Nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, l’assurance de notre considération distinguée.

Edgard Baeckeland, Guy Bertrand, Willy Burgeon, Jean-Alexis D’Heur, Paul Durieux, Jules Gheude, Jean-Sébastien Jamart, Philippe Lausier, Jean-Luc Lefèvre, Jean Lerusse, Michel Pieret, Jean-François Renwart : membres de l’équipe rédactionnelle du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France).