Mitterrand_Fran_ois

Présent

Article de Jean Cochet publié le 11 mai 2011

Mardi 10 mai marquant le trentième anniversaire de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, nous étions – depuis quelques jours déjà il est vrai – en pleine « tonton mania ». Une véritable maniaquerie politico-médiatique, le défunt étant célébré aussi bien à droite qu’à gauche. Mais, à un an de l’élection présidentielle, et à cinq mois de la primaire socialiste, c’est bien évidemment au PS que le culte de l’homme à la rose est célébré avec le plus de dévotion. Les candidats à la candidature se posent tous en fervents disciples du maître. On peut d’ailleurs comprendre ces momeries : durant les cinquante-trois années de la cinquième République François Mitterrand a été le seul socialiste à se faire élire à l’Elysée. Son exemple fait donc rêver, parfois de façon superstitieuse, ses épigones. Surtout que, pour la gauche, les sondeurs l’annoncent à longueur de colonnes, la victoire semble enfin à portée de main (même si, en matière électorale, rien n’est jamais acquis aux hommes politiques). Le centriste Hervé de Charrette, ex-ami de Giscard puis de Chirac, et qui a toujours ses entrées à l’Elysée, en est d’ailleurs persuadé : « La majorité a perdu l’élection présidentielle », prédit ce sombre augure.

Mais puisque l’heure est à l’hagiographie, on se permettra d’apporter quelques réserves à ce bilan mitterrandien, relevant surtout, s’il faut en croire ce qu’on lit et ce que l’on entend dans les médias, de la légende dorée. Ou plus exactement de la légende rose bonbon…

L’arrivée des socialo-mitterrandistes au pouvoir, c’est d’abord de terribles embardées économiques dont la France ne se relèvera jamais tout à fait. A quelques années (quelques heures si l’on prend pour mesure la durée historique) de l’effondrement des systèmes collectivistes, François Mitterrand, à l’inverse de tous les autres pays occidentaux, nationalise à tour de bras. Il ne l’a peut-être pas fait de gaieté de cœur, mais ces nationalisations figuraient dans les 110 propositions du programme socialiste et ses alliés communistes exigeaient leur réalisation. Après le fiasco économique – Jacques Delors évoquant un possible recours au FMI – il relancera le balancier dans l’autre sens, passant avec la même inconséquence des nationalisations aux privatisations, de l’économie dirigée au libre échangisme et de l’étatisme à la dérégulation. Parce qu’il s’était fait très peur avec ses 110 propositions marxistes « filles du programme commun » qui avaient conduit la France au bord du gouffre, il se jeta ensuite dans les bras de l’Europe fédérale et mercantile, toute vouée, selon des normes anglo-saxonnes, au commerce international et à la libre concurrence.

Les étapes de notre asservissement

Dresser le bilan des années Mitterrand fait suivre une à une les étapes de notre asservissement au Moloch européen. L’Acte unique européen (1987) qui enclenche les mécanismes destructeurs et supranationaux s’apprêtant à dépouiller toujours davantage les Etats-nations de leurs prérogatives et de leur souveraineté, c’est François Mitterrand. La convention de Schengen (1990) promulguant l’ouverture des frontières entre pays signataires (Espace Schengen ouvert à tous les vents de l’immigration et de la mondialisation), c’est François Mitterrand. Le traité de Maastricht (1991) et la fatidique création de l’euro, désintégrateur du franc et de notre indépendance monétaire, c’est François Mitterrand. Le renforcement continue de la Cour de justice de l’Union européenne (la calamiteuse CJCE), dont les lois et les ordonnances prédominent désormais sur le droit national, c’est encore François Mitterrand. On en est arrivé au point où cette bombe paralysante annihile, chez les pays membres de l’Union européenne, tout geste d’auto-défense contre l’invasion étrangère, même clandestine. Surtout clandestine d’ailleurs.

Selon la dernière directive de cette cour ubuesque, « il n’est plus possible d’incarcérer un étranger au seul motif qu’il est en séjour irrégulier ». Les petites frappes tunisiennes dont on a pu voir le visage narquois et revendicateur à la télévision ont tout de suite intégré cette disposition : elles squattent à Paris, par la force s’il le faut, les bâtiments non occupés et exigent, pour retourner dans leur pays, que la France leur verse une manne de 2 000 euros par personne. Une sorte de chantage, voire de racket, exercé en quelque sorte à l’égard des Français avec l’assentiment de la CJCE.

