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Philippe Randa

Chronique de Philippe Randa publiée le 18 mai 2011

Il est toujours étonnant de constater les contradictions que les médias affichent sans vergogne. Internet est ainsi un formidable outil de liberté quand il s’agit de soutenir de “justes révolutions populaires” comme dernièrement en Tunisie, en Égypte, en Libye ou en Syrie… et une arme infernale quand Dominique Strauss-Kahn apparaît menotté à son départ d’un commissariat de Harlem où il a passé quarante-huit heures d’interrogatoire serré. À l’heure du “village mondial”, il n’y a pourtant là rien de que de très logique.

S’indigner comme le fait une grande partie de la classe politique française, relayée par nombre de journalistes, du traitement réservé à un prévenu par la justice américaine sous prétexte que notre législation est différente et qu’il est interdit de diffuser chez nous de telles images, n’est guère sérieux.

Mais pendant que la classe politique et les médias occupent l’Opinion Publique française avec d’hypocrites indignations, ils évitent d’avoir à répondre de leurs propres responsabilités.

En l’occurrence, concernant Dominique Strauss-Kahn.

Que celui-ci soit innocent ou coupable des faits qui lui sont reprochés, la Justice américaine décidera ; personne à ce jour, ne peux être certain de ce qui s’est réellement passé.

En revanche, le bon peuple a appris que le comportement de l’intéressé envers les femmes n’a jamais été un long fleuve d’élégances et que politiques et journalistes le savaient parfaitement… Ses amis reconnaissent avec gêne que son attirance pour la gente féminine frôlait souvent l’obsession, tandis que les autres affirment aujourd’hui haut et fort que les dérapages de conduite envers les dames de l’ancien député-maire de Sarcelles étaient de notoriété publique… sauf sur la place du même nom !

Et c’est tout de même là le scandale dans le scandale de “l’Affaire DSK”, bien plus que sa probable absence, désormais, dans la campagne présidentielle de 2012.

Nicolas Sarkozy, président de la République française, ne pouvait pas ignorer les travers de l’homme : comment a-t-il osé le proposer – l’imposer – à la tête du FMI ? À un poste de premier plan où sa déconfiture actuelle souille non seulement la France, mais également l’Union européenne.

Les responsables du Parti socialiste, quant à eux, reconnaissent aujourd’hui avoir toujours connu le talon d’Achille de leur camarade… Comment alors ont-ils pu le laisser concourir par deux fois (en 2006 et probablement cette année) à leur primaire, au risque de le voir porter leurs couleurs pour la “Reine des batailles” ?

Enfin, pourquoi les médias français n’ont-ils jamais alertés l’Opinion publique des dangers d’un tel personnage, acceptant la perspective éventuelle qu’il puisse accéder à la Fonction Suprême ? Ces derniers ne pouvaient pourtant l’ignorer, comme en témoigne dans Libération (17 mai) le journaliste Jean Quatremer qui publia le 9 juillet 2007 sur son blog “Coulisses de Bruxelles” ces quelques lignes : “Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. […] La France ne peut pas se permettre un nouveau scandale.

La candidature de DSK à la tête du FMI venait d’être annoncée par Nicolas Sarkozy.

Mais le plus surréaliste dans l’ignominie, est sans doute la déclaration d’Anne Mansouret, une élue du Parti à la rose : à peine DSK arrêté par la police new-yorkaise, elle confirmait que sa fille Tristane Banon avait été sa victime, en 2002 : “l’ogre socialiste” aurait essayé de la violer, mais comme il n’était pas parvenu à ses fins, elle l’avait dissuadé de le dénoncer. Ce, afin de préserver leur avenir à toutes les deux… Sa fille avait néanmoins raconté en février 2007 à la télévision avoir été agressée sexuellement par Dominique Strauss-Kahn cinq ans plus tôt. Le nom du responsable socialiste et actuel patron du FMI avait alors été masqué par un “bip” lors de la diffusion de l'émission.

Un Chef d’État irresponsable, un Parti socialiste complice, des journalistes lâches, une mère de famille amorale… Parmi cette brochette peu ragoûtante, DSK apparaît finalement comme un malheureux “sex-looser” : jeté en prison et couvert d’oprobres sans même avoir jamais réussi à conclure avec ses victimes, semble-t-il !