Euro_poids
Article de Nicolas Bonnal publié le 30 mai 2011
Nous sommes en France, chose étrange à dire, et pourtant réelle.
Hugo, Napoléon le Petit.
L’euro est condamné… mais nous devons rester ; et nous allons payer…

Le ton est de plus en menaçant, et il vient en général de la presse économique que l’on avait connue plus aimable et plus argumentative. Mais Philippe Muray avait raison : pour faire gober notre société junkie, il faut la menace.

Plus l’euro nous étrangle, plus on nous demande de nous y accrocher. Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, c’est au tour de l’Italie d’en crever. Si aucun pays n’est fait pour l’euro, c’est la faute aux pays, pas à l’euro. C’est la faute aux malades de l’hospice européen, pas au thermomètre. Si la chaussure est trop grande, c’est la faute à nos pieds… Et il n’y a qu’une seule taille, celle de l’Allemagne encore.

Tous nos pays se sont en fait ruinés pour entrer et rester dans l’euro : et on leur annonce, d’une manière assez mafieuse, je dois dire, qu’ils ne pourront pas payer ensuite leur dette en euros…L’euro a été conçu, essentiellement par les gouvernements dépensiers, comme une machine à nous ruiner, à nous asservir et à nous endetter. L’Allemagne calcule aussi que les plans de soutien lui coûtent maintenant 200 milliards. En même temps que l’euro, il faudra nous affranchir, sur le modèle islandais, de la dette que l’on nous a fait contracter pour mieux vivre (à 1 000 euros l’appart’, et 100 euros le plein ?) et enchanter les marchés suicidaires qui de toute manière n’ont fait que descendre depuis la mise en place de la panacée. Le CAC, qui était à 7 000 il y a dix ans, est aujourd’hui autour de 4 000, en attendant moins.

Je considère que c’est une beauté de la providence que le « créateur » de l’Europe, cette Europe qui n’a ni diplomatie, ni langue, ni armée, ni culture (alors qu’elle les avait au moyen-âge), se soit nommé Monnet. Monnet comme monnaie, c’est aussi beau que le tremblement de terre à Maastricht, que le change à 6.66 ou presque, que le 10 mai 40 et 81. On n’a pas été capable de rétablir le latin pour les nations européennes ou d’imposer le français ou l’espéranto ; par contre, on a voulu y imposer une monnaie commune, au mépris de tous les enseignements de l’histoire. Et c’est bien fait que cela se termine comme cela. On a voulu du tout-économique, du tout-bureaucratique, du tout-bruxellois. Eh bien, on va voir.

Car cela va se terminer l’an prochain, ou avant, avec l’élection de Marine Le Pen à la présidence ou sa seule présence au second tour, ou cela se terminera par la banqueroute de la Grèce, d’un des PIGS, comme dit élégamment la presse dite anglo-saxonne. Pour l’instant on fait monter la pression pour profiter de la panique et faire des bénéfices. Mais le jour où un peuple dira merde à l’euro (pardon, dira zut), on verra qui rira le dernier. Car c’est le grand occident, avec ses deux monnaies de singe, l’euro et le dollar, qui plongera tout à fait ; et tout un système de filous qui prospèrent à l’ombre de la politique keynésienne depuis quarante ans maintenant. Car les créanciers et les emprunteurs, qui passent de Goldman Sachs à la BCE, sont bien ces filous que décrit Edgar Poe dans un superbe texte :

« Si par hasard il [ le filou ] est tenté de se lancer dans quelque grande spéculation, alors il perd aussitôt ses traits distinctifs, et devient ce que l'on appelle " un financier ". Ce dernier mot implique tout ce qui constitue la filouterie, excepté que le financier travaille en grand. »

Travailler en grand : il est clair que pour nous endetter à hauteur de 10 000 milliards en Europe, ou de 15 000 en Amérique, en remplaçant nos populations et liquidant nos industries, il a fallu travailler en grand, et donc ici-même imposer l’euro. Pour rentrer dans l’euro, pour rester dans l’euro, pour sortir de l’euro, il vous faudra payer. Vous allez aimer l’euro…

C’est bien pourquoi je vois venir une prochaine révolution européenne, une prochaine révolution française. On se débarrassera de la monnaie inique comme on s’est débarrassé de l’Ancien régime, ou de la guerre et du tsarisme. Et on se débarrassera de nos emprunts russes, pardon, de nos emprunts euro payants. Je veux dire qu’on ne les paiera pas, même sous la menace du canon des armées privatisées de ce post-occident que nous voyons émerger.

On pourra toujours dire que l’on va tomber de Charybde en Scylla : mais justement, nous en avons assez, de Scylla ; nous aurons la joie de savourer un fléau que nous ne connaissons pas encore ; et qui nous obligera, celui-là, à réagir vraiment.

On redécouvrira la saveur de la liberté. Oui, dit Hugo, on se réveillera.