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Les 4 Vérités

Article de Nicolas Bonnal publié le 29 avril 2011

Deux sondages viennent renforcer l’image de présidentiable de Marine Le Pen : d’une part elles entre dans le groupe des cent personnalités les plus importantes de la revue Time Magazine, devenant une des femmes les plus importantes du monde, et dépassant même le lamentable Obama : d’autre part, elle passe pour être, d’après le Journal du Dimanche, la candidate rêvée de la classe ouvrière française, avec 36% des voix, balayant l’oligarque DSK ou les petite-bourgeoises du parti socialiste. Et les médias de s’interroger, comme toujours, comme le chien Rantanplan.

Cela fait longtemps que la classe ouvrière vote pour les Le Pen, et je vais expliquer pourquoi. Cela fait aussi longtemps que l’on explique délicatement que ce parti « fascisant et barbare » qui apporte des réponses fausses à toutes les questions, ne peut que séduire les classes défavorisées du côté du portefeuille et de l’intelligence. Les masses ne comprennent pas les subtilités de l’euro, des privatisations et de l’immigration forcées. Il faudrait un jour le leur expliquer ! On ne l’a pas bien fait, mais en vérité on sait que le vote FN n’a pas trop dérangé jusque là le système (ou malencontreusement, en 2002). Il se pourrait que cela change en 2012.

En vérité les masses ont très bien compris une chose : la classe ouvrière était destinée à être remplacée ou annihilée dans le cadre de la société liquide, et elle était censée se taire et fournir silencieusement des cohortes de néo-esclaves de type anglo-saxon à la société postindustrielle. Souvenons-nous de 1979, et de l’affaire de Montigny-les-Corneilles. Des immigrés sèment la désolation dans une banlieue, et le maire communiste Robert Hue envoie les bulldozers. Tollé à gauche, à droite, tollé chez les nouveaux philosophes. J’en discute alors avec une vieille tante communiste et enseignante qui défend, elle, le parti, parce qu’il faut défendre la classe ouvrière !

Renseignements pris, Marx ne disait pas autrement : vers 1880, il demanda à la deuxième internationale d’empêcher le passage d’ouvriers belges en Angleterre, où des grèves importantes avaient lieu. Les prolétaires devaient s’unir, pas se tirer dans les pattes.

En 1979, le parti stalinien et Hue obtempèrent, s’excusent et laissent passer la caravane. C’est le début du crépuscule et le commencement de la montée du FN. JMLP va haranguer les foules dans les banlieues et l’on découvre par un reportage de la BBC que le message passe. La bête immonde progresse, la gauche caviar s’agite, la banlieue rouge devient bleu-blanc-rouge.

A la même époque Reagan et Thatcher rouvrent les vannes de l’immigration mexicaine, asiatique ou même africaine, et rêvent d’établir une société nouvelle sans classe ouvrière, sans race non plus, mais avec des castes renforcées, gouvernées par des élites mondialisées. Les autres n’ont qu’à bien se tenir. La liquidation des nations est alors imposée d’en haut, par les milieux financiers et les tories, puis par les partis sociaux-démocrates. Mais ici aussi, la nation, comme le peuple paysan ou ouvrier, a la vie dure. Et aussi les frontières : n’est-ce pas, Schengen ?

Comme le dit Chesterton dans Un nommé jeudi, les riches ont toujours été des anarchistes ; et les milliardaires conspirateurs de son roman initiatique sont les héritiers des grands féodaux qui refusaient le pouvoir royal et le défiaient. Le riche en cas de grabuge peut partir sur son yacht dans les îles de la Sonde, remarque le grand auteur catholique (pas vraiment un marxiste, non ?). Le pauvre, lui, n’a pas le choix : il reste donc, et bêtement, accroché à l’idée de nation, au socle solide, à la masse de granit. Son monde n’est ni le bateau de croisière ni la salle de casino, même s’il faut qu’il s’adapte, ou change de banlieue parfois.

Si la classe ouvrière est depuis trente ans plutôt lepéniste, comme aujourd’hui la classe paysanne (ou ce qu’il en reste) et de plus en plus d’employés, on peut dire que la classe journalistique reste la plus farouche, la plus constante, la plus irréprochable ennemie du mouvement national français. Elle a été prolétarisée, elle a été remplacée, elle a été marginalisée, mais elle reste impeccablement et irréellement antilepéniste. Elle est du côté de l’histoire, n’est-ce pas. Le journaliste est l’idiot utile.

On espère un coup de maître en 2012 : prolétaires d’un seul pays, unissez-vous !