Jupp__Libye

Le journal du Chaos

Article de Patrick Parment publié le 15 août 2011

Un soixante quatorzième soldat français vient de tomber en Afghanistan à l’heure même où le clairon des Invalides retentit encore de la sonnerie aux morts. Dans un exercice de pure compassion électoraliste, Sarkozy a décidé de faire les honneurs des Invalides aux derniers soldats tombés dans ce pays lointain où nous sévissons en qualité de valet des Etats-Unis. L’occasion aussi pour Sarkozy de réitérer son soutien à la cause américaine au mépris du sentiment général qui prévaut en France : le retrait immédiat de nos soldats.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, après les catastrophiques prestations de Kouchner puis d’Alliot-Marie aux Affaires étrangères, voici venu le temps de « droit dans mes bottes », alias Alain Juppé, qui exécute avec enthousiasme la politique pro-américaine du zélote de l’Elysée.

Alors que nous ne sommes plus en mesure de nous poser en gendarme d’un empire disparu – et dont le gaullisme marqua de manière catastrophique la fin – Sarko s’imagine qu’il a encore un rôle à jouer avec une armée qui n’a plus du tout les moyens des ambitions élyséennes.

Les derniers exemples sont pour le moins révélateurs de cette impuissance. Ainsi en Côte d’Ivoire où, au lieu de soutenir le chrétien Gbagbo, on  a joué la carte du musulman Ouattara, on a ouvert la voie d’un nouveau chaos dans ce pays. A terme, tous les Français seront remplacés par les Chinois.

On ne sait quelle mouche a piqué Alain Juppé - qui retrouve-là ce rôle de second couteau qu’il n’a jamais quitté – de faire une fixation sur la Libye et de jouer les va-en-guerre contre le régime de Kadhafi. Le fait que les Anglais soient dans le coup laisse entendre que ce sont bien les Américains qui tirent les ficelles. Sinon, on voit mal quel bénéfice la France pourrait tirer de la destitution du colonel. Tout cela semble bien corroborer le scénario qui se joue actuellement au Moyen-Orient : un embrasement total avec pour objectif la fin d’un despotisme moyen-oriental.

De voir Juppé à la manœuvre et doublé par un Bernard-Henri Lévy jouissant de la protection de Sarko ne manque pas de sel et en dit long sur le sérieux d’une cause qui ne semble nullement gagnée. Kadhafi fait  de la résistance et les rebelles ne seraient rien sans notre assistance technique.Juppé bombarde à tout va et, ô ironie du sort, nous avons épuisé notre stock de munitions. Vous marrez pas !

Dans le même temps, le Juppé de service est monté au créneau contre le régime syrien de Bachar el-Assad, hier encore allié de la France du temps  où nous avions une politique étrangère. On a une pensée émue pour Roland Dumas qui malgré ses quatre-vingt piges passées est autrement lucide que le camarade Juppé.

La Syrie, où les troubles ont été fomentés par les services américains qui forment des opposants aux nouvelles technologies informatiques et à la manipulation des masses (comme ce fut le cas en Egypte). Mais, là encore, Juppé bute sur la résistance acharnée du Syrien qui semble avoir bel et bien compris les manœuvres américaines et la manipulation de l’ONU si besoin est. Résultat de cette brillante opération, le rapprochement de la Syrie et de l’Iran, le soutien de la Russie qui ne dévie pas d'un pouce dans ses alliances et du soutien de la Chine à l’ONU, trop contente dans cette affaire de contrarier les Américains.

Si Israël demeure évidemment la pierre angulaire de toute politique moyenne orientale, ça bouge aussi dans ce pays où le peuple se plaint de la vie chère et de l’appauvrissement de la classe moyenne. Autrement dit le même schéma que celui qui prévaut en Europe où l’on fait les frais du libéralisme anglo-saxon et du désordre mondialiste. Encore un paradoxe à résoudre pour le camarade Juppé.

Par ailleurs, ce n’est pas la moindre des surprises, ce que l’on a surnommé la « révolution verte» n’est jamais que le désir de l’ensemble de la classe moyenne arabe de vivre selon les critères de la société de consommation de l’Occident (voir à ce sujet le dernier numéro de la revue Eléments).

Mais, les Sarko et autres Juppé ont-ils seulement le temps et l’envie de réfléchir quand on a décidé une fois pour toute de vivre à la remorque d’un pays mafieux et sans destin : l’Amérique. En attendant, la politique étrangère de la France est bel et bien étrangère à toute politique.