Laurent_de_Belgique

Le Point

Article d'Alain Franco publié le 6 avril 2011

L'affaire commence avec un voyage du prince Laurent au Congo, plus connu pour son mariage célébré par le "curé des loubards" Guy Gilbert ou pour ses excès de vitesse en Ferrari que pour le travail de sa fondation pour l'écologie et la gestion des forêts. C'est pourtant pour sa fondation que Laurent est parti quelques jours au Congo à la mi-mars. Officiellement, en tout cas. Car la presse a des doutes sur l'objectif véritable de ce voyage en compagnie, notamment, de l'avocat d'affaires David Chijner, membre du barreau de Paris et spécialisé dans les fusions-acquisitions. "Maître Chijner est un ami du prince qui a rédigé les statuts de sa fondation, explique Pierre Legros, ancien bâtonnier de Bruxelles et proche de Laurent. Nous avons utilisé son expertise pour faire des contrats pour des petites centrales thermiques locales afin de fournir de l'électricité aux dispensaires qui en manquent cruellement."

Mission humanitaire et écologique, donc. "Depuis sa création, en 2006, la fondation GRECT du prince n'a réalisé qu'une seule opération : l'achat et la rénovation de son siège social. Une belle opération immobilière et une brillante réalisation en matière de construction durable", ironise le quotidien Le Soir.

Rencontre avec Kabila

Et pour ce voyage, Laurent cumule. Contrairement aux règles, le prince est parti contre l'avis du gouvernement, responsable des actes de la maison royale. Sur place, il a rencontré le président Kabila et quelques-uns de ses ministres. À quelques mois d'élections au Congo et alors que la Belgique, qui entretient un rapport très compliqué avec son ancienne colonie, veut être neutre, ces entretiens peuvent passer pour un soutien à Kabila : c'est pour le moins maladroit.

Enfin, on apprend que les frais d'hôtel et de déplacement du prince ont été payés par des hommes d'affaires et des gouverneurs de province, à la demande du ministre congolais du Plan, Olivier Kamitatu.

En pleine crise de régime

Du coup, le retour au pays a été mouvementé pour l'enfant terrible de la monarchie belge. Sur deux fronts.

Royal, d'abord : le prince Laurent a accusé le chef de cabinet de son père d'être responsable des fuites dans la presse et de comploter contre lui. Albert II a fait savoir qu'il était "fâché des inventions de son fils". C'est quasiment un gros mot dans la bouche royale.

Et sur le plan politique, cette affaire tombe mal dans une Belgique toujours incapable, pour cause de différends communautaires, de se doter d'un gouvernement issu des élections de juin dernier. Ou plutôt, elle est pain béni pour les députés flamands séparatistes et républicains, qui y voient une nouvelle preuve du coût exorbitant et de l'inutilité de la maison royale. Ils réclament - et ils ne sont pas les seuls - qu'on supprime sa dotation annuelle de 312 000 euros. Réponse du Premier ministre démissionnaire Yves Leterme : "Soit Laurent respecte l'équilibre entre ses droits et ses devoirs, soit il renonce à sa dotation."