De Touche pas à mon pote à Touche pas au grisbi…

Les années Mitterrand, et sans attendre les initiatives européennes, ce fut d’abord la dépénalisation à tout va des délits, entreprise par Badinter, à partir de l’abolition de la peine de mort. C’est au nom d’un soi-disant anti-racisme que fut octroyée aux délinquants ethniques une quasi-impunité. Cet anti-racisme rabâché jusqu’à l’obsession (et à la persécution) et que magnifia la création de SOS racisme (Touche pas à mon pote), poupée gigogne enfantant elle-même toutes sortes d’organisations ayant pour seul objectif « la lutte contre les discriminations ». Toutes les discriminations… sauf celles qui touchent les Français de souche. Les textes staliniens que sont les lois Rocard-Gayssot, donnant aux vaisseaux de l’antiracisme toute leur puissance de feu, tout en bâillonnant judiciairement les Franco-français tentés de leur répliquer. Le melting-pot ? Le multiculturalisme ? Mitterrand toujours.

C’est durant les années Mitterrand aussi que fut renforcée la culture mort et que s’épanouit la « culture en veston rose ». Mais là, n’insistons pas trop : l’une et l’autre avaient déjà largement pris racines sous Giscard. Jack Lang n’a pas inventé la subversion culturelle (Michel Guy, sous Giscard, s’en était chargé) : il lui a simplement donné, avec un indéniable talent de bateleur et de « communiquant », une plus grande ampleur.

Les années Mitterrand, ce sont aussi les scandales financiers à répétitions. Ce président qui dénonçait l’argent roi, « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience », instaura, plus encore que ces prédécesseurs, le règne des copains et des coquins et de leurs trafics d’influence… Années troubles, années fric dont Bernard Tapie fut l’un des symboles parmi les plus représentatifs.

De la France décapitée à l’Europe sans tête

Dans son ouvrage Impostures politiques (Plon), Marie-France Garaud écrit, à propos des « ambiguïtés » de la construction européenne : « Que reste-t-il de la souveraineté dans l’ensemble de l’Union européenne ? Qui administre, qui décide et qui gouverne ? Question que nous refusions — et refusons toujours — de considérer, feignant de croire, tel Chantecler, qu’il suffit de crier cocorico pour faire lever le soleil. Elle s’était pourtant posée très ouvertement, cette question, lorsqu’était venu le temps de la ratification du traité de Maastricht, et François Mitterrand s’en trouva fort embarrassé. Puisqu’il l’avait finalement signé, ce texte, il lui fallait bien se targuer d’en être un peu l’auteur, en vanter les vertus et le faire adopter dans l’état où nos partenaires l’avaient mis. »

Ces mystères nous dépassent, alors feignons d’en être les organisateurs, disait Jean Cocteau. A ses choix malfaisants, François Mitterrand ajoutait donc une légèreté, une imprévoyance et une incompétence tout aussi coupables et néfastes. Un homme d’Etat ? Sans doute l’un des plus nocifs qu’ait connus la France. Chanteclerc chantant sur un tas de fumier… Le lisier des années Mitterrand.

Quand Mme Royal, pour célébrer son mentor, se targue d’avoir « appris ce métier politique auprès de lui pendant sept ans », ce n’est pas dans un drapeau tricolore qu’elle devrait se draper, mais bien plutôt dans celui de l’Europe. Ce drapeau décoré de 12 étoiles dorées disposées en cercle sur fond bleu, censées symboliser la solidarité et l’union entre les peuples alors qu’elles ne représentent qu’une sorte de collier passé au cou des nations. Et dont on ne sait même pas qui tient la laisse…

Avec les histrions du PS invoquant son souvenir (de façon certes très intéressée), Mitterrand n’a finalement que les héritiers qu’il mérite.

Assistanat : Les mesures de Wauquiez font du bruit

Les déclarations du ministre UMP Laurent Wauquiez contre « les dérives de l’assistanat » ont provoqué un hourvari de protestations, venues certes de la gauche, mais aussi de son propre camp où elles ont notamment reçu, paraît-il, « un accueil glacial de la part de sa collègue en charge des Solidarités, Roselyne Bachelot », la brillante ministre de la grippe aviaire. Qu’a donc dit de si scandaleux l’ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi, aujourd’hui ministre des Affaires européennes ? Il a simplement proposé de demander, pratique courante chez nos voisins, « cinq heures hebdomadaires de service social » aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), suggérant aussi « de plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du Smic ».

Sur sa lancée, le ministre a proposé d’établir « une durée minimale de travail avant que les étrangers puissent bénéficier du système social français ». Certaines de ces propositions, a annoncé le ministre, figureront dans une proposition de loi qui sera déposée très prochainement à l’Assemblée par son groupe, La Droite sociale. Laurent Wauquiez veut, par ces mesures, lutter contre ce qu’il appelle les « dérives de l’assistanat », qu’il qualifie de « cancer de la société française ». Que la gauche, reine des dépenses publiques et de leurs métastases, s’indigne de ces propositions de bon sens, c’est dans l’ordre des choses et le droit fil de son histoire.

Mais que des élus de droite manifestent tout autant leur réprobation, voilà qui en dit long sur la nature de cette droite courbe, qui vénère les mêmes totems que la gauche : Jean Jaurès, Léon Blum, Pierre Mendès-France et maintenant François Mitterrand…