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Préférence nationale

édition du 25 juin 2011

Marine Le Pen devra désormais surveiller sa droite. Le Parti de la France (PdF), le Mouvement national républicain (MNR) et la Nouvelle droite populaire (NDP) se réunissent lundi 27 juin pour sceller une union politique et mettre fin à l’hégémonie du Front national sur l’extrême droite française.

Depuis trois élections (européennes de 2009, les régionales de 2010 et les cantonales de 2011), PdF, MNR et NDP flirtaient ensemble. Il est aujourd’hui question pour cette famille recomposée d’anciens membres du FN, dont le divorce remonte selon les cas à plus ou moins longtemps, de franchir un cap en scellant une nouvelle alliance. De dépasser ce que Robert Spieler, le délégué général de la Nouvelle droite populaire confiait être encore, en novembre 2010, une simple «entente», pour en faire une véritable union et créer une structure politique capable de chapeauter plus durablement et efficacement leur aventure électorale.

Sur quel modèle ?

Au mois de janvier dernier, une semaine après la prise de pouvoir de Marine Le Pen au Front national, Carl Lang jette un pavé dans la mare. À l’occasion d’une réunion de son mouvement politique, le PdF, il affiche ses ambitions. Il veut fédérer «la droite nationale» au sein d’une «maison commune». De précisions, on n’en aura alors guère plus, si ce n’est qu’il se pose en rassembleur d’une extrême droite émiettée au possible. Six mois plus tard, c’est à Roland Hélie, directeur de la revue Synthèse nationale, de reprendre l’initiative en organisant une réunion, prévue le lundi 27 mai. Y sont invités le PdF, le MNR, la NDP, mais également le Renouveau français, Terre et peuple, le journal Rivarol et la revue Militant.

En un semestre, la réflexion a avancé. Lang comme Hélie évoquent le modèle de l’UDF, formation centriste qui a éclaté en 2002. L’idée:  réunir sous un même nom, dans une confédération, avec un slogan commun les trois partis, en vue de partir à aux prochaines batailles électorales, législatives et présidentielle. Le concept est là mais l’organisation reste à définir. Pour le directeur de publication de Rivarol Jérôme Bourbon,  «cette synergie d’action prouve qu’ils ont vraisemblablement franchi un pallier».

Roland Hélie n’exclut d’ailleurs pas que cette structure soit chapeautée par un seul président. Carl Lang privilégie  une approche collégiale et préférerait de son côté y voir à sa tête un «bureau directeur». Tous devront tomber d’accord pendant l’été, l’annonce officielle de la création de la structure ne sera faite qu’au mois de septembre.

Pourquoi maintenant ?

Bien qu’ils ne le revendiquent pas, MNR, PdF et NDP attendaient que soit réglée la succession de la figure tutélaire de l’extrême droite française, Jean-Marie Le Pen. Une victoire de Bruno Gollnisch lors de l’election interne du FN aurait tout changé. Carl Lang entretient avec lui des relations personnelles. Robert Spieler, délégué général de la NDP, confiait, avant le congrès de Tours du FN, sa «sympathie» pour le député européen, envisageant «un travail en partenariat» avec lui en cas de victoire. Celle de Marine Le Pen a tué dans l’œuf tout espoir de réconciliation des dissidents avec leur ancien parti. Et leur ouvre, croient-il, un espace politique que le Front a abandonné.

L’idée d’une union, pourtant, ne date pas de janvier. Jacques Leclerc (1), spécialiste des mouvements extrémistes, explique que le MNR a longtemps bloqué toute tentative. Ce dernier «désirait certes faire des actions communes, mais ne pas créer une nouvelle formation politique». «Puis les lignes ont commencé à bouger, le MNR ayant subi des départs importants suite à l’exclusion de Nicolas Bay en 2008, qui créera Convergences nationales, et emmenant derrière lui 400 militants, sur 1700 adhérents selon ses dires, laissant un parti disposant de 700 membres à jour de leur cotisation et 230 donateurs par prélèvement automatique (fort loin des 7 à 8 000 membres selon la direction).»

«La NDP, quant à elle, avait aussi d’autres visions que de créer un parti. Elle souhaitait, non-pas fédérer les groupes, mais les élus, les cadres et militants de leur famille politique. Ensuite, hormis les différences d’approches, il y a toujours les rancœurs personnelles datant parfois de très longtemps, au regard de parcours souvent sinueux marqués par la “guerre des chefs”. » Des querelles personnelles que seule une haine plus vivace, celle de l’inflexion que Marine Le Pen fait prendre au FN, permet de dépasser.

«Les premiers pas se produisent en 2009, explique Jacques Leclercq. Le MNR soutient l’effort d’unité des forces “résistantes” avec le PdF et la NDP. Le rapprochement entre les trois organisations se fait en mai 2010, à travers un “Comité de résistance nationale”. L’arrivée du tout jeune PdF, marqué nationalement par certaines réserves, comme ne pas participer trop ouvertement à certaines manifestations trop “offensives” de la NDP (qui tend à reprendre la rue, pratiquant un activisme comme du bon vieux temps d’Ordre nouveau), aura précipité les choses pour aller vers la création de cette “UDF” radicalisée à droite toute.»

Quel candidat ?

L’UDF de l’extrême droite vise les législatives et la présidentielle. Pour cette dernière, il faut se déterminer sur un candidat. Celui-ci ne sera présenté qu’au mois de septembre, en même temps que l’annonce officielle de la création de la structure, et personne, pour le moment ne veut s’avancer ouvertement sur un nom. Celui de Carl Lang, pourtant, est murmuré. Ce dernier reconnaît volontiers que c’est  «une option». «Pourquoi pas?» s’interroge Roland Hélie, refusant également d’en dire plus. Argument en sa faveur, le président du Parti de la France bénéficie d’une sorte de légitimité, en tant qu’ancien dauphin de Jean-Marie Le Pen. Il sera en tout cas très difficile de rassembler les 500 signatures nécessaires à cette candidature selon Jérôme Bourbon. «Par le passé, le RPR avait aidé Bruno Mégret à présenter sa candidature pour concurrencer celle de Jean-Marie Le Pen mais la situation n’est plus la même, le MNR possédait déjà en son sein plus de 200 signatures d ‘élus à l’époque!», précise le directeur de publication de Rivarol. La réponse à cette question est en tout cas fixée en septembre.

Quel programme ?

La bande des trois peut s’entendre sur un certain nombre de sujets: la lutte contre l’insécurité, contre la montée de l’islam, contre l’évolution des mœurs (IVG, homosexualité), la défense du catholicisme traditionaliste… Ils ont l’été pour plancher sur le programme.

Mais cette candidature commune risque de prendre l’allure d’un «tout sauf Marine Le Pen». Le Front national actuel est raillé, vu comme un «parti du système». Pêle-mêle, on cite «l’abandon de la préférence nationale», «le renoncement face à l’islam», «l’ambition suicidaire de sortir seul de l’euro», etc. Et toujours, les rancœurs envers la présidente du FN. «Marine Le Pen n’est plus de droite. Elle est citoyenne, nationale et étatiste», dénonce Carl Lang. «La perspective d’empêcher Marine Le Pen de participer au second tour est des plus réjouissantes pour ce cartel des trois, revanchards, analyse Jacques Leclercq. Ils estiment, d’ailleurs avec toute une partie de l’ultra-droite qui sera représentée à la réunion de Synthèse nationale ce 27 juin, que le FN est désormais irrécupérable.»

 (1) Jacques Leclercq est l’auteur de deux ouvrages essentiels pour tout lecteur s’intéressant au sujet:

- Le Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, (tome1). L’Harmattan.
- Droites conservatrices, nationales et ultras ; dictionnaire 2005-2010, (tome 2). L’Harmattan